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Par : Oxalys
Rilke - L'heure gravite
Ce texte est une traduction médiocre (origine non citée) du prologue d'un recueil de poèmes de Rilke, écrits en allemand, paru en 1899 sous le titre
„Das Buch vom mönchischen Leben“ le livre de la vie monastique´'.
Voici le texte en VO. Il n'a pas de titre :
Da neigt sich die Stunde und rührt mich an
mit klarem metallenem Schlag:
mir zittern die Sinne. Ich fühle: ich kann
–und ich fasse den plastischen Tag.
Nichts war noch vollendet, eh ich es erschaut,
ein jedes Werden stand still.
Meine Blicke sind reif, und wie eine Braut
kommt jedem das Ding, das er will.
Nichts ist mir zu klein, und ich lieb es trotzdem
und mal es auf Goldgrund und groß
und halte es hoch, und ich weiß nicht wem
löst es die Seele los …
Source : Rilke
La traduction étant trop mauvaise, il faudrait mettre à la place celle que propose Tontonjacques dans son commentaire du dit poème.
Merci Eric de procéder à la correction.
Quand tu auras le temps
Amicalement - Oxalys
Posté à 12h06 le 14 janv. 26
Merci de l'appréciation, toutefois je rappelle bien que mon travail est une adaptation, et non une traduction mot à mot. S'il s'agissait de Betz, je pense qu'il était tout à fait compétent en allemand, étant né en Alsace à l'époque où celle-ci faisait partie du Reich (1898) ; le seul problème est que sa traduction ne constitue absolument pas un poème, à mon avis (en fait, je pense qu'il devait être meilleur en allemand qu'en français). On voit facilement que dans la version originale, l'auteur s'est donné du mal pour respecter un rythme et des rimes correctes, ce qui est entièrement perdu dans la version française, sans compter les "visse", qui certes riment avec "frémissent", mais qui sonnent fort mal ici.
Par exemple, Betz a traduit le vers 9 :
"Pour être aimé, rien ne m'est trop petit"
ce qui me semble un peu maladroit, le sens littéral étant "Rien ne m'est trop petit, et je l'aime malgré tout" (le "pour" doit s'entendre dans le sens de "malgré" sans doute, mais en français c'est ambigu). J'ai proposé :
"J'aime chaque moment, rien ne m'est trop petit"
ce qui présente l'avantage du rythme (alexandrin), même si le mot "moment" est absent de l'original, que le "trotzdem" n'est pas traduit, et si en plus les clauses sont inversées (mais chez Betz aussi).
La traduction poétique est un problème en soi ; ma proposition serait que, dans le cas de la poésie étrangère classicisante, l'éditeur donne toujours 2 traductions : une traduction "mot à mot", pour le sens, et une "adaptation", qui "sonne bien" et qui s'efforce de recréer l'impression produite par le poème original. Encore faudrait-il que le lecteur français comprenne quelque chose à la musique d'un poème... et ce n'est pas gagné.
Une version sonore allemande potable, ici par exemple : https://www.youtube.com/shorts/3wzf_IaRDvw
Posté à 15h31 le 14 janv. 26
Entre temps, Kerdrel signale que cette traduction serait de
(je cite) :
Maurice Betz
Poésie, Émile-Paul, 1941 (p. 115-116)
J'ignore d'où il tient ce renseignement.
N'empêche qu'elle correspond mal au style de l'original. Rilke, qui maîtrisait parfaitement le français, n'aurait jamais écrit ceci.
En alternative à "l'adaptation" de Tontonjacques, je me suis amusée à écrire cette traduction adaptée :
Voici que l'heure s'écoule non sans m'émouvoir
de son clair battement métallique :
M'en tremblent les sens. Il me semble pouvoir
saisir le jour plastique.
Rien n'était encore accompli avant que je le vive,
tout devenir immobilisé.
Sous mon regard mûri voici qu'arrive
Tout ce que l'on désire, comme une fiancée.
Rien ne m'est trop petit, je l'aime cependant
et le peins en grand sur fond doré
Et le brandis tout en ignorant
De qui l'âme sera séparée.
Dans l'original :
le verbe loslösen signifie "séparer, détacher"
et non frémir (zittern) ou apaiser (beruhigen, besänftigen)
Posté à 18h13 le 14 janv. 26
Ah, c'est déjà nettement mieux, en effet. Le "plastique", quoique présent dans le texte allemand, m'a gêné, c'est pourquoi je l'ai contourné. "Visse" est remplacé par "vive", bon, normalement ce serait plutôt "voie", mais ça peut aller. "Je l'aime cependant" me semble bien, j'étais en train de penser à "je l'aime quand même", mais il faudrait changer la rime.
Pour "loslösen", DeepL propose "libérer" (je ne sais pas de qui cela libère[ra] l'âme). J'ai peut-être pris un peu de libertés avec "apaiser".
Ce qui m'a gêné notamment, c'est le "Nichts ist mir zu klein, und ich lieb es trotzdem" : le "es" représente "nichts" ? Syntaxiquement, je trouve que ça fait un peu bizarre, c'est pourquoi j'ai ajouté un substantif (moment). Mais bon, là on entre dans la pinaillerie.
Ça ne me gêne pas du tout que vous proposiez votre version à la place de la mienne, de toutes façons elle est meilleure que celle qui est proposée actuellement.
Posté à 18h33 le 14 janv. 26
Édité à 18h41 le 14 janv. 26 par Tontonjacques
J'ai sous la main l'ouvrage de Rilke intitulé « Le livre d'heures », composé de trois parties, « le livre de la vie monastique » (1899), « le livre du pèlerinage » (1901), et « le livre de la pauvreté et de la mort » (1903), ensemble présenté en bilingue, la traduction étant assurée par Gaston Compère et Frédéric Kiesel, recueil édité chez « Le Cri Édition, coll. Poésie", en 2001. N'étant pas germaniste, je suis dans l'incapacité de lire et critiquer. En exergue, Rilke dédie son oeuvre à Lou (Andréa Salomé, je présume). Ce poème, proposé par Macha, est le premier du livre I. Voici donc la traduction dont je dispose :
Alors se penche l'heure, qui me frappe
d'un coup clair et métallique :
vibrent mes sens. Je sens : je puis ---
je saisis la forme du jour.
Rien n'était accompli avant que je le voie,
tout destin était silencieux.
Mes yeux sont mûrs ; comme à une fiancée,
vient à chacun la chose qu'il désire.
Rien ne m'est trop petit et néanmoins je l'aime
et je le peins immense sur fond d'or,
je l'élève en offrande et j'ignore de qui
l'âme ainsi se délivre...
Posté à 21h37 le 14 janv. 26
Je vois que notre Chef a tranché avec la sagesse d'un modérateur digne de ce nom.
A savoir :
- Rendre à R.M. Rilke son poème tel qu'il l'a écrit
- Le faire suivre de trois traductions/interprétations qui se ressemblent sans pourtant reproduire exactement la virtuosité de l'original.
Merci Eric et salut amical aux participants
Posté à 11h55 le 15 janv. 26
Entre temps, Kerdrel signale que cette traduction serait de
(je cite) :
Maurice Betz
Poésie, Émile-Paul, 1941 (p. 115-116)
J'ignore d'où il tient ce renseignement
https://fr.wikisource.org/wiki/Po%C3%A9sie_(Rilke,_trad._Betz)/Livre_d%E2%80%99heures/L%E2%80%99heure_gravite
Posté à 12h54 le 15 janv. 26
Ça pourrait donner lieu à un intéressant débat de traduction, mais on risque de déborder un peu... Je pense que pour le sens général, tout le monde a compris à peu près ; la traduction mentionnée par Jim me semble pas mal, je note qu'elle propose des alexandrins quand c'est possible, mais hélas le rythme n'est pas aussi marqué que dans l'original (j'entends en allemand une alternance de vers de respectivement 4 et 3 mesures) ; ce qui m'a gêné, notamment, ce sont les sonorités dans "d'un C oup C lair et métallique", il n'y a pas de répétition du son K en allemand, en revanche il y a insistance sur le son A : "mit klArem metAllenem SchlAg:" (toutes des syllabes intonées).
Je reste perplexe sur la syntaxe (mais c'est la même chose en allemand) : "rien ne m'est trop petit et néanmoins je l'aime", ça me "grattouille" un peu. Le mot "silencieux" aussi me paraît douteux ici, je dirais plutôt, comme Oxalys, "immobilisé" ou qqch comme ça.
Un bon exemple de rythme transposé en français : "je l'éLEve en ofFRANde et j'iGNOre de QUI", ça c'est très bien, dommage que tout ne soit pas comme ça...
Posté à 13h46 le 15 janv. 26
J'ai proposé une nouvelle présentation du poème concerné.
Eric
Posté à 23h36 le 15 janv. 26
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