Je suis un pauvre coq désenchanté, quinteux,
qui donne de la voix et qui fait de son mieux
pour que l'aube navrante harponne le soleil
et balaie de ses feux les miasmes du sommeil.
Tandis que ma poulaille obstinée à gratter
et de l’ongle et du bec triture son fumier,
satisfaite de peu, ravie, se congratule
en faisant ses choux gras de vers et versicules,
sourde aux modulations de mon timbre si fin.
Ténor de basse-cour, coqueriquant sans fin
mélancoliquement je rêve sans y croire
de me produire un jour pour un autre auditoire :
Ah ! S’arracher du sol, s’élancer vers l’azur,
cravacher d’un coup d’aile un cri unique et pur …
ainsi que cet Icare sortant de la mêlée
avant de s’effondrer, foudroyé mais comblé !