La poésie sur internet
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Par : Salus
La vie.com
Nul ne lève plus les yeux ;
Le front rivé sur l'écran,
Nul ne sait plus rien des cieux ;
L’algorithme épouvantable
Cherche à tous nous mettre au ban !
Comme la Procuste table
Il aligne, étire et tranche
Tout esprit pour qu'il s'adapte
Et bannit tout être étrange
Réfractaire à ces façons
Qui sont celles de la botte
Sous quoi nous nous enfonçons.
Pour qu'un réseau soit social
Faudrait-il qu'il fût humain !
Or chacun, mieux qu'au sisal
Attaché par la machine,
Ne peut plus tendre la main
Tant elle clique et s'échine
A surfer les vagues vides
Et la vase virtuelle
Où tant de requins avides
- Vrais, ceux-là, plus prédateurs
Que la guerre âpre et cruelle,
Froids reptiles dont les mœurs
Vont fonction des intérêts -
Alimentent leur trésor
Avec l'intrigue et les rets,
Toréant le petit peuple
En des passes de tussor
Douces, dont la moire meuble
Et gaspille l'existence
De nos sœurs et de nos frères
Consentants – et d'importance !
- Ils s'offrent, pour échanger
Tous leurs ans surnuméraires
Contre un coma sans danger,
Vil, léthargique, abruti,
Sournoisement rassurant
Tant le piège est abouti !
J'en appelle à l'esprit libre,
Au coin de ciel azurant
Ce qu'on a tous du félibre :
Le génie imaginaire !
Ce vrai feu sans artifice,
Sans qu'aucune I.A. n'y erre,
Sous les cendres couve encor
Malgré le pixel duplice
Son brasier grand d'ambre et d'or !
Hors du réel les arts seuls,
A produire ou contempler,
Ne nous seront pas linceuls !
Cette fange virtuelle
Où l'on plonge sans trembler
Nous englue et nous tue, elle !
L'art est gratuit par essence ;
Commercer, c'est le contraire !
Son seul but est d'être intense.
Quant aux addictifs réseaux
Ils nous traquent pour nous traire ;
Soyons le pensant roseau
Autonome libre et fier
De n'être esclave ou féal,
Sans ce Dieu qui tout conquiert
Ravageant sur son passage
D'un sournois pouvoir létal,
Toute pensée un peu sage,
Des générations entières
Et des plèbes innombrables
Pieds nus déjà sous les pierres ,
Sous les tirs fous du vrai feu
Des états insatiables
Dont les calculs sont l'aveu
D'un affreux mépris sans frein
Pour la douceur du vivant,
Floué, bafoué sans fin,
Jusqu'à l'eau qu'on numérise,
Toute ressource devant,
Dès qu'on nous la privatise,
Engraisser, outre ses sbires,
Le démiurge électronique
Nous entraînant dans les spires
D'un vortex venu du Styx,
Maelstrom sinistre et critique
Sans feu l'espoir d'un phénix !
Maîtres de ces jeux voraces
J'abomine en tout vos races.
Posté à 20h33 le 30 avril 26
Édité à 20h34 le 30 avril 26 par Salus
Un magistral réquisitoire contre "la vie.com" en même temps qu'un plaidoyer pour le "vrai feu sans artifice" d'une vie délivrée de ce piège dans lequel nous tombons tous peu ou prou derrière nos écrans ...
Des images puissantes et un rythme ardent(7) qui impriment au fer rouge une passion que je partage avec enthousiasme
Posté à 10h26 le 01 mai 26
Sans qu'aucune I.A. n'y erre,
c'est de l'ultime alphabet !
Il fait chaud, putain de serre ;
Le poème est bien là, guet.
Posté à 10h48 le 01 mai 26
Édité à 10h51 le 01 mai 26 par Lau
Avec le talent qui t'es coutumier, tu dénonces à juste raison cette abomination que sont les réseaux sociaux qui ravagent la jeunesse et permet aux poliptichiens de se faire de la pub à coup de fausses infos.
Maudits soient les smartphones
Posté à 11h01 le 01 mai 26
Grand BRAVO pour cette sublime tyrade
contre les écrans, réseaux associaux,
Et autres "gadgets" qui nous envahissent à vitesse grand V ...
Regardons toujours le ciel et respirons dans la Nature salvatrice !
Merci Salus!
Quel talent !

Posté à 13h41 le 01 mai 26
Je clape, tu t'en doutes !
L'entreprise de décérébration n'a pas attendu les réseaux sociaux en premier temps, et l'IA en second. La musique, les jeux débilitants et sophistiqués, la littérature de gare, le réflexe grégaire stimulé par les messes sportives, bref l'art de produire un crétin désirant sa crétinisation prospère. Il est fou de songer aux sommes investies dans le but de ces divertissements casseurs de neurones. Tant d'ingéniosité pour ça !
Je ne sais pas dessiner alors, je demande au voisin, dont c'est le métier, de crayonner à ma place en suivant mes directives. En littérature, on nomme cela un "nègre". Ô que je suis content !
J'attends que l'automate résolve un des problèmes sélectionnés par l'institut Clay... et me ponde la gravitation quantique, et autres petites bricoles du même acabit. Il faudra probablement inventer des concepts et les langages allant avec... bref, faire preuve d'intelligence, et non seulement d'application rapide d'existants.
Et, tant qu'à faire, comment procéder pour écarter définitivement les délirants dangereux de tout pouvoir, autrement dit, accomplir une utilisation intelligente de l'intelligence, ça pourrait aider.
Encore bravo, you !
P.S.: l'usage chez les psycho - adeptes de tests de QI, cet IMC de l'esprit - de séparer intelligence et créativité est une stupidité, la créativité, ou inventivité, étant la marque de fabrique de l'intelligence. Tout cela va dans le sens du spectaculaire, femme à barbe, siamois, homme à deux têtes, géant et nain, etc. du performing show "t'as vu mon joli monstre !"
Posté à 16h27 le 01 mai 26
Édité à 16h58 le 01 mai 26 par Jim
01000010 01110010 01100001 01110110 01101111
01010011 01101001 01100101 01110101 01110010
01010011 01100001 01101100 01110101 01110011
Posté à 17h41 le 01 mai 26
Euh, 01100101 ; tu y vas fort là, Oxalys...
Posté à 18h05 le 01 mai 26
Constat lucide, mais combat perdu d'avance. Nul ne peut abolir le temps dans lequel il vit, bien qu'il soit toujours tentant de lutter contre des moulins à vent, mûs au vent ou aux bits. Quant à l'esprit libre, il fait feu de tout bois et prend garde de ne jeter le bébé avec l'eau du bain.
Le grimpeur en montagne doit d'abord atteindre le sommet avant de la redescendre, comment pourrait-il apercevoir tout l'horizon autrement ?
L'ironie, c'est que vous consentiez, en les utilisant, aux outils et aux étapes qui ont permis l'abomination que vous dénoncez avec tant d'éloquence.
If you can’t beat them, join them.
Posté à 18h19 le 01 mai 26
Oh non, pas fort, Lau !
mais logique, méthodique
Comme il faut un début à tout dans ce monde irrémédiablement voué au tout numérique, j'ai pensé que commencer par le 0 et le 1 c'est un peu comme le b.a.- ba du tout analogique d'antan !
Ceci dit,
BRAVO
SIEUR
SALUS

Posté à 20h03 le 01 mai 26
Une citation célèbre, pour l'entrée en ce monde :
01001000 01100101 01101100 01101100 01101111 00100000 01110111 01101111 01110010 01100100 00100000 00100001
Posté à 20h57 le 01 mai 26
Je préférerais en sortir, mais ça ne saurait tarder :
01000010 01111001 01100101 00100000 01100010 01111001 01100101 00100000 01100010 01101100 01100001 01100011 01101011 00100000 01110111 01101111 01110010 01101100 01100100 00100000 00100001
Posté à 21h44 le 01 mai 26
Moi qui suis parmi les "sans dents"
J'ois là, c'est-il imaginaire,
Quelques échos condescendants.
(Que sans m'offusquer j'incinère)
Sinon, lisant mal le binaire,
Mais, ravi par ce que j'entends
De chaque coreligionnaire,
Cet agrément me régénère !
Posté à 12h08 le 03 mai 26
Édité à 12h10 le 03 mai 26 par Salus
"Le grimpeur en montagne doit d'abord atteindre le sommet avant de la redescendre, [sinon ?] comment pourrait-il apercevoir tout l'horizon autrement ?" (Xuyozi)
Ben voyons ! C’est évident.
Le grimpeur pourra apercevoir, percevoir, voir (et admirer) tous les horizons à 360° puisqu’il sait (par définition) monter, descendre, remonter, redescendre pour enfin atteindre, pantelant mais heureux et fier, le sommet, la cime de cette montagne-là. CQFD
(Il pourra également, son souffle repris, à loisir dévaler la pente et se reposer dans la vallée).
vittorio, alias Ggabrielle, de la plaine
Posté à 23h15 le 04 mai 26
Édité à 23h30 le 04 mai 26 par Ggabrielle
Ggabrielle
[Salus me pardonnera, puisqu'on me prend à partie]
J'ai écrit sur un forum :
« Le grimpeur en montagne doit d'abord atteindre le sommet avant de la redescendre, comment pourrait-il apercevoir tout l'horizon autrement ? »
Et vous me répondez :
« Ben voyons ! C’est évident.
Le grimpeur pourra apercevoir, percevoir, voir (et admirer) tous les horizons à 360° puisqu’il sait (par définition) monter, descendre, remonter, redescendre pour enfin atteindre, pantelant mais heureux et fier, le sommet, la cime de cette montagne-là. CQFD »
Qui a raison ?
La question est intéressante, mais je pense que vous avez raison, et la réponse de votre interlocuteur manque la cible.
Votre affirmation est simple et juste : pour voir l'horizon à 360°, il faut être au sommet. Jusque-là, rien à redire.
Mais la réponse qu'on vous fait est un non-sequitur : elle dit en substance « il peut monter et descendre, donc il atteindra le sommet, donc il verra tout l'horizon ». Ce raisonnement ne contredit pas votre propos — il le confirme ! Votre interlocuteur dit « CQFD » comme s'il vous réfutait, alors qu'il démontre exactement ce que vous avancez.
Il y a aussi une confusion dans sa réponse : il laisse entendre que le grimpeur pourrait voir tous les horizons en cours de route, grâce à ses montées et descentes successives. Mais apercevoir des horizons partiels depuis différents flancs de la montagne n'équivaut pas à voir l'horizon à 360° simultanément — ce que seul le sommet permet.
Bref, votre interlocuteur a l'air de vous contredire avec emphase (le « Ben voyons ! », le « CQFD »), mais son argument ne tient pas : il décrit le chemin pour arriver à votre conclusion, pas une alternative à elle.
Posté à 00h38 le 05 mai 26
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