Prière
Je voudrais connaître encor la caresse
D'après les amours, avec la paresse...
Sentir d'un tiers corps la douce sueur
Et tout oublier de ce temps tueur !
Au vice frotter mon nez et mon âme
D'une Bérénice en proie à la flamme,
Exil du brasier, secret de la femme !
Qu'à nouveau ma main défasse et retresse
Le flot mordoré des accroche-cœur !
Que nos deux esprits parviennent, en liesse,
A s'épanouir dans l'unique fleur
Poussée au désir qu'un sein double sème
Au fumier des maux, quand la joie essaime...
Chimère, ma sœur, ma belle, d'espoir
Je consume ainsi toute l’œuvre au noir
Dont mon alchimie ancienne est capable,
Et de ce phantasme énorme et coupable
Je t'envoie, ô toi ! Le script de la fable
Afin qu'un beau jour, si jamais l'on s'aime
En quelque âpre idylle, au delà d'un soir,
Je puisse espérer en nous tout de même,
Et qu'un corps se pâme au mâle musoir...
Je voudrais connaître, en plus du Parnasse,
Avant que finisse, ô vie, en ta nasse,
Le feu des douleurs, un peu des airs purs
Insufflés au fer des Excaliburs,
Ces maîtres tremblants, mornes armes crânes
De nos soumissions à ces Nornes, carnes
Méchantes ! Fatal spectre - en filigrane -
Dont le pouvoir ouvre et restreint l'espace...
Partager jouir, traverser les murs !
...Pour pouvoir mourir...et puis...Rest in peace !
- Mais rien n’écherra des froids azurs sûrs -