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La poésie engagée

Par : Viemartienne

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Viemartienne

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La poésie engagée, ça fait pas rêver
…ça c’est sûr…
Plus concentrée sur le sens que sur le pied
…elle sait pas compter…

Pas d’envolée de métaphore
…tout juste rimer…
Elle ne danse pas, elle frappe
Elle ne chante pas
…au mieux elle rap…voire slam...

Juste des mots qui cognent
Pas vraiment de métrique… ou si peu…
L’urgence avant le rêve
Le message avant le style

Et pourtant… j’aimerais un peu de ciel
Que mes mots respirent, qu’ils brûlent en couleurs
Sans perdre leur poing, leur rage, leur éclat
Qu’ils frappent, mais qu’ils chantent aussi un peu

Que la poussière devienne lumière
Que l’ombre sur nos vies tremble de beauté
Que le cri d’injustice devienne souffle
Un souffle qui élève autant qu’il secoue

mais peindre des fleurs, je sais pas bien faire
...ça c’est sûr...

Posté à 15h54 le 23 févr. 26

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Liva Soléa

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Poésie engagée n’est pas vraiment métrée,
Mais peut associer, la grâce et le tercet.
Important sens pensé.

Dans la forme adaptée, elle parle au passé,
Parfois en volupté, sans jamais égarer,
Sens par nécessité.

En image construite, au regard de l'altruiste,
Fuyant la conduite dominante du cuistre.
Le sens n’est pas en fuite.

Son rythme naturel en mélodie charnelle,
Elle s’offre un son tel qu’un rossignol rebelle,
Sifflote et au sens mêle.

Posté à 18h40 le 23 févr. 26

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Viemartienne

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bien sûr que c'est une provocation exagérée et vous le prouvez! merci

Posté à 13h42 le 24 févr. 26

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Jim

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Je rêve ! La poésie dite engagée ne serait pas... Lire Aragon, Hugo, Rimbaud, Agrippa d'Aubigné qui fut longtemps compagnon du bon roi Henri... et même Baudelaire et Flaubert... et Camus, et Céline, et Molière, car cette poésie là dénonce, bouscule, même en temps de paix, d'où certains procès, et lire des étrangers comme Neruda, Marquèz, Kundera, Boulgakov, Pasternak, Dostoïevski, etc. L'engagé ne sévit pas uniquement le couteau entre les dents. D'ailleurs, l'écrivain - poète qui ne bouscule pas, c'est au plus un bon commerçant.

Posté à 14h58 le 24 févr. 26

Édité à 15h00 le 24 févr. 26 par Jim

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Liva Soléa

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Cher Jim,
Que le passé te soit cher, je le comprends : il éclaire nos chemins.
Mais il ne peut pas être le seul horizon. Les leçons des siècles n’ont pas suffi à empêcher les répétitions, et c’est bien pour cela que la poésie continue d’inventer d’autres voix, d’autres formes, d’autres manières de dire le monde.

Je crois qu’on gagne à regarder aussi ce qui se crée aujourd’hui, dans des rythmes plus libres, plus actuels, parfois plus proches de nos urgences.
Le passé inspire, mais le présent respire.
Et la poésie engagée vit précisément dans cet espace-là : entre mémoire et mouvement.

Posté à 10h49 le 25 févr. 26

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Pierre Lamy

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Le cancre

Il dit non avec la tête
Mais il dit oui avec le cœur
Il dit oui à ce qu'il aime
Il dit non au professeur
Il est debout
On le questionne
Et tous les problèmes sont posés
Soudain le fou rire le prend
Et il efface tout
Les chiffres et les mots
Les dates et les noms
Les phrases et les pièges
Et malgré les menaces du maître
Sous les huées des enfants prodiges
Avec des craies de toutes les couleurs
Sur le tableau noir du malheur
Il dessine le visage du bonheur.


Le temps perdu

Devant la porte de l'usine
le travailleur soudain s'arrête
le beau temps l'a tiré par la veste
et comme il se retourne
et regarde le soleil
tout rouge tout rond
souriant dans son ciel de plomb
il cligne de l'œil
familièrement
Dis donc camarade Soleil
tu ne trouves pas
que c'est plutôt con
de donner une journée pareille
à un patron ?

Et la fête continue

Debout devant le zinc
Sur le coup de dix heures
Un grand plombier zingueur
Habillé en dimanche et pourtant c'est lundi
Chante pour lui tout seul
Chante que c'est jeudi
Qu'il n'ira pas en classe
Que la guerre est finie
Et le travail aussi
Que la vie est si belle
Et les filles si jolies
Et titubant devant le zinc
Mais guidé par son fil à plomb
Il s'arrête pile devant le patron
Trois paysans passeront et vous paieront
Puis disparaît dans le soleil
Sans régler les consommations
Disparaît dans le soleil tout en continuant sa chanson

Jacques Prévert

Posté à 12h09 le 25 févr. 26

Édité à 12h40 le 25 févr. 26 par Pierrelamy

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Viemartienne

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La poésie engagée contemporaine reprend bien sûr l’héritage des classiques mais réinvente la forme : elle privilégie la force du message et la présence directe sur le lecteur ou l’auditeur. Comme le dit Jean‑Marie Gleize, “Ce n’est pas un poème. C’est un acte”,
Aujourd’hui, la poésie engagée préfère l’impact au formalisme, le message à la métrique, pour être plus percutante et directe.
la poésie ne cherche pas la beauté classique, mais l’expérience brute du mot, la réflexion sur le monde et la société.
« Le langage est une pâte
dans laquelle on est pris.
On remue les mots
on les laisse reposer
on les reprend. » Christophe Tarkos
En 2025 la langue peut devenir arme, cri ou résistance, là où la poésie traditionnelle cherchait surtout à séduire ou émouvoir. Et cela n’induit pas que c’est mieux maintenant c’est autre et c’est souvent chanté ou slamé

Posté à 14h59 le 25 févr. 26

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Pierre Lamy

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La forme de la poésie en prose n'est pas une nouveauté

https://philo-lettres.fr/old/litterature_francaise/poeme_prose.html

Je préfère carrément un joli poème en prose, façon Prévert, à un de ces poèmes pseudo-classiques mal bigorné comme on peut en lire un max sur Internet.

Posté à 16h18 le 25 févr. 26

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Liva Soléa

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@Pierre,
Prévert est toujours un plaisir, bien sûr.
Mais ton message arrive comme un contre‑chant qui ne répond pas vraiment à la discussion en cours.
Nous étions en train d’explorer la poésie engagée contemporaine, ses formes actuelles, ses enjeux, et ta réponse déplace soudain le débat vers un terrain plus classique et plus familier.

C’est un phénomène assez courant dans les échanges littéraires :
quand une conversation argumentée avance, on voit parfois surgir une référence canonique qui recentre tout d’un coup la discussion ailleurs.
Ce n’est pas forcément volontaire, mais l’effet est là.

Pour ma part, j’aimerais vraiment lire ce que toi, tu penses de la création engagée d’aujourd’hui — pas seulement ce que tu préfères du passé.
C’est ce regard-là qui enrichirait vraiment l’échange.

Posté à 17h36 le 25 févr. 26

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Assonance

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À quoi bon s'engager quand la liberté réside dans le fait d'être dénué d'entraves ? Atteindre la fluidité de l'eau par l'esprit, sans ce boulet au pied qu'est l'engagement, pour éviter de couler, me parait la meilleure façon de concevoir le fait d'écrire.

On dit parfois qu'il faut choisir ses combats, il est tout aussi facile de choisir de ne pas combattre. Ne rivaliser avec rien permet d'autant plus de place pour être.

La rudesse de l'engagement, dans son sens offensif, va à l'inverse de ce que je pense de la pratique de la souplesse, alors bon, que penser de la neutralité ?


Posté à 18h32 le 25 févr. 26

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Liva Soléa

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Pour moi, l’engagement n’a jamais été synonyme de violence.
Il peut être calme, réfléchi, tendre même.
Mais il arrive que certains comportements nous obligent à nous défendre, simplement pour garder notre place dans l’échange.

Le silence, lui, ne profite qu’à ceux qui sont déjà protégés par la structure sociale.
Ceux qui dominent n’ont jamais eu besoin de parler pour être entendus.
Les autres, si.

Et il suffit d’observer les interactions ici pour voir comment cela se rejoue :
les sujets ouverts par des femmes sont souvent recentrés, déplacés, ou enveloppés d’un paternalisme discret, alors que lorsqu’un homme lance une discussion, tout semble soudain légitime.

Pour moi, l’engagement, c’est justement proposer un autre regard.
C’est ouvrir une fenêtre, permettre à chacun de sortir de ses habitudes, de ses certitudes, de ce petit confort qui finit par devenir une forme d’aveuglement.
Et oui, parfois les mots dérangent — non parce qu’ils sont violents, mais parce qu’ils touchent un point sensible, une vérité qu’on préférait ne pas voir.

Posté à 18h56 le 25 févr. 26

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Pierre Lamy

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C'est très subjectif ce truc.
Pour moi, le poème est une œuvre d'art qui induit une émotion esthétique.
Il peut être engagé, comme l'affiche rouge ou le temps des cerises, mais n'atteindra son but que s'il est nickel-chrome. S'il est mal écrit, il peut plaire aux militants mais sera contre-productif.
Peu importe son style, rap, prose poétique , chanson ou poésie classique.

Posté à 20h39 le 25 févr. 26

Édité à 20h49 le 25 févr. 26 par Pierrelamy

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Deshaiessaintes

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Proposer une vision personnelle du monde, c'est déjà s'engager. Exprimer des idées me parait très positif mais le militantisme souvent synonyme de sectarisme assez borné et de pensée automatique est plutôt sinistre.
Par ailleurs, je crois qu'il ne faut pas confondre le signifiant et le signifié ou le message et sa mise en forme. On peut être d'accord avec l'un et ne pas apprécier l'autre, autrement dit on peut apprécier un poème sans être d'accord avec les idées qu'il exprime ou inversement.
Ce n'est pas nécessairement la métrique mais c'est néanmoins la forme qui donne sa force et sa pertinence au fond. Il est facile de dire, quelle connerie la guerre, touchez pas aux enfants, le racisme et l'hypocrisie c'est mal...autant d'idées générales, de truismes de bons sentiments dans lesquels on peut facilement se reconnaitre et qui verront son auteur être qualifié d'humaniste à bon compte.. Le poète sera celui qui saura les exprimer d'une façon percutante et originale. Si elle peut être paradoxale ou ambigüe, c'est encore mieux.

Posté à 22h03 le 25 févr. 26

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Viemartienne

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Ces réflexions me sont familières. Vous évoquez un militantisme rigide et simplificateur, mais il ne peut être ainsi résumé. Qualifier les idées humanistes de truismes revient à oublier qu’elles sont encore loin d’être appliquées dans le réel ; les reprendre et les marteler reste donc nécessaire. Une idée juste, même simple, peut bouleverser si elle est portée par une sincérité et une urgence véritables. Certes, cela peut passer par un travail formel rigoureux, capable de donner une profondeur nouvelle à des idées connues… mais pas uniquement.

Pierre a soulevé une question essentielle : celle de l’émotion esthétique. Or cette émotion suppose un lecteur ou un auditeur, et s’inscrit toujours dans une culture, une sensibilité, une expérience partagée. C’est dans cette rencontre, autant que dans la forme ou le message, que la poésie trouve sa force. Par ailleurs, la société est aujourd’hui sensible à d’autres formes (qui ont très certainement intégré les traces des poètes « d’avant » ) et les critères esthétiques ont, eux aussi, évolué.Mais les 2 approches peuvent se cotoyer...

Posté à 08h48 le 26 févr. 26

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Viemartienne

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et pour illustrer mon propos:

Le drapeau de la haine (extrait)

Juste du pain
de l'eau
Et entre 2 appels à la prière
le massacre du jour

De sous les décombres
les cris
les appels des enfants
ont cessé

Une journée de plus
Cent Deux cents âmes de moins

On trouvera toujours
quelque salopard
pour faire ce commentaire :
La vie continue !

— Abdellatif Laâbi (né en 1942)
L'espoir à l'arraché

Posté à 09h36 le 26 févr. 26

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