Dizains tel Scève

Par : Jim
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Jim

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Alors que les références du sonnet français sont les schémas de Marot et de le Pelletier du Mans, améliorés par Ronsard, la référence du dizain consiste en les schémas retenus par Maurice Scève, fixés dans sa Délie, alias de sa muse qui n'était autre que Pernette du Guillet, laquelle eût la plorable idée de mourir à 25 ans.
Ces schémas se présentent sous la forme de deux quatrains décasyllabiques (en 4/6) à rimes alternées, respectant l'alternance des genres, complétés par un distique situé soit entre les quatrains, soit finalisant le dizain. Deux variantes portent sur le distique quand il se situe entre les quatrains ; soit il est monorime, soit son premier vers reprend la rime du vers qui le précède et son second vers annonce la rime du premier vers du quatrain qui le suit. Cela se résume à :
cas 1 : abab cdcd ee
cas 2 :
variante 1 : abab cc dede
variante 2 : abab bc cdcd

Il nous faut voir à quoi cela ressemble
De nous risquer à tel si grand défi
Et pourquoi donc déjà mon poignet tremble
Lors qu'il paraît qu'un peu de mots suffit

Je veille au bon décompte des syllabes
Car le vers court se doit d'être concis
Sans n'être audible à l'ouïe que des sorabes
En devenant un pauvre raccourci

Combien le vivre est parfois difficile
Pour un poète à la main malhabile

A chacun de s'essayer aux schémas du dizain Scévien !
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Pierre Lamy

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https://www.paradis-des-albatros.fr/?poete=sceve

Merci Jim de nous signaler cette forme fixe que je vais utiliser incessamment sous peu

L'exemple est-il de ta plume ou de celle de Scève ?
😐
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Jim

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de ma plume, cher ami, je n'ai pris soin d'écrire à la mode de quand déjà ? celle de Scève et non de la nôtre.

Voici, de sa Délie le dizain CLXXVI

Diane on voit ses deux cornes jecter
Encore tendre, et foiblement naissante :
Et toy des yeux deux rayons forjetter,
La veue basse, et alors moins nuisante.

Puis sa rondeur elle accomplit luisante :
Et toy ta face elegamment haulsant.

Elle en apres s'affoiblit descroissant,
Pour retourner une aultrefois novelle :
Et le parfaict de ta beaulté croissant
Dedans mon cœur tousjours se renovelle.
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Pierre Lamy

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Bravo
😐

Au fond du val, il est une rivière,
Qui suit son cours au milieu des roseaux.
Sous le regard d’une montagne fière
Et sous le chant de multiples oiseaux.

Au fil de l’eau se faufile une anguille
En route pour niquer dans l’océan
Sur son passage une carpe frétille
Et le héron se détourne céans

Les yeux mi-clos, d’une voisine rêve,
Sur une berge, un pêcheur nommé Scève.

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Jim

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C'est drôle, bien écrit, et beau, super !
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Liva Soléa

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Je me permets d'intervenir sur ton explication Jim.

Dans le dizain scévien authentique (Renaissance, 1544), Scève utilise toujours :

- 10 décasyllabes,
- organisés en deux quintils,
- avec le schéma de rimes ababb / ccdcd

C’est la seule forme attestée dans Délie.

Ce que tu évoques en terme de rimes :

- abab cdcd ee
- abab cc dede

sont bien des variantes historiques du dizain, mais :

- elles sont postérieures à Scève
- elles appartiennent à la tradition classique (XVIIᵉ–XIXᵉ)
- elles correspondent au dizain à distique final, très utilisé dans les académies et les jeux poétiques.

Je n’entre pas ici dans les raisons historiques et structurelles qui expliquent ces choix de rimes : ce serait un autre sujet, et je sais que la plupart d’entre vous cherchent surtout un schéma pratique à reproduire en l'état.
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Pierre Lamy

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Liva, je viens de vérifier
Vous avez raison

https://www.paradis-des-albatros.fr/?poeme=sceve/plutot-seront-rhone-et-saone

Vite fait sur le gaz, j'ai bricolé ce dizain selon les normes

Est-il permis de rimer au grand âge,
Comme on le fit en son adolescence ?
Si ce n’est point, ce serait bien dommage,
D’être taiseux en galante présence,
Comme la votre, ô divine excellence.
Quand vous chantez, je me sens tellement
Ensorcelé, pour dire bellement
Ma modeste âme, à vous toute asservie,
Du point du jour, continuellement,
Jusques au soir, je vous offre ma vie.


😐
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Liva Soléa

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Bravo Pierre, vous avez parfaitement appliquer la technique. Vous semblez très à l'aise dans les contraintes techniques. Il y a bien des décasyllabes tout le long du poème, donc on se retrouve avec cette belle structure 10 syllabes/10 vers.

La rime est respecter : ABABB CCDCD.

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Liva Soléa

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J'ai planté des plumeaux de la pampa,
Un suffit pour raffiner mon jardin,
Au centre de la pelouse il poussa.
Il était beau, il était féminin.
J'ai cru en lui, je le voyais divin.

Les plumeaux ont grandi, et envahi
Dans mon jardin paradis, ont détruit
S'étalant tout de long, voile horizon
Magie du décor en cocon meurtri
De plumeaux de la pampa si fécond.
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Pierre Lamy

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Je vous renvoie le compliment.
Je viens de consulter votre blog où vous explorez de nombreuses formes fixes. Bravo
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Tontonjacques

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Pour info, dans un décasyllabe en général il y a une césure : soit 4 + 6, soit 5 + 5 (d'autres possibilités sont envisageables). Ainsi dans le dizain cité par Jim :

Puis sa rondeur / elle accomplit luisante :
Et toy ta face / elegamment haulsant.

Voici un exemple (dû à Musset) de 5 + 5 :

Plus je me débats / contre ma misère,
Plus s’éveille en moi / l’instinct du malheur

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Tontonjacques

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J’ai retrouvé un dizain de Scève (extrait de Délie), que je me suis amusé à pasticher. On remarque tout de suite, toutefois, que dans l'original, par rapport à l’introduction de Jim :
- l’alternance des rimes n’est pas respectée, on n’a ici que des rimes féminines
- la présentation est « compacte » (dix vers à la suite, sans séparation pour les 2 vers centraux), ce que semble confirmer cette page par exemple
- le « distique » central n’est pas indépendant, la phrase ne se terminant pas au vers 6.
- en revanche, le système de rimes semble correspondre à la « variante 2 » (abab bc cdcd)

Si le blanc pur est Foy immaculée,
Et le vert gay est joyeuse Espérance,
Le rouge ardent par couleur simulée
De Charité est la signifiance :
Et si ces trois de diverse substance
(Chascune en soy) ont vertu spéciale,
Vertu estant divinement royale,
Où pourra l’on, selon leur hault mérite
Les allier en leur puissance égalle
Sinon en une et seule Marguerite ?

Sans m’embarrasser de toutes ces considérations, que j’ai toutefois lues avec intérêt, j’ai donc produit ce qui suit :

Mais que me chaut le Lys dans la Vallée ?
Dans mon jardin, c’est toujours les vacances.
Avec Zaza, parmi les Azalées,
Nous folâtrons tandis que, comme l’anse
De mon panier, la Libellule danse.
Et — réflexion pas très originale,
Lorsque j’arrose, à l’heure vespérale,
La pâle fleur de l’humble Clématite,
Les perles d’eau glissent sur les pétales :
Oui, Πάντα ῥεῖ, comme dit Héraclite.

J’ai ajouté une note, (car je suis bon et généreux, et pour faire mon pédant) :
« Πάντα ῥεῖ (Panta rheï) : Tout s’écoule. »

On remarquera que la césure est respectée, ainsi que les rimes (suffisantes, mais pour l’oreille, pas pour l’œil, j’admets), que la syntaxe et l’expression tiennent debout, ainsi que l’idée, inspirée par l’original d’ailleurs, que le ton général (légèrement humoristique) est cohérent, que la facilité de l’apposition en est bannie, et qu’il y a une chute (et sans parler des références ni des jeux de mots). Je suis même allé jusqu’à respecter les Majuscules dans le texte.

Je ne prétends pas que c’est génial, juste que je me suis appliqué.
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Pierre Lamy

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C’est un dizain comme en composait Scève
Que je bricole en ce maudit janvier.
À neuf o’clock, enfin le jour se lève
Et le soleil illumine l’évier.
Mon index court, ferme sur le clavier,
Sur mon écran le poème prend forme.
Tout en décas, ainsi le veut la norme
Que le Poète institua jadis.
En ce temps-là, c’était un type énorme.
En son honneur, je conclurai par dix.
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Tontonjacques

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Un vendredi suave et parascève,
Moite et vautré parmi les goyaviers,
Je relisais La Princesse de Clèves,
Laissant le chien courir sur le gravier.
Je me disais : Français, si vous saviez !
On vous abuse et l’on vous désinforme,
En PHP comme en cunéiforme ;
Vous prétendez, ma charmante Gladys,
Que ce dizain n’est pas vraiment conforme ?
C’est un sonnet, mutatis mutandis.
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Arielle

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Mon cher Maurice, à goûter votre sève
Nous délectons assis sous l'olivier
Que vous avez planté pour la relève
De quelque aède amoureux du clavier
Venu s'assoir, à vos côtés convié.
Si l'huile coule à son front, c'est la norme,
En un dizain fluide et multiforme
Soyez certain que cette friandise
Il l'a sucée jusqu'à ce qu'il s'endorme
Sur son noyau, par pure gourmandise