Martingale

Par : Jim
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Jim

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     J'ai cherché un poème à lire doucement
qui ne soit pas connu des enfants de la muse
qui surprendrait encor par sa subtile ruse
la fibre un peu lassée le plus discrètement
     Le chant ne défait pas le cumul des tourments
l'oreille n'entend rien des rustres qui l'abusent
de ces rixes n'entend que les sots qui s'amusent
à la roue de douleur augmenter l'incrément
     Sur l'étagère sont rangées toutes ces odes
qui sont autant de chants qui sont autant de chœurs
suppliants que soient tues toutes ces vaines modes
qui font nos lendemains encombrés de rancœurs
     Existe-t-il au bout un peu de place vide
pour poser quelques vers d'évidence limpide

©JIM
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Pierre Lamy

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En aérant ce quatorzain tout d'un bloc, on discerne un sonnet élizabethain
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Arielle

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" Le chant ne défait pas le cumul des tourments"mais en ces temps troublés le vôtre m'est un baume que je n'oublierai pas sur ma triste étagère.
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Jim

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Merci Pierre et Arielle de vos lectures et avis.
En effet Pierre, il existe plusieurs façon typographique de présenter un sonnet, ceux que j'ai de Shakespeare le sont de cette manière, l'indentation n'est pas gratuite; rien pour autant ne change la structure de la composition, mais la lecture peut l'être, ainsi que l'écriture, car plus évidemment apparaît la possibilité de lier les quatrains plutôt que de les penser séparément: ça reste très subjectif, bien sûr. Selon l'angle d'observation, on voit la tasse d'un seul bloc, ou munie d'un trou, sa hanse.
Oui Arielle, ce petit sonnet est de saison, un ton un peu morose qui change des râleries du sire...

Quant au titre, il prend tout son sens quand on se souvient qu'en proba, une première façon de prévoir un résultat s'appuie sur un concept nommé "espérance" (souvent confondu avec la moyenne), quasi synonyme donc de "martingale".
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Viemartienne

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j'ai l'impression que cette densité et le manque de ponctuation complexifie la lecture? Y-a-t-il un effet attendu... une relecture que j'ai du faire?
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Jim

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En posant la ponctuation, Viemartienne, le lecteur est guidé par celle-ci, qui structure le texte pour en renforcer la signification; en éliminant la ponctuation, le lecteur n'est plus guidé que par le rythme, c'est à dire la répartition des accents toniques et la reprise de souffle (respiration) qui va avec, sans souci de la signification du vers. C'est pour cela que les auteurs tels que Apollinaire et Aragon, dans les enregistrements que nous avons d'eux, lisent en déclamant, comme dans le théâtre classique, car la psalmodie ("psaume") relève du chant, en particulier du sacré. Cela souligne le lien entre le lyrique et le divin, en particulier celui du poète avec les filles d'Appolon, les Muses (d'où "musique"). Ce sont donc la musique, la fluidité, qui sont renforcées; le lecteur ne doit pas se soucier de la signification en première instance. Bien sûr, en seconde il la découvrira, s'il le souhaite, le texte étant imposé, pas son interprétation.
Ce procédé date au moins d'Apollinaire, il est courant chez Aragon. Il favorise l'appel à l'émotion en évitant le circuit de la raison. Je ne dis pas que les textes ponctués ne sont pas musicaux, loin de là ! Verlaine, Nerval, etc. le démontrent; je dis qu'un détachement s'opère.
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Viemartienne

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Merci pour cet enseignement. J’ai essayé la lecture à haute voix, et je constate qu’il y a vraiment une cadence... si l’on respire après chaque alexandrin!emot1:
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Jim

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Oui, j'aurais du le préciser : toujours lire à voix haute, que ce soit de la prose ou des vers, et on trouve la musique du texte de cette façon.