Pierre Lamy, vos propos sans doute ironiques, je les prends comme des compliments. Je n’appartiens assurément pas au courant majoritaire, je ne suis certes pas un autre mouton dans le troupeau mais un irréductible singleton indissoluble dans la masse. Un maverick aurais-je dit si le mot était toujours associé aux poètes beat et si Top Gun ne l’avait pas dévalué.
Dans le langage courant lorsque l’on dit de quelqu’un qu’il n’est « pas un poète », on entend par là que c’est quelqu’un de brutal, de rustre, de grossier….donc à tout prendre…
Ma nature poétique, je la revendique, en ce sens que je ne décide jamais d’écrire sur un sujet, je ne sollicite jamais un poème, ils me viennent, quelques vers épars, une strophe, des images dont je ne saisis pas forcément le sens au 1er abord mais que je déroule, qui parfois viennent se réagencer d’eux-mêmes, des mois après la première étincelle, aux moments les plus inattendus. Bien-sûr, je remets incessamment l’ouvrage sur le métier pour arriver à une forme qui me convienne.
Quant aux résultats obtenus chacun en jugera car la sensibilité personnelle a sa place dans une appréciation : il faut que les univers mentaux communiquent, aient quelque chose à se dire ou tout du moins un terrain commun. Certaines choses me sont présentées comme admirables et je les trouve épouvantables ou inversement. Lorsqu’on propose une création, on se retrouve un peu dans l’inconfortable position de la reine de Blanche Neige : « Miroir, joli miroir, dis-moi qui est la plus belle ? », mais on est toujours dans le regard des autres, un peu différent que dans le sien propre…