J'avais quitté la route au détour du lavoir
Et m'engouffrais au frais d'un sentier presque noir :
M'attirait l'inconnu d'une belle rivière,
Sous mes pas, affleurait, l’obstacle, quelque pierre
Mais j'étais au spectacle, enthousiasmé d'espoir.
De la ronce, croquais et goûtais, la nature,
Une impeccable et grosse et grasse et tendre mûre,
Sous le regard intrigué d’un dodu ramier
Au doux roucoulement ; je ne peux oublier
Le sang sucré sous ma dent, cette émotion pure.
D’abord, ce fut l’oreille et le glouglou chantant
De celle que j’aimais, que je désirais tant,
Qui m’assura de sa véritable présence :
Ne m’étais fourvoyé dans l’onirique stance
D’un poème irréel, à l’heur inexistant.
Il fallait dévaler une pente charnue,
Faite d’humus et d’une mousse bienvenue
Avant d’apercevoir l’écume du torrent
Puis, vers l’aval, au rythme d’un gentil courant,
Elle m’offrait sa silhouette vierge et nue.