En posant la ponctuation, Viemartienne, le lecteur est guidé par celle-ci, qui structure le texte pour en renforcer la signification; en éliminant la ponctuation, le lecteur n'est plus guidé que par le rythme, c'est à dire la répartition des accents toniques et la reprise de souffle (respiration) qui va avec, sans souci de la signification du vers. C'est pour cela que les auteurs tels que Apollinaire et Aragon, dans les enregistrements que nous avons d'eux, lisent en déclamant, comme dans le théâtre classique, car la psalmodie ("psaume") relève du chant, en particulier du sacré. Cela souligne le lien entre le lyrique et le divin, en particulier celui du poète avec les filles d'Appolon, les Muses (d'où "musique"). Ce sont donc la musique, la fluidité, qui sont renforcées; le lecteur ne doit pas se soucier de la signification en première instance. Bien sûr, en seconde il la découvrira, s'il le souhaite, le texte étant imposé, pas son interprétation.
Ce procédé date au moins d'Apollinaire, il est courant chez Aragon. Il favorise l'appel à l'émotion en évitant le circuit de la raison. Je ne dis pas que les textes ponctués ne sont pas musicaux, loin de là ! Verlaine, Nerval, etc. le démontrent; je dis qu'un détachement s'opère.