De mon seuil je discerne, au loin, sur l’horizon,
Le bleu profond d’azur d’une aube qui s’avance.
Bientôt l’astre du jour, de son premier rayon,
Teintera la nature engourdie en silence.
Tant de beauté devrait faire battre mon cœur.
Sans doute, mais voilà : je ne suis pas d’humeur.
Je marche dans les bois au frais d’une ombre douce ;
Le soleil, au zénith, transperce les feuillus
En éclats tamisés qui tapissent la mousse ;
Sur un arbre un oiseau chante à n’en pouvoir plus.
Comme lui, je devrais avoir le cœur en fête.
Je ne suis pas d’humeur, vous dis-je et le répète.
Je rentre m’engouffrant dans le pourpre du soir
Entre deux champs de fleurs baignés de crépuscule ;
On ne pourra bientôt plus rien apercevoir ;
D’une branche élevée, une chouette hulule.
Cela ne suffit pas à faire mon bonheur.
Vous savez qu’aujourd’hui, je ne suis pas d’humeur.
Baillant, las et fourbu, je vois par la fenêtre
Les étoiles au ciel briller de mille feux,
Quand la voûte s’abat soudain et me pénètre
De sa grâce céleste aux pouvoirs fabuleux.
Je n’étais pas d’humeur, ce jour, j’ai dû le dire…
Sur ma moue apparaît l’esquisse d’un sourire.