Charme de l'incipit

Par : Jim
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Jim

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On dit que, lorsque l'on écrit, il faut, pour accrocher le lecteur, réussir son incipit ; que pensez-vous de ces quelques-ci ? Vous disent-ils quelques-choses ?
Et, payons-nous d'audace, quels pourraient être les vôtres, si vous décidiez d'aller plus loin ? Et, si cela vous inspire, pourquoi, à partir de l'un des ci-dessous, ne pas laisser sa plume un peu divaguer ?

1. « 19 heures. C'est la nuit à Charleville-Mézières. Le ciel est noir comme le fond d'une gorge qui bâille. » (Teulé)

2. « On peut me voir tous les après-midi pendant les mois d'été assise à l'une des tables sur la place sous les marronniers devant une glace à la vanille arrosée d'un petit peu de whisky. » (Burgess)

3. « Il avait lâché le journal, qui s'était d'abord déployé sur ses genoux puis qui avait glissé lentement avant d’atterrir sur le parquet ciré. » (Simenon)

4. « C'est avec une humilité non affectée, - c'est même avec un sentiment d'effroi, - que j'écris la phrase d'ouverture de cet ouvrage ; car de tous les sujets imaginables, celui que j'offre au lecteur est le plus solennel, le plus vaste, le plus difficile, le plus auguste. » (Poe)

5. « Ma grand-mère est morte en pleine forme. » (Jourde)

6. « C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar. » (Flaubert)

7. « Le brouillard faisait au monde une page blanche. » (Greveillac)

8. « Qu'il fasse beau, qu'il fasse laid, c'est mon habitude d'aller sur les cinq heures du soir me promener au Palais Royal. » (Diderot)

9. « ça a débuté comme ça. » (Céline)

10. « Quels étaient les deux cavaliers égarés parmi les ravines et les roches de l'Odenwald, pendant la nuit du 18 mai 1810, c'est ce que n'auraient pu dire, à quatre pas de distance, leurs plus intimes amis, tant l’obscurité était profonde. » (Dumas)

11. « Couchée sur la poitrine, les coudes en avant, les jambes écartées et la joue dans la main, elle piquait de petits trous symétriques dans un oreiller de lin vert, avec une longue épingle d'or. » (Louÿs)

12. « J'ai un pressentiment que nous trouverons dans la vallée de Biban-el-Molouk une tombe inviolée, disait à un jeune Anglais de haute mine un personnage beaucoup plus humble, en essuyant d'un gros mouchoir à carreaux bleus son front chauve où perlaient des gouttes de sueur, comme s'il eût été modelé en argile poreuse et rempli d'eau ainsi qu'une gargoulette de Thèbes. » (Gautier)
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Machajol

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Le brouillard faisait au monde une page blanche et en avalanche, sur le trottoir mes pas brisaient le silence.
Je distinguais quelques ombres comme des fantômes, les arbres se dressaient derrière le rideau de brume.
Un rayon de soleil perça le voile et la lumière blafarde encore peu diffuse laissait deviner les formes des murs de la ville.
Bientôt se réveilleraient les premiers travailleurs et le bruit des voitures crèverait la page noire de la nuit.
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Pierre Lamy

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Longtemps, je me suis couché de bonne heure,
Nous avouait un moustachu
Qui racontait sa vie du côté de chez Swann.
À ce que l'on dit,
Il y fut pécho par la Madeleine.


Dans un tout autre genre :
Les fées s'étaient penchées sur le berceau d'Isidore
Isidore et le chronoscaphe
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Tontonjacques

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À ce sujet, j’ai découvert avec surprise que Montherlant, que je lisais pour la première fois, faisait du Balzac.

« Vers la fin du mois d’octobre dernier, un jeune homme entra dans le Palais-Royal au moment où les maisons de jeu s’ouvraient, conformément à la loi qui protège une passion essentiellement imposable. » (Balzac, La Peau de chagrin)

« Ce soir froid de février 1924, sur les sept heures, un homme paraissant la soixantaine bien sonnée, avec une barbe inculte et d’un gris douteux, était planté sur une patte devant une boutique de la rue de la Glacière (...) » (Montherlant, Les Célibataires)

Curieux, non ?
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Jim

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Bravo tous trois ! Belle prose Macha, comme un flot paisible, chargé de mémoire, qui doucement dessine les berges.

Surprise ou non, Tonton ? Tu sembles découvrir, ce qui devrait n'être qu'une confirmation, que les bons auteurs lisent... Alors s'active la vertu d'imprégnation. Comme par hasard, je situe ces deux-là dans mon panthéon perso, où quelques ne s'y trouveront jamais. Il y a eu de grands fêlés, derrière lesquels les intégrés s'essoufflent On est tous des Laïos; c'est simple, il faut choisir : "soit tu n'as pas d'enfant (mâle, bien sûr) et ton règne sera prospère, soit tu en as un qui cherchera à te détruire et tu connaîtras la peste" prédirent nombre d'oracles.

Good ! L'idée, dans ce jeu, est d'écrire qqs lignes - sans contrainte limitative - de son cru à partir d'un incipit proposé.

Good Luck ! Folly writer !
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Pierre Lamy

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Ça a débuté comme ça.
La Céline s’en agaça.
Le moindre hiatus la défrise.

C’est une lettrée de haut vol.

Elle a maîtrisé sa maîtrise,
Sans que quiconque s’immisçât
Avouons-le, couci-couça,
Elle me tient sous son emprise.

C’est une lettrée de haut vol.

Qui chante comme un rossignol
Et ne pinte jamais d’alcool.
Je suis très fier de ma gamine
Et m’en vante aux potes d’usine
Au bar-tabac Le Branquignol.
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Lau

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Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. *

La litière du chat pue ! Une véritable infection ! Comment lui-même réussit-il déféquer dans cet enfer ? Par habitude, peut-être…
Quoi qu’il en soit, cette saloperie ne s’embarrasse guère de scrupules ; il vient de tordre l’échine de deux charmants chardonnerets : ils s’amusaient avec un lombric pris au jeu de ‘je sors, je sors pas’… Tranquilles… Découvrants. L’autre les a alpagués d’une force mes Frères ! tschiiiaaaaaaaaaaaaaaa fouinzzzzzzzzzzzz .

- Parait que Poutine a sorti une bombe… 40 fois plus puissante que celle d’Hiroshima qui pourrait arriver sur Paris en 180 secondes, me lance Cynthia en déshabillé parme de chez Etam Lingerie, collection 2024… (Celle avec le tanga fuchsia)

- 180 secondes Cynthia ! Tu crois qu’on a le temps de faire griller deux toasts ?

- ça doit bien faire 445 degrés Fahrenheit mon Lau… Le chat nous regarde… Enfile-moi !


L'Étranger d'Albert Camus publié en 1942
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Pierre Lamy

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Kabyle sous le coup d'une fatwa, Kamel Daoud s'est réfugié en France et y obtint le prix Goncourt en 2015 pour
Meursault contre-enquête dont voici l'incipit :

"Aujourd’hui, M’ma est encore vivante. Elle ne dit plus rien, mais elle pourrait raconter bien des choses"

L'ouvrage est interdit en Algérie.
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Pierre Lamy

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Diderot me pardonnera-t-il d'avoir tronqué son incipit ?

Qu'il fasse beau, qu'il fasse laid,
C'est mon habitude d’aller,
À Cinq o’clock en promenade,

Du côté du Palais Royal.

J’y bricole quelque pochade,
Une villanelle ou un lai,
Parfois même un oulipolet,
Un rondel ou une ballade.

En ballade au Palais Royal,

J’y croise, un brin paranormal,
Un fantôme anticlérical,
Auteur d’une encyclopédie,
Qui fut en son siècle applaudie,
Avec d’Alembert, son féal.
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Liva Soléa

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Pour répondre à ton invitation, Jim, je choisirai de faire divaguer ma plume vers une réflexion sur la genèse du verbe.

J'aime beaucoup Balzac, moi aussi. Je trouve qu'il est un écrivain riche d'expérience, de savoir-faire, de savoir-être et d'une humilité incroyable. C'est une qualité devenue rare dans la littérature, surtout lorsque ses textes sont pâlement imités par manque de vécu et d'expérience réelle. Car la vraie force d'une œuvre, celle qui lui fait traverser les âges, réside dans son authenticité, puisée aux sources mêmes des émotions de la vie. Comment peut-on décrire une émotion si on ne l'a pas éprouvée soi-même ? On manque alors cruellement de mots, non seulement pour la valoriser, mais surtout pour la faire ressentir dans toute sa splendeur ou son horreur. Parfois, la vérité est dure à lire parce qu'elle nous prend aux tripes ; elle nous empêche de continuer à vivre dans le petit confort d'un boudoir, loin des réalités du monde.

Voici l'incipit audacieux, comme j'aime à les concevoir, inspiré par la vie de Balzac :

"Il avait fallu dix ans de mansardes glacées, de créanciers hurlants à la porte et de nuits passées à boire du café noir pour comprendre qu'une phrase n'a de force que si elle a d'abord été une balafre sur la peau."

Ton approche de la littérature est très réductionniste, c'est dommage. Tu sembles pourtant tant l'aimer. Pourquoi n'essaies-tu pas de raconter la réalité de ta propre vie, plutôt que de te cacher constamment derrière les écrits et les pensées des autres ? Tu verrais, la littérature possède une magie que tu n'as pas encore découverte. Mais cela viendra, ne te décourage pas.
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Sylvain2023

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Sympa ce topic et j'aime bien ce que @Macha a écrit.
J'ai essayé aussi mais mon cerveau est tout mou en ce moment.Je reviendrai à l'occasion.

"la vertu de l'imprégnation " . On plonge dedans parfois sans même s'en rendre compte.

Joyeuses fêtes de fin d'année à tous .
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Jim

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Liva Solea, réponse par un autre incipit :

« Pour écrire l'histoire de sa vie, il faut d'abord avoir vécu ; aussi n'est-ce pas la mienne que j'écris. » (Musset - Les confessions d'un enfant du siècle)
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Tontonjacques

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C'était à Mégara, ce faubourg de Carthage,
Dans un taudis crasseux, que vivait Barbara.
Elle m’y attendait au quatrième étage :
Je m’en souviens fort bien, c’était à Mégara.

Nous tombâmes, ravis, dans les bras l’un de l’autre ;
Elle avait allongé ses cils de mascara ;
Et, même ne devant pas grand chose à Le Nôtre,
Le charme des jardins d’Hamilcar m’égara.
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Liva Soléa

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Jim, un incipit directement tiré de La Confession d'un enfant du siècle... Il aurait fallu préciser que ton invitation se limitait à extraire des phrases déjà écrites. Mais dans ce cas, l'audace littéraire s'efface devant le simple archivage, et l'on ne fait ici que rapporter le vécu des autres.

Je pensais plutôt que l'exercice consistait à emprunter le souffle d'un auteur pour créer un incipit inédit, "à la manière de"...

Pour rester dans le XIXe siècle, je te propose de quitter un instant Musset pour la lucidité de Stendhal. Il est passionnant de clairvoyance. Voici l'incipit que je t'adresse :

"Il avait passé sa vie à polir les miroirs de sa galerie, espérant y voir le reflet d'un grand homme. Mais à force de ne regarder que les cadres et les dorures, il finit par ne plus s'apercevoir que le miroir était vide, et que la vie, la vraie, s'était arrêtée sur le seuil, lasse d'attendre qu'on lui ouvre."
😶
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Ggabrielle

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« La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres »,