Quelquefois je comprends rien

Par : Viemartienne
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Loren

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Ce débat autour de l’accessibilité à la compréhension des textes est particulièrement intéressant.
Il nous invite à nous interroger sur ce qu’est l’acte d’écrire, sur ce qu’est la poésie. Que recherche celui qui écrit ? Qu’attend le lecteur ?
À mes yeux, il existe autant de textes que de lecteurs. La rencontre avec un texte est inévitablement marquée par une forte subjectivité.
Je pense que le lecteur dépose toujours un peu de son histoire, de son imaginaire et de sa sensibilité dans sa lecture d’un texte. Ses représentations, ses références, ses expériences et son vécu interagissent avec les mots qui lui sont offerts.
Le poème peut comporter des zones d’ombre ou se prêter à plusieurs interprétations. La poésie ne cherche pas toujours à expliquer. Ce qui demeure obscur pour l’un peut trouver un écho chez l’autre. Elle peut même émouvoir sans que nous en comprenions tous les ressorts.
Certaines lectures nous parlent immédiatement ; d’autres nous interrogent, nous déconcertent ou nous laissent longtemps perplexes.
C’est dans cet espace de rencontre entre l’auteur et le lecteur que la poésie trouve toute sa force. Elle prend vie et se renouvelle à chaque lecture.
Ma modeste contribution au débat qui est le coeur même de la poésie
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Assonance

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Entrer dans le paracosme (monde intérieur) d'un poète est un voyage où l'on trouve une nouvelle faune et une nouvelle flore toutes droit sorties de l'imagination personnelle et unique d'une entité à part entière.

J'aime les roses à la symbolique classique, celui-ci dessine un cactus aux aiguilles d'or et à la sève de cristal.

Le ciel et la paix bordent le monde poétique de celui-là quand la mélopée de tristes élégies résonne dans l'esprit de cet autre.

Chacun fait avec ce dont il est doté mais il y a une certaine vérité derrière tout cela. Chaque mot écrit et chaque mot lu ont une raison d'être qui sûrement nous dépasse. Ils participent à l'équilibre de l'univers, qu'il soit de chacun ou global.

La roue du destin façonne les auteurs comme les hommes. Si cela se trouve, certains auteurs ne sont destinés à être compris que de quelques personnes mais que cette compréhension aura un effet productif et propice à l'instant T sur le cheminement de ces gens.

On a tous déjà trouvé un messager, sur la voie, qui nous donne le bon chemin à suivre que ce soit explicitement ou tacitement. Un bon conseil est parfois salvateur et la poésie en regorge, de par ses jeux de mots.

Je vois la poésie comme une grande école où l'on en apprend sur soi, sur nous, les autres, la morale, les sentiments, certains comportements à suivre, et d'autres non. C'est un domaine expérimental et les expériences varient selon les êtres, il est facile de ne pas se reconnaître dans les traits d'un autre.

La vraie question est: lorsqu'on lit un poème, cherche-t-on à se trouver et s'approuver soi-même ou à s'aventurer dans les méandres de l'esprit d'autrui ?

On ne peut pas reprocher à l'auteur d'être lui-même et que cela ne nous corresponde pas si le but de la lecture est de se valider soi-même dans ses certitudes.


"Plaire à tout le monde, c'est plaire à n'importe qui." disait Guitry.

Ou encore:

"C'est une vaine ambition que de tâcher de ressembler à tout le monde, puisque tout le monde est composé de chacun et que chacun ne ressemble à personne." (Gide)
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Arielle

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D'accord avec Loren : Le lecteur d'un poème a sa part de d'interprétation, de recréation dans l'écho que lui renvoie sa lecture. Cette souplesse de la polysémie est un des charmes de la poésie qui permet de découvrir plusieurs facettes à un même écrit.

La force d'un poème c'est aussi, au détour d'une image ou d'un nouveau vocable, le pouvoir de trouver dans ses vers la rencontre de deux sensibilités, deux créativités qui se découvrent, se surprennent ou se reconnaissent.

Je veux bien admettre que pour certains, à l'instar d'Assonance, la poésie soit "du domaine de l'expérimental" mais je crains de n'être plus, à mon âge avancé, capable de "participer à l'équilibre de l'univers" avec des armes dont je ne maîtrise pas le maniement.
Je me contente de faire ce que j'ai appris en y trouvant mon bonheur et, si cela est possible, de le partager avec quelques amateurs.
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Loren

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J'aime cette idée de rencontre de deux sensibilités, Arielle.
L'art crée une émotion. Elle nous touche ou non.
Nous privilégions sans doute l'écrit dont l'écho se rapproche de notre sensibilité.
J'aime aussi découvrir de nouveaux mots, de nouvelles formes, de nouveaux univers..., des questionnements existentiels ou sociétaux. La poésie est protéiforme.
Je pense cependant que l'émotion est essentielle et c'est bien là "la force du poème". ( Je reprends tes mots très justes, Arielle)
Merci à Viemartienne d'avoir instigué ce beau débat sur la poésie.
J'ai aimé lire chacune de vos interventions.





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Viemartienne

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J’ai également beaucoup apprécié ce débat, qui a largement dépassé le ressenti initial que j’avais exprimé. Il s’est ouvert à des réflexions variées, et les points de vue de chacun ont véritablement enrichi l’échange.

Il en ressort pour moi que la poésie ne se laisse enfermer dans aucune définition unique. Certains attendent d’elle une parole claire, susceptible d’être partagée, tandis que d’autres revendiquent le droit au mystère et à la libre interprétation. Tous s’accordent cependant à reconnaître le rôle essentiel du lecteur dans la naissance du sens. La poésie trouve sans doute sa plus grande force lorsqu’elle parvient à émouvoir tout en laissant un espace à l’imaginaire.

Au-delà de l’opposition entre clarté et obscurité, ce débat révèle surtout la richesse des regards portés sur l’acte poétique. Il m’a aussi amenée à m’interroger sur ma propre posture de lectrice. Peut-être faut-il, devant certains textes qui résistent à la compréhension immédiate, cesser de vouloir absolument trouver ou "se retrouver", pour simplement écouter, accueillir ce qui vient sans tout expliquer. C'est peut-être là aussi une forme de respect, envers le poème comme envers celui qui l'a écrit.

Merci à toutes et à tous pour la qualité de vos réflexions.
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Mademoiselle

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lorsqu'on lit un poème, cherche-t-on à se trouver et s'approuver soi-même ou à s'aventurer dans les méandres de l'esprit d'autrui ?

ou:

lorsqu'on écrit un poème (...)

donc, si je comprends bien, si je dois chercher 10 mots dans le dictionnaire, pour comprendre un tant soit peu l'écrit, l'émotion et le ressenti passe dans le dictionnaire ... un débat très agréable .. ego ne prend pas d'accent...

bonne journée ..
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Lau

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Ce questionnement vient-il du désir de définir ce qu'est, ce que doit être la poésie ? Comme s'il y avait des degrés de beauté, de normalité dans ce domaine ?

C'est un genre -le plus complexe, j'estime- dans le domaine de la littérature.

Prenons un autre genre qui définit le premier par exclusion, la prose : nous viendrait-il à l'idée de dire qu'un texte en prose à caractère aussi bien fictionnel que fonctionnel est obscur, hermétique, voire ampoulé par l'ego surdimensionné d'un auteur qui fait de l'épate ?

Je vais parler deux secondes de mon attitude de lecteur :

- Il m'est parfois donné à lire des textes d'une simplicité sémantique et syntaxique proche de l'univers minimaliste et qui me font grimper en l'air tant l'idée et/ou la musique sont singulières, tant elles me hérissent les poils du cœur ou de l'esprit.

- Il m'est parfois donné à lire des textes d'une simplicité sémantique et syntaxique proche de l'univers minimaliste qui me consternent autant qu'un jour sans pluie -j'aime bien la pluie-.

- Il m'est parfois donné à lire des textes aussi denses que l'univers avant le big-bang, truffés de mots tels qu'on a l'impression de lire une notice d'apothicaire, qui me montent en l'air parce qu'ils me hérissent les poils du cœur ou de l'esprit.

- Il m'est parfois donné à lire des textes aussi denses que l'univers avant le big-bang, truffés de mots tels qu'on a l'impression de lire une notice d'apothicaire, qui m'affligent autant qu'un jour sans pain -j'aime bien le pain-.


Quant à la question, en filigrane, qui semble posée concernant le "respect" du lecteur, mon avis vaut ce qu'il vaut et je n'ai pas le désir de le partager :

Ecrire -et surtout, écrire de la poésie- ce n'est pas forcément se préparer à une revue au Lido, ce qui est un sous-genre dans le Genre mais ça peut être aussi faire résonner, comme le soulignait un ou une intervenant(e) précédemment, des mots -tous ont droit de cité, même et surtout les moins accessibles à l'entendement-, de la musique et de l'émotion.