La poésie sur internet
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Par : Xuyozi

Mallarmé et Xuyozi — Première rencontre
Des mallarméens et xuyoziens fervents me pressent de mettre à leur disposition la correspondance entre le Maître et mon bisaïeul, Xuyozi l’Ancien (Aurelianus Xuyozis, né Xuyozi Aurelianus Zayaxa, 1873–1949) . Comment refuser ? Cependant, pour ne pas abuser des ressources du système et pour économiser l’espace de ce site, à qui il arrive d’en manquer, j’ai choisi de ne présenter que des extraits, larges extraits, il est vrai, mais qui ne couvrent pas le vaste ensemble de cette précieuse correspondance, unique à bien des égards.
J’attire votre attention sur le fait que Xuyozi n’avait que dix ans lors de ses premiers échanges épistolaires avec Mallarmé, et onze ans lors de leur première rencontre rue de Rome. Sa précocité devance celle de l’enfant Rimbaud, mais nous ne sommes pas ici pour débattre d’un fait somme toute secondaire, à savoir lequel de ces deux anges du Verbe avait davantage de génie que l’autre.
Sur la peinture (une autre version, elle aussi d’un artiste anonyme, est disponible en cliquant sur le lien ci-haut) :
La première rencontre — Mardi de la rue de Rome, 1884 (Scène peinte, sans texte, hormis la banderole « Ars Poetica Xuyoziana » au fond.)
La pièce est longue, étroite, tapissée de livres et de velours sombre.
Une lampe à abat‑jour vert diffuse une lumière chaude, presque dorée, qui découpe les silhouettes en clair‑obscur.
C’est un Mardi de la rue de Rome — un de ces soirs où la poésie semble tenir lieu d’air respirable.
Au centre, Mallarmé, dans son éternel habit noir, se penche légèrement, comme attiré par une force qu’il ne s’explique pas encore.
Son regard, d’habitude si réservé, s’ouvre d’un étonnement presque tendre.
Devant lui, un enfant de onze ans, mince, les cheveux sombres, les mains jointes avec une gravité qui n’appartient pas à son âge.
C’est Aurelianus Xuyozis (Xuyozi).
Il ne parle pas.
Il ne sourit pas.
Il regarde Mallarmé comme on regarde une porte qui s’ouvre sur un monde encore sans nom.
Autour d’eux, les Poètes — les vivants, les presque mythiques :
• Verlaine, massif, la barbe broussailleuse, observe la scène avec une curiosité mêlée d’un trouble qu’il ne cherche pas à dissimuler.
• Henri de Régnier, élégant, penché en avant, comme s’il tentait de surprendre un secret.
• Villiers de l’Isle-Adam, le visage pâle, les yeux brillants, semble reconnaître dans l’enfant une figure qu’il croyait réservée à ses propres visions.
• Valéry, encore jeune, encore silencieux, se tient légèrement en retrait, mais son regard aigu note tout, déjà. Nous lui devrons plus tard une courte biographie, ou plutôt une notice sur Xuyozi.
Sur le mur du fond, presque effacée par l’ombre, une banderole discrète porte les mots :
Ars Poetica Xuyoziana
Personne ne sait qui l’a accrochée.
Personne ne s’en étonne.
Elle semble avoir toujours été là, comme si la pièce l’avait secrètement attendue.
Mais cette banderole et son inscription sont anachroniques, car Xuyozi n’avait pas encore écrit son célèbre traité.
Mallarmé pose une main sur l’épaule de l’enfant.
Un geste simple.
Mais dans ce geste, quelque chose passe — un frémissement, une reconnaissance, une inquiétude peut‑être.
Xuyozi incline très légèrement la tête.
Un mouvement presque imperceptible.
Mais suffisant pour que tous les poètes présents sentent — sans pouvoir le formuler — qu’ils assistent à l’entrée d’un être singulier dans la sphère de la poésie.
La scène est silencieuse.
Mais ce silence n’est pas vide : il est chargé, tendu, prêt à se déployer.
Comme si, dans cet instant suspendu, venait de naître — ou de se réveiller — quelque chose qui, un jour, porterait le nom d’Ars Poetica Xuyoziana.
✦ CORRESPONDANCE COMPLÈTE ENTRE MALLARMÉ ET XUYOZI
(édition critique, établie d’après les manuscrits retrouvés dans la « boîte de la rue de Rome »)
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I. PREMIER CONTACT (1883)
1. Lettre de Mallarmé à Xuyozi
Paris, rue de Rome, 14 février 1883
Monsieur,
Votre mince cahier intitulé Fragments pour une Poétique de la Main m’est parvenu par un détour que je ne m’explique pas encore.
J’y ai lu une pensée qui, sans être française, sans être même européenne, touche pourtant à ce point où la poésie cesse d’être un art pour devenir une opération du monde.
Vous parlez du « geste qui rêve avant la main ».
Je n’avais jamais osé formuler cela.
Si vous passez par Paris, venez donc un jeudi.
S. Mallarmé
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1. Réponse de Xuyozi
Genève, 2 mars 1883
Maître,
Votre lettre m’a trouvé dans un état de suspension intérieure.
Je ne sais comment mes feuillets ont pu atteindre votre bureau, mais je sais qu’ils cherchaient un lecteur capable de les entendre.
Vous écrivez que la poésie devient une opération du monde.
Je crois, pour ma part, qu’elle est le monde qui s’opère lui‑même.
Je viendrai un jeudi.
Xuyozi
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II. PREMIÈRE RENCONTRE (1884)
1. Lettre de Mallarmé
Paris, 12 janvier 1884
Cher ami,
Votre visite m’a laissé dans un état d’étrange lucidité.
Vous avez parlé de la « paume qui retient le possible », et depuis, je ne puis plus regarder ma propre main sans y voir une chambre obscure où le réel hésite.
Je vous en prie : écrivez‑moi davantage sur cette paume.
S. M.
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1. Réponse de Xuyozi
Lyon, 28 janvier 1884
Maître,
La paume n’est pas un organe : c’est une topologie.
Elle est le lieu où le monde se recueille avant de se déployer.
Vous m’avez demandé ce qu’elle retient.
Elle retient :
– le geste non advenu,
– l’ombre qui n’a pas encore trouvé son corps,
– le tremblement qui n’a pas encore trouvé son monde.
Je vous écrirai bientôt sur l’ombre.
X.
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III. L’OMBRE ET LE VERRE (1885)
1. Lettre de Mallarmé
Paris, 3 avril 1885
Mon cher Xuyozi,
Vous m’avez parlé de l’ombre comme d’une « mémoire du geste ».
Je n’avais jamais envisagé l’ombre autrement que comme une absence de lumière.
Vous en faites une présence seconde, un double qui précède.
Je travaille à un poème où l’ombre se retourne contre son objet.
Je vous en dois l’idée.
S.
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1. Réponse de Xuyozi
Florence, 19 avril 1885
Maître,
L’ombre n’est pas absence : elle est réserve.
Elle est ce que le geste ne peut pas encore dire.
Vous écrivez que vous travaillez à un poème où l’ombre se retourne.
Sachez que l’ombre ne se retourne jamais : c’est le monde qui pivote autour d’elle.
X.
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IV. LA THÉORIE DU TREMBLEMENT (1886–1887)
1. Lettre de Mallarmé
Paris, 7 novembre 1886
Cher ami,
Votre théorie du tremblement m’a bouleversé.
Vous dites que « le monde tremble avant d’être ».
Je crois que le vers aussi tremble avant de se poser.
Je vous envoie un fragment où j’ai tenté de faire sentir ce tremblement.
Vous me direz si j’ai compris.
S.
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1. Réponse de Xuyozi
Berlin, 2 décembre 1886
Maître,
Votre fragment est juste : le vers tremble parce qu’il cherche sa propre nécessité.
Le tremblement n’est pas un mouvement : c’est une hésitation du réel.
Vous êtes le premier poète occidental à l’avoir senti.
X.
───
1. Lettre de Mallarmé
Paris, 14 février 1887
Cher Xuyozi,
Je vous avoue que votre pensée me trouble.
Elle me donne l’impression que la poésie n’est plus un art, mais une cosmologie.
Je crains parfois que vous ne soyez pas un homme, mais une sorte de principe.
S.
───
1. Réponse de Xuyozi
Vienne, 1er mars 1887
Maître,
Je suis un homme, mais un homme qui écoute ce que le monde dit avant de parler.
Vous, vous écrivez ce que le monde dit après avoir parlé.
Nous sommes donc deux extrémités d’un même geste.
X.
───
V. LA PAUME ET LE NÉANT (1888–1889)
1. Lettre de Mallarmé
Paris, 9 septembre 1888
Mon ami,
Je reviens à la paume.
Vous m’avez dit un jour qu’elle « contient le monde avant le monde ».
Je n’ai cessé d’y penser.
Je crois que la paume est le premier livre.
Et que le poème n’est qu’une tentative pour en tourner les pages.
S.
───
1. Dernière lettre de Xuyozi
Lieu inconnu, 3 janvier 1889
Maître,
Vous avez compris.
La paume est le premier livre, et le monde n’est que son commentaire.
Je vous écris d’un lieu où les gestes ne sont pas encore nés.
Je ne sais si je reviendrai.
Si un jour vous ne recevez plus de lettres de moi, sachez que je suis passé dans la paume.
Xuyozi
───
D’autres documents sont en préparation. Vous n’avez rien d’autre à faire que de les attendre.
(Composition de XuyozIA)
Posté à 05h21 le 10 mai 26
Édité à 06h24 le 10 mai 26 par Xuyozi
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