Rosemonde Gérard

Par : Jim
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Jim

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Compagne officialisée un temps certain d'Edmond Rostand, elle a écrit des choses charmantes, en particulier dans son recueil « Les Muses françaises », consacré aux poétesses alors fort peu connues comme, par exemple, Jacqueline Pascal, la sœur de Blaise.

Elle a fait des rondeaux, des stances,
Des sérénades, des sonnets,
Et quelques petites romances
Et des chansons qui s’envolaient ;
Elle a laissé tout un bagage
Mélodique et sentimental…
Mais, comment juger ses ouvrages ?
Elle était la sœur de Pascal.

Ses vers, son cœur, son âme blanche,
Sans doute que tout est charmant,
Mais, aussitôt que l’on se penche,
C’est comme un éblouissement :
On voit briller sur chaque rime
Le reflet d’un autre fanal ;
Car un soleil est sur la cime…
Elle était la sœur de Pascal.

Trop près de ces jardins d’enfance
Remplis de timides clartés,
La foi troublante et la science
Ont séparé leurs vérités ;
Et qu’est-ce qu’une poésie
Près du renoncement total
D’un rêve inondé de génie ?…
Elle était la sœur de Pascal.

Sur un de ses petits poèmes
Dès qu’on veut se pencher un peu,
On ne voit plus qu’un théorème
Qui s’inscrit en lettres de feu ;
Malgré leur touchante musique,
Les pieds d’un vers se comptent mal
Près du Triangle arithmétique…
Elle était la sœur de Pascal.

Toutes les puissances de l’âme,
Tous les secrets du cœur humain,
Jettent leurs aveuglantes flammes
Sur le modeste parchemin ;
La pensée où le ciel s’incline
Écrase le cœur virginal,
Pardon, petite Jacqueline…
Vous étiez la sœur de Pascal !



Parler de soi de façon supportable : elle sait faire.

Elle ne sait que peu de chose,
On pourrait dire presque rien ;
Rien… quelques noms de quelques roses,
Et pas un seul mot de latin.

Juste assez de philosophie
Pour fixer, d’un regard pareil,
La sévérité de la vie
Et l’indulgence du soleil.

Dédaignant les biens de la terre,
Elle est d’un indicible orgueil ;
Mais elle arrive la première
Pour admirer un écureuil…

L’été, rien qu’avec des cerises,
L’émerveille au point de pâlir ;
Mais tout le temps elle se brise
Le cœur avec des souvenirs…

Car elle a — ne sachant que vivre
Toujours sur un tremblant destin —
Une âme qui d’un rien s’enivre
Mais ne se console de rien.

Comme une glorieuse histoire
Qui retombe en torrents de pleurs,
Elle traîne, dans sa mémoire,
Des anciens morceaux de bonheur.

Elle aime les ciels chimériques,
Mais pas les voyages lointains ;
Elle ne croit qu’aux Amériques
Qu’on découvre dans un jardin…

Elle comprend le bruit des ailes
Et le silence des instants ;
Elle jure qu’une hirondelle
Suffit à faire le printemps…

Quand on parle, on croit qu’elle écoute,
Mais elle n’entend pas un mot ;
Pour la raison qu’elle est, sans doute,
Plus distraite que le ruisseau…

Quand on passe, on croit la connaître,
Mais on ne la rejoint jamais ;
Pour la raison qu’elle est, peut-être,
Plus sauvage que la forêt…

Pour sûr, elle n’est pas méchante…
Mais je ne crois pas, franchement,
Qu’elle soit très intelligente :
L’intelligence, c’est plus grand.

Elle n’a rien qu’une petite
Flamme qui fait, par-là, par-ci,
L’effet d’un rayon qui palpite,
Puis, tout s’éteint et c’est fini…

Manquant tout à fait de méthode
Et de logique, elle sait mieux
Suivre le rêve que la mode,
L’infini que l’avantageux…

Elle n’a jamais su sourire
Sous la brise d’un éventail ;
Elle ne veut jamais écrire
Sur une table de travail…

Elle écoute, sur chaque rive,
Le bleu plus que la vérité ;
Elle ne croit pas qu’on écrive
Avec l’encre sur le papier…

Au lieu de lire, dans les livres,
Tout ce qui serait sérieux,
Elle ne pense qu’à poursuivre
Ce qu’on peut lire dans des yeux…

Au lieu de chercher, dans des pages,
Des sujets d’art ou de roman,
Elle cherche, sur des visages,
Toujours des sujets de tourment…

Elle n’a pas voulu grand’chose
De tout le monde extérieur :
Un peu de travail qui repose…
Un peu de chanson pour le cœur…

Et, ne faisant que, sans mesure,
Frémir à tort et à travers,
Supposant, folle créature,
Que c’est ainsi qu’on fait des vers,

Et, toujours mélangeant ensemble
L’impossible avec le réel,
Elle croit qu’un instant qui tremble
Peut faire un poème éternel !

Les Muses françaises