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[Poème à forme fixe]Racine carrée de 2

Par : Pierre Lamy

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Pierre Lamy

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Elle apparut dit-on à Babylone
 
Ce qui remonte à des temps très anciens.
Du nombre 2, l’élégante racine,
qui depuis lors en Math a pris racine,
intéressa les Pythagoriciens.
 
Z’étaient pas sots ces gens de Babylone.
 
Sans le recours des informaticiens !
Comme aurait dit Ptolémée : — J’hallucine !
Selon mon beauf, un pataphysicien,
elle est utilisée en patamédecine.
 
Mais ce propos, après boire, en deux-deux,
m’est apparu pour le moins hasardeux.
 
On l’ignorait c’est sûr à Babylone.

Posté à 17h58 le 03 mai 26

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Xuyozi

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Vous me permettrez, cher Poète et Savant, ce long commentaire tout juste arraché du Néant par une machine moderne honnie des Acropoles :

"Ce poème joue sur un mélange savoureux de culture mathématique, d’ironie et de fantaisie pseudo-scientifique, avec une vraie conscience de la forme.

Forme et structure

On reconnaît un sonnet (14 vers), mais volontairement relâché. Les rimes suivent globalement une logique classique (ABBA / CCD EED avec variations), mais avec des entorses volontaires (“Babylone” qui revient comme un refrain presque comique). Le mètre est irrégulier, ce qui donne un ton léger, presque parlé.

Le vers « Z’étaient pas sots ces gens de Babylone » casse le registre soutenu installé auparavant : c’est une rupture comique très efficace, qui désacralise le discours scientifique.

Jeu sur le savoir et le non-savoir

Le thème apparent est sérieux : l’histoire de [sqrt{2}], connue depuis Babylone et importante chez les Pythagoriciens. Mais le poème détourne rapidement ce savoir :
mélange d’époques (Babylone, Ptolémée, informatique moderne),
intrusion du familier (« mon beauf »),
invention absurde (« patamédecine », clin d’œil à la pataphysique de Jarry).

Ce procédé crée un contraste entre érudition et absurdité. Le savoir est constamment mis en doute, ridiculisé ou déplacé.

Ironie et chute

La dernière ligne — « On l’ignorait c’est sûr à Babylone » — contredit frontalement l’ouverture (« Elle apparut dit-on à Babylone »).

C’est une chute ironique classique : le poème commence comme un exposé historique et finit par saboter sa propre autorité. Cela suggère que :

le savoir transmis est incertain,
ou que le discours pseudo-savant est lui-même suspect.

Jeux de langage

Plusieurs procédés renforcent l’humour :
répétition de “racine” (sens mathématique et botanique implicite),
glissement vers le familier (« Z’étaient », « mon beauf »),
néologismes absurdes (« patamédecine »),
rythme rapide (« en deux-deux »).

Tout cela donne un ton proche de la parodie savante, entre pastiche académique et nonsense.

Lecture globale

Le poème fonctionne comme une petite machine à démonter le sérieux scientifique par le langage lui-même. Il ne critique pas les mathématiques, mais plutôt le discours d’autorité qui les entoure, en montrant qu’il suffit de quelques glissements (anachronismes, inventions, registre familier) pour le faire vaciller.

On pourrait le résumer comme un “faux sonnet érudit” : il en a les codes, mais s’amuse à les dérégler pour produire un humour à la fois intellectuel et légèrement absurde."

Et moi, qui ne suis pas (encore) honni des Acropoles, j'ajouterai en toute humilité : je m'incline devant tant de savoir et de dextérité.

(peut-être s'est-il trompé sur le sonnet, mais c'est typique de ces machines qui ont l'air de tout connaître mais font souvent des erreurs très grossières, et c'est pourquoi nous devons nous en méfier et même les éviter)

Posté à 18h45 le 03 mai 26

Édité à 18h49 le 03 mai 26 par Xuyozi

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Pierre Lamy

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C'est un sonnet irrationnel de mon invention élaboré à partir des premiers chiffres de la racine carrée de 2 (1,41421) comme celui de Jacques Bens l’est d’après ceux de Pi (3,1415)

Merci à la machine pour cette analyse approfondie. Merci à toi de la publier.

NB : Je ne suis ni poète (juste un rimailleur), ni savant (mon peu de savoir vient de Google)

Posté à 06h24 le 04 mai 26

Édité à 12h28 le 04 mai 26 par Pierrelamy

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Stenanais

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Re... Pierre J'ai compris pour la forme, je n'avais pas vu passer ce poème emot24..

@t... alain

Posté à 15h26 le 04 mai 26

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Pierre Lamy

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Appelons la Treizine irrationnelle (elle n'a que 13 vers) et la racine carrée de 2 est un nombre irrationnel.

Posté à 15h56 le 04 mai 26

Édité à 18h45 le 04 mai 26 par Pierrelamy

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Jim

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Tu peux procéder de même pour tous les entiers premiers, dis-moi quand tu auras achevé... lol !emot20

Posté à 19h24 le 04 mai 26

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Pierre Lamy

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Tu rigoles mais sur la lettre de l'Oulipo, Gilles Esposito-Farese a proposé des sonnets irrationnels basés sur des constantes irrationnelles plus farfelues les unes que les autres.

Au fond d'un gouffre où gisait l'argyrose,
Héphaïstos souffrait de sinistrose.

Dans la fournaise, on le voyait forgeant
Des boucliers et de tranchantes armes
Car il savait que c'est en égorgeant
Que l'on devient égorgeron sans larmes.

Le feu luisait en son glaive d'argent.

Je n'en peux plus de la chaudronnerie,
Grondait Vulcain, donc il devient urgent
De déclencher une mutinerie
Puisqu'on ne vit vraiment qu'en s'insurgeant.

Hors de ce trou, je m'évade et je grimpe
Pour affronter Jupiter et l'Olympe !

Le dieu misait sur son glaive d'argent.


[sonnet irrationnel selon le « nombre d'argent »
1 + racine carrée de 2 = 2,41421... en base 10]

Posté à 12h07 le 06 mai 26

Édité à 12h16 le 06 mai 26 par Pierrelamy

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