Nielle
Cette aube à peine point que la brume l'avale ;
Des cristaux craquent sous le pas, dans l'âcre air vif
Où le sentier s'enfonce et se fond dans le suif...
Le regard porte court dans ce monde d'opale.
Tout est calme et semble amorti, vague, engourdi ;
Lancinant grince un criaillement de corneille ;
L'immense et mouvant fantôme des arbres veille
Dans l'insidieuse bise aigre qu'Hiver ourdi.
Quand, d'un faisceau plus chaud, l'astre perce l'air bistre,
On croirait la clarté d'un vaste éden doré
Où renaîtrait ce jour qu'on avait adoré.
(Même, on entendrait...comme un tintement de sistre ?)
Désormais le soleil dédouble chaque rai,
Evaporant dans sa lumière un monde opaque
Où le ciel repeindra, du cobalt de sa laque,
Cet autre leurre occultant notre univers vrai :
C'est sans brouillard, la nuit, que le cosmos étoile
La profondeur dantesque où le réel s'enfuit,
Dans le périple autour de son prodigieux huit
Dont Möbius nous dit la substantifique moelle...
Mais la journée installe un tempo rassurant ;
Tout paraît refléter quelque éternité stable :
D'une ferme, là-bas, vient un parfum d'étable,
Et là-haut le pinceau du ciel va, l'azurant.