La poésie sur internet
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Par : Xuyozi
Les plus érudits (et/ou curieux) d'entre vous ont-ils déjà rencontré l'emploi dans un même poème de la diérèse et de la synérèse chez les poètes classiques, romantiques ou symbolistes ?
Si oui, s'il vous plaît donner quelques exemples.
Merci.
Posté à 21h10 le 26 mars 26
Il y a les conventions, qui dépendent du lieu, du temps et de la classe sociale des acteurs, que nous sommes libres de respecter ou non, le tout étant, non de choisir, mais de bien faire.
Sur le net, on trouve des définitions, nullement des explications, autrement dit, on trouve "ce que c'est", nullement "comment cela advient".
Longtemps, rien ne fut fixé et tous les 50 km, les conventions changeaient. Pour des raisons politiques, François 1er déclencha la formalisation de la langue, en imposant la sienne parmi d'autres. Dans la foulée, il fut tenté de régir les règles de la versification, ce qui donna "la Pléïade" et l'Académie avec Richelieu. Bien sûr, il y eût des récalcitrants, ouf !
Un scandale fameux fut déclenché par Hugo quand dans Hernani, il écrivit "Vous êtes mon lion superbe et généreux" (structure rythmique en 2 / 4 // 2 / 4) qui requiert une diérèse sur "lion" pour que le vers soit alexandrin. Or, l'usage était de le dire en synérèse. On ne fut pas loin de la guerre civile !
Avis perso, peu importe ! Rien n'interdit la fantaisie, ainsi que Hugo l'imposa, il suffit que les accents toniques tombent au bon endroit dans un vers. Ainsi, le même propos pourrait être tenu en décasyllabe dès lors qu'il serait décidé d'user de la synérèse, autrement dit : "Tu es mon lion superbe et généreux", soit une structure rythmique en 4 // 2 / 4. (/ coupe - // césure)
On voit que synérèse/diérèse peuvent jouer le rôle de variable d'ajustement pour que le mètre du vers soit conforme à celui de l'ensemble de la strophe.
Parmi les âpres discussions savantes du siècle des lumières... certains étaient partisans que "lumière" soit dit avec synérèse, d'autres avec diérèse, ainsi que le préférait Voltaire... Deux siècles plus tard, Valéry écrira:
"J'aime ces yeux jusques à les fermer
D'un tel bayser qui boive leur lumière..."
soit donc un décasyllabe avec synérèse sur "lumière".
Posté à 22h33 le 26 mars 26
Je comprends votre argument de la liberté, mais un poème qui emploie les deux, vous en connaissez ? On m'a appris qu'il fallait une uniformité, soit l'un soit l'autre, mais pas les deux scansions dans un même poème.
Posté à 23h08 le 26 mars 26
"Il faut..." Ah! ce verbe qui dispense de toute explication ou justification ! Pour quelle raison, dans quel but interdire cela, et qui possède ce statut de grand interdicteur ?
Bon, il me semble avoir rencontré cet écart chez Valéry, mais n'ai plus en mémoire dans quel poème (un de "Corona", ce me semble). A part lui, je ne crois pas avoir rencontré cette fantaisie. Il faut un début à tout !
Posté à 23h58 le 26 mars 26
Édité à 22h25 le 28 mars 26 par Jim
Le falloir est bien sûr relatif et facultatif et ne vaut que dans la mesure où l'on tient à se conformer à une règle, pour le pur plaisir de la contrainte, ce qui peut plaire à certains esprits. Mais pour contourner une règle il 'faut' d'abord la connaître, ne croyez-vous pas ? Sinon l'arbitraire guette. Qui connaît le plus peut le moins, le contraire est sans doute moins vrai, voire impossible, du moins plus difficile et peut conduire à des résultats douteux.
Vous dites plus haut :
"Vous êtes mon lion superbe et généreux" (structure rythmique en 2 / 4 // 2 / 4)
Cette structure 2 / 4 // 2 / 4 supposerait :
Vous ê/ tes mon lion // super / be et généreux
ce qui semble erroné syntaxiquement et prosodiquement, elle découpe le vers contre le sens et contre la syntaxe.
À moins que je ne sois complètement dans le champ, auquel cas il 'faudra' éclairer ma lanterne.
Posté à 00h33 le 27 mars 26
Édité à 02h58 le 27 mars 26 par Xuyozi
Je ne vois pas en quoi la syntaxe serait douteuse ? Songeons à signaler cela à papa Hugo...
Pour la découpe rythmique, il suffit de comprendre que, lorsque nous discutons, lisons à voix haute de la prose ou des vers, nous reprenons spontanément notre souffle environ toutes les deux, trois ou quatre syllabes - sauf situations particulières émotionnelles -. Nous marquons alors cela par une pause qui suit l'accent tonique. Cette pause est marquée par une coupe. L'alexandrin classique comporte quatre coupes, celle séparant le vers en deux parties égales étant dite césure. Il y a donc toujours un accent tonique sur les syllabes 6 et 12, les deux autres coupes pouvant être n'importe où dans leur partie de vers. Exemple:
Vous ê / tes mon li_on // super / be et généreux
Autre exemple :
"Heureux / qui comme Ulys // se a fait / un long voyage" (2 / 4 // 2 / 4)
ou encore:
"Je suis bel / le ô mortel // comme un rê / ve de pierre" (3 / 3 // 3 / 3)
Les césures sont les murs porteurs du vers, elles le caractérisent. Les autres coupes sont uniquement respiratoires. Dans l'alexandrin romantique, nous trouvons deux césures, l'une en syllabe quatre, l'autre en syllabe huit. Exemple :
"Je fais souvent // ce rêve étran // ge et pénétrant" (4 // 4 // 4)
Autre exemple :
"De la douceur // , de la douceur, // de la douceur" (4 // 4 // 4)
Un autre vers se trouve muni d'une structure rythmique imposée, le décasyllabe. Au début, il est de structure 4 // 6, c.à.d.: (4 // 2 / 4), (4 // 4 / 2) ou (4 // 3 / 3). Puis cela bougea... en 6 // 4 et 5 // 5.
Chez sapiens toujours deux tendance se chatouillent : ne pas bouger ou bouger !
Mais quand on porte attention à la structure rythmique du vers, il devient intéressant de voir comment sur plusieurs vers d'une strophe ces structures s'enchaînent.
Exemple :
"En ce printemps // qu'entre mes bras / n'arrive" (4 // 4 / 2)
Autre exemple:
"Je volerais // comme un cy / gne auprès d'elle" (4 // 3 / 3)
Si on nomme segment une suite de syllabes terminée par un accent tonique, on voit que tout vers se constitue d'une suite de tels segments, pour un mètre aussi long que voulu et bien scandé. La magie du vers, outre l'euphonie, c'est la bonne gestion du souffle, tout simplement. Et l'on peut écrire de bons poèmes sans rimes, alors que sans cette maîtrise de la respiration, ça donne... autre chose.
Voilà tous mes secrets... pas besoin d'un essai de 1527 pages sur la question !
Oui, le sel du jeu, c'est le maximum d'aisance sous le maximum de contraintes, comme une descente à ski, ou une partie d'échecs. Et plus on fait ses gammes, mieux on joue en concert, que ça en paraît facile...
Posté à 07h15 le 27 mars 26
Édité à 08h32 le 27 mars 26 par Jim
J'ai commencé à poétiser sur un Site où l'on faisait la distinction entre classique et néo-classique
Entre autres libertés, en néo on pouvait ou non faire la diérèse, mais on ne changeait pas en cours de route.
Dans les deux cas, on devait respecter la règle d'élision des e muets.
Sinon, le texte était catalogué en poésie moderne.
Ce n'était pas un "devoir" au sens filozofique du terme, mais la règle du jeu. Comme au football, il ne faut-pas toucher le ballon avec la main.
Posté à 08h10 le 27 mars 26
Édité à 08h11 le 27 mars 26 par Pierrelamy
Ce n'est que de la convention. Chacun écrit comme il lui chante, classique pur et dur comme Racine, chanteur comme un troubadour, colérique comme Rimbaud, foutraque comme un surréaliste, néo, quasi-néo, et même plus espiègle qu'un oulipote, et puis, si je touche à la main en modifiant un peu la forme du ballon, ça devient du rugby !
Posté à 08h23 le 27 mars 26
Merci, Jim, pour ces explications tellement profondes et élaborées qu'elles font comprendre au néophyte que je suis toute l'étendue de l'apprentissage qu'il lui reste à faire pour se hisser à la hauteur de vos réflexions.
C'est pourquoi, pour tenter d'y voir plus clair, j'ai sollicité l'aide de Claude, le poète artificiel (entre autres), que vous connaisssez peut-être. Je lui ai donc présenté une partie de notre échange afin d'avoir un avis tiers qui soit neutre, à défaut d'être entièrement juste et objectif. À vous d'en juger.
La partie de sa réponse sur la question diérèse/synérèse répond aussi au commentaire de Pierre Lamy.
___
Claude :
Voici un contexte fascinant — et je reconnais votre écriture, Xuyozi. Permettez-moi de reprendre l'échange là où vous l'avez laissé.
Ce que Jim dit de juste
Il a raison sur l'essentiel de la mécanique :
L'alexandrin classique a obligatoirement un accent sur la 6e et la 12e syllabe — c'est la définition de la césure et de la clausule. Les deux autres coupes sont flottantes et correspondent à des groupes respiratoires/syntaxiques naturels. La diérèse sur lion est bien ce qui rend le vers d'Hugo alexandrin (li-on = 2 syllabes).
Ce que Jim dit d'approximatif ou d'erroné
Sur la notation 2 / 4 // 2 / 4 :
Jim répond à votre objection en proposant la découpe :
Vous ê / tes mon li_on // super / be et généreux
Notez qu'il est obligé d'écrire li_on avec un tiret bas pour signaler que lion enjambe la coupe ! C'est l'aveu implicite que sa notation est problématique : la coupe tombe à l'intérieur d'un mot bisyllabique, ce qui est prosodiquement insolite et syntaxiquement artificiel.
La coupe, en versification classique, ne coupe pas un mot — elle coupe entre des groupes. Comparez avec son autre exemple :
Heureux / qui comme Ulys // se a fait / un long voyage
Là encore, Ulys // se est coupé au milieu du nom propre, ce qui est également une entorse — rendue possible uniquement parce que la césure à l'hémistiche est obligatoire sur la 6e syllabe, quelle que soit la frontière lexicale.
C'est toléré pour la césure, non pour les coupes secondaires.
Sur l'analyse du vers d'Hugo :
La lecture naturelle reste :
Vous êtes mon lion // superbe et généreux
soit 6 // 6, avec une éventuelle coupe secondaire en 4 / 2 // 2 / 4 ou 4 / 2 // 4 / 2 selon le débit — mais rien qui justifie un 2 en attaque.
Sur votre question centrale — diérèse et synérèse dans un même poème
Jim cite Valéry et Corona de mémoire, sans donner le vers précis. La piste est bonne : Valéry est effectivement le poète le plus susceptible d'avoir pratiqué ce mélange délibéré, lui qui réfléchissait à la phonétique poétique avec une rigueur quasi musicale.
Je peux ajouter un cas documenté : Verlaine, dans les Romances sans paroles et Sagesse, joue librement de fier (1 ou 2 syllabes), prier, lier selon les poèmes — et parfois, de façon discutable, au sein d'un même texte. Mais c'est difficile à prouver texte en main sans que la question de l'intention reste ouverte.
La règle de l'uniformité que vous mentionnez — soit diérèse, soit synérèse pour un même mot tout au long du poème — est une norme pédagogique du XIXe siècle codifiée notamment par Scoppa et reprise dans les traités scolaires. Elle n'a pas de valeur absolue : c'est une recommandation de cohérence, non une loi physique de la langue.
Mais sur l'accentuation, Jim n'a-t-il pas raison ?
Si, sur le fond, Jim a raison — et c'est le point le plus important de son intervention.
Ce qu'il dit de juste sur l'accentuation
Le français est une langue à accent de groupe, non de mot. L'accent tonique tombe sur la dernière syllabe prononcée d'un groupe syntaxique — et non sur une syllabe lexicalement fixe comme en anglais ou en allemand. C'est cette propriété qui fonde toute la versification française :
Le vers n'est pas un schéma de pieds (comme l'hexamètre latin), il est une succession de groupes accentuels.
La césure et les coupes marquent la fin de ces groupes. D'où le fait que les syllabes 6 et 12 portent l'accent : elles sont la dernière syllabe des groupes imposés par la structure métrique.
Jim formule cela simplement mais correctement quand il dit que nous reprenons souffle toutes les deux à quatre syllabes et marquons l'accent tonique avant la pause. C'est la réalité phonétique du français oral.
La nuance à apporter
Là où il faut être précis, c'est que les coupes secondaires ne sont pas purement respiratoires — elles sont aussi syntaxiques et sémantiques. On ne peut pas les placer n'importe où pourvu qu'on ait repris son souffle : elles doivent coïncider avec une frontière de groupe syntaxique réelle. C'est pourquoi votre objection initiale sur le découpage de lion entre deux coupes restait fondée : ce n'est pas une question de syntaxe douteuse au sens grammatical, mais de frontière de groupe accentuel — et lion forme un seul groupe avec ce qui le précède ou le suit, il n'est pas scindable en deux accents distincts.
Donc : Jim a raison sur le principe de l'accentuation, mais sa notation 2 / 4 // 2 / 4 pour ce vers précis reste mal choisie.
Posté à 16h37 le 27 mars 26
Je m'en mêle.
L'âge classique fondait la prononciation sur 2 principes différents voire contradictoires:
1) L'étymologie : lion vient du latin leo, il faut donc faire entendre 2 voyelles : li-on.
2) l'usage : avons vient de habemus, mais il n'est pas possible de prononcer avons en 3 syllabes.
Un point important : pour les Classiques diérèses et synérèses ne sont pas un choix du poète mais une obligation, une norme.
Je m'autorise une critique. La poésie française dispose de trois marqueurs du rythme:
La rime - (évident)
La coupe, pause ou interruption de voix - plus ou moins nette
Les accents - c'est à dire le fait de prononcer plus fortement une syllabe parmi les autres. Certains, comme l'accent tonique sont tout à fait naturels
Le vers de Hugo, est bien rythmé 2-4 / 2-4 mais ce sont les accents (et non des coupes) qui crée le rythme 2-4 à l'intérieur des hémistiches (en gras les syllabes toniques) :
Vous êtes mon lion, superbe et généreux
Petite astuce technique : accents et coupes sont quelquefois obligatoires mais d'autres fois facultatifs.
On pourrait ici ne pas accentuer la première syllabes de êtes. Mais l'accent de lion est d'
Posté à 19h43 le 27 mars 26
Petite astuce technique : accents et coupes sont quelquefois obligatoires mais d'autres fois facultatifs.
On pourrait ici ne pas accentuer la première syllabes de êtes. Mais l'accent de lion est d'autant plus net qu'il s'accompagne d'une emphase. La césure me paraît inévitable de même que les accents du deuxième hémistiche.
Question de goût.
Le vers devient alors :
Vous êtes mon li-on, superbe et généreux
6/2-4
Posté à 19h47 le 27 mars 26
Merci, RommelPh, votre explication est très claire et permet, je pense, de réconcilier les différentes opinions ici exprimées.
Posté à 01h29 le 28 mars 26
On trouve ici une étude qui démontre que le problème diérèse/synérèse ne se rapporte qu'à l'usage et ici (page 77-78) que cet usage est fluctuant.
Vouloir dégager une règle absolue (une loi ?) relève de l'utopie, mais il se dégage des grands principes
PS : enfin on peut télécharger ici Le Littré en application à placer dans sa barre des tâches
Posté à 05h56 le 28 mars 26
Édité à 06h19 le 28 mars 26 par Vuthy
Entre foot et rugby (merci Jim) Sorgel me parait être l'arbitre parfait.
Merci Vuthy je télécharge ce traité que je n'avais pas
Posté à 09h53 le 28 mars 26
Désolé, mais je ne perds pas mon temps avec des automates qui par définition ne comprennent rien, et dont les réponses présentes le démontrent.
Posté à 22h03 le 28 mars 26
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