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La Fable du jour

Par : Tontonjacques

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Tontonjacques

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Le Renard et le Corbeau

Maître Corbeau, sur la branche d’un chêne,
Tenait un fromage en son bec.
Maître Renard (de son prénom Eugène)
Se serait bien tiré avec.
– Hé ! Salut ! Charmant volatile,
S’écria l’animal en soignant bien son style.
– Sans mentir, j’aimerais assez
T’entendre braire ou croasser,
Siffloter, gazouiller, bref, comme tu préfères.
Le Corbeau répondit : – Monsieur est connaisseur !
Et, pour égayer l’atmosphère,
Entonna Corbeau Blanc, comme aurait fait sa sœur.
Le Renard reconnut l’horrible mélopée
Et, les babines crispées,
Gémit : – D’accord, mais du Julien Doré,
Faudrait quand même voir à pas exagérer.
Laisse-moi donc ton téléphone,
Et quant au calendos, garde-le, j’abandonne.

Posté à 17h12 le 02 déc. 25

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Vuthy

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Le corbeau et le castor

D'après un dessin de Geluck

Un jour, maître corbeau sur un tremble perché
Qui tenait en son bec, d’un vol à l’arraché,
Le fruit de ce larcin : un splendide fromage,
Sentit avec stupeur s’ébranler le branchage.
« Un tremble, pense-t-il, au vent peut bien frémir,
Mais qui peut, par le tronc, le faire tressaillir ? »
Aussi se penche-t-il, du haut de son refuge,
Afin de découvrir l’auteur de ce grabuge ;
Et l’oiseau croassant voit, malgré le Mont D’Or, (1)
Que la base de l’arbre est aux mains d’un castor
Ou plutôt de ses dents, car le bièvre s’active
Pour taillader le bois de sa force incisive.
« Holà ! se dit l’oiseau (qui ne peut pas parler),
Je gage qu’est venu le temps de s’envoler,
Sinon cet animal à l’âme bûcheronne
Croquera le fromage auquel je me cramponne. »
D’un coup d’aile puissant, il prit lors son envol
Juste avant que le tronc ne tombe sur le sol ;
Sous cape ricanant par douce moquerie
De ce plan dénué de finesse et rouerie,
Puis se posa plus loin dans un bois sans castors,
Car un renard rusé les avait mis dehors.

(1) Rime qui me permet, d’un « Or » gastronomique,
De remplacer enfin le camembert classique.


Posté à 02h05 le 03 déc. 25

Édité à 02h09 le 03 déc. 25 par Vuthy

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Tontonjacques

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Un bois sans castor, c’est un arbre sans racines,
C’est tout un drame, c’est Mozart qu’on assassine !

Posté à 15h12 le 03 déc. 25

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Vuthy

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Pardonne-moi, Mozart, ce canard de hautbois ;
Le castor, en effet, ne vit pas dans les bois.
Il me faut à tout prix reprendre mes arpèges.
La fable n'a, je sais, pas tous les privilèges.

Posté à 05h21 le 04 déc. 25

Édité à 05h32 le 04 déc. 25 par Vuthy

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Vuthy

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Le corbeau et la girafe

Encore d'après un dessin de Geluck

Perchés sur une branche, un fromage, un corbeau,
Tombèrent nez à nez avec un long museau
Dont ils ne surent pas d’où son propriétaire
Détenait le pouvoir d’atteindre leur repaire.
Des deux, le camembert s’agitait le plus fort,
Car les yeux de l’intrus l’avaient fixé d’abord
Tout en laissant couler deux larmes de salive
Qui devaient témoigner de sa faim compulsive.
Mais par quel appétit était-il motivé
Le silence éloquent de ce mal élevé ?
Pourtant la tête dit : « Bonjour, je me présente.
On me nomme girafe et prénomme géante. »
« Et vous ? » demanda-t-elle à l’endroit de l’oiseau
Qui, s’il lui répondait, tombait dans le panneau.
« Tu peux toujours courir !» pensa la bête noire
Victime de la ruse au cours d’une autre histoire. (1)
Serrant alors sa proie un peu plus fermement
Il la sentit mollir et partir en coulant ;
Œuvre de la pétoche, ébauchant par la même
Sur les bords de son bec une moustache en crème.
Ainsi donc la girafe eut tôt fait de lécher
La pâte qu’un corbeau perdit sans la lâcher.

(1) Que cette fable soit d’Ésope ou La Fontaine,
L’oiseau ne finira jamais la panse pleine.


Posté à 05h24 le 04 déc. 25

Édité à 05h36 le 04 déc. 25 par Vuthy

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Tontonjacques

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Le Grillon

Un pauvre petit grillon,
Caché dans l’herbe fleurie,
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie. (…)

(Jean-Pierre Claris de Florian)



Le Lion

Un grand pendard de lion,
Roi de la ménagerie,
Eut un jour l’ambition
De faire une connerie.
Le félin était fourbe et un peu étrangleur ;
Dans la brousse il lorgnait volontiers les gazelles
Et se les réservait, pour leur plus grand malheur,
Les douces comme les rebelles.
‒ Ah ! se dit le lion, je me taperais bien
Ce cadeau de Dame Nature
(Il parlait, je crois, du gardien).
J’en ai ma claque de sucer des épluchures ;
Finie l’austérité, ce sera la nouba —
Et ça, que ça lui plaise ou pas.
Vous parlez d’une espièglerie !
Or son voisin, un éléphant,
Avait été mis au courant
Que chez son compagnon la soupe était servie.
Le pachyderme dit : ‒ Je pourrais me tromper
(Ha ha ha) mais j’entends le carnassier clapper
Et je connais cette casquette :
C’est celle de Bernard (*). Je ne suis pas d’accord.
Pan ! il flanque au lion un grand coup sur la tête :
Cet animal s’étonne fort
Et pour tout dire, ça l’embête.
‒ OK, dit-il, surpris, je vais le relâcher,
Mais trop tard. Et un jour, au vu de tout le monde,
On retrouva, de l’homme, une carcasse immonde,
Et du lion, les os séchés.



(*) Le gardien s’appellera Bernard, si vous n’y voyez pas d’inconvénient.

Posté à 16h33 le 04 déc. 25

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Liva Soléa

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La Tragédie du Savant Suffisant

Sur l’estrade, Maître Pédant,
Attend ses élèves, l’air savant.
La cloche sonne, leçon lancée,
Monotone, monocorde… à pioncer.

Il jongle d’arguties, de mots compliqués,
Son verbe gonflé, son ton fatigué.
Les enfants rêvent, l’esprit ailleurs,
Le savoir s’efface, reste la lourdeur.

Sa robe noire, toge de moine,
Camoufle fatras sous la couenne.
Bouillon de sophismes, logogriphe lassant,
Arrogance en robe, science absente.

Morale :
Ne vous fiez pas au vernis du savant :
Quand l’orgueil parle, le sens se tait.

Posté à 16h58 le 04 déc. 25

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Pierre Lamy

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Maître Corbeau s’était perché
Sur le chêne de l’évêché
Avec au bec un Pont-L’évêque.

Au même instant Maître Renard,

Sortait de la bibliothèque,
Et se pointait vers le marché.
Mais il était bien trop fauché,
Pour se payer un bon biftèque.

Mais l’est pas sot, Maître Renard.

C’est même un satané roublard.
Il est passé maître dans l’art.
De se procurer sa pitance
Ce n’était pas le jour de chance
De Maître Corbeau, ce connard.

Posté à 20h45 le 04 déc. 25

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Tontonjacques

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En imper de pauvre facture,
Un vieux Renard tout guenilleux
Implorait, triste et anxieux,
Un Corbeau de sous-préfecture.

— La plus modeste nourriture
Me paraîtrait un don des cieux ;
Il y a trop longtemps, Monsieur,
Que j’ai la dalle et fais ceinture.

À défaut de sole en gratin,
Balancez-moi donc ce crottin ;
Ma panse s’en verra calée.

— Mon cher inspecteur Columbo,
La friandise est avalée :
Ainsi parla Maître Corbeau.

Posté à 21h44 le 04 déc. 25

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Vuthy

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Perché sur un pommier, un corbeau, bonne poire,
Détenait un fromage à titre provisoire,
Car plus bas le renard lui, n’était pas paumé.

Et bientôt l’animal aussi fin qu’affamé
Mit à force de ruse et d’habile langage
La poire d’un côté, de l’autre le fromage.

Avec un beau diseur on doit savoir toujours
Qui se cache vraiment derrière le discours.

ou (autres morales)

Il ne faudrait jamais réserver bon accueil
À qui vient chatouiller les pans de votre orgueil.

Quitte à prendre un fromage, il faut, en l’agrippant
Distinguer sur sa croûte un antidérapant.



Posté à 02h19 le 05 déc. 25

Édité à 02h25 le 05 déc. 25 par Vuthy

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Tontonjacques

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Comment le Chien gagna son Os

Un vieux et noble Porc, Phacochère peut-être,
Fort imbu de lui-même et plein de majesté,
– Bref, aurait dit Stromae, un empapaouté –
Scrutait les horizons, vautré à sa fenêtre.

– Ô Dieux des Sangliers, qui vois-je ici paraître ?
S’écria l’animal brusquement excité.
C’est mon ami le Chien, ce bestiau tout crotté !
Je le reconnaîtrais à plus d’un kilomètre.

– Mon gros, réjouis-toi, car je reviens d’Angkor
Et autres bleds chouettos, déclara le cador ;
J’ai la chnouf, tout va bien, j’ai semé les gendarmes.

J’ai planqué la coco dans le cellier à vin
Et l’héro dans la cour, tu vas voir, c’est divin ;
Mon blot, comme on a dit, c’est un jambon de Parme.

Posté à 07h46 le 05 déc. 25

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Vuthy

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Les deux amis

Un homme, en pleine nuit, écorché de tourments
S’en vint cogner à l’huis d’un ami de long-temps :
« Qu’as-tu ? dit ce dernier. Veux-tu manger ou boire ?

Je ferai tout pour toi. Quelle est donc ton histoire ? »
« Ah ! Mon Dieu ! Tu vas bien. En rêve je t’ai cru
Si triste qu’aussitôt à ton seuil j’ai couru. »

Quand l’intime inquiet vient frapper à la porte
On peut être honoré de l’amour qu’il nous porte.



Deux amis donnaient
Chaque jour à leur entente
Des preuves d’amour.



Posté à 06h12 le 06 déc. 25

Édité à 06h12 le 06 déc. 25 par Vuthy

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Pierre Lamy

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La fourmi, en super santé,
Tenait en son bec du comté.
Dont tout insecte se régale.

Elle était d’excellente humeur.

Passa par là Dame Cigale
Qui cymbalisa tout l’été.
Mais ne mettant rien de côté,
Elle souffrait de la fringale.

Ce faisant de bien triste humeur.

Mais fort alléchée par l’odeur,
Pour choper un bout de fromage,
À la fourmi, la bouche en cœur,
Elle y alla de son hommage.
La fourmi fit un doigt d’honneur.

Posté à 07h37 le 06 déc. 25

Édité à 08h01 le 06 déc. 25 par Pierrelamy

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Tontonjacques

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Le Renard et le Buste

Les Grands, pour la plupart, sont masques de théâtre ;
Leur apparence impose au vulgaire idolâtre.
L’Âne n’en sait juger que par ce qu’il en voit.
Le Renard au contraire à fond les examine,
Les tourne de tout sens ; et quand il s’aperçoit
Que leur fait n’est que bonne mine,
Il leur applique un mot qu’un Buste de Héros
Lui fit dire fort à propos.
C’était un Buste creux, et plus grand que nature.
Le Renard en louant l’effort de la sculpture,
Belle tête, dit-il, mais de cervelle point.
Combien de grands Seigneurs sont Bustes en ce point ?

(Jean de La Fontaine)



Les Yeux plus grands que le Ventre

Je m’en vais vous narrer l’aventure saumâtre
Que je confessais hier encore à mon psychiatre.
J’étais parti flâner, guilleret, dans les bois.
Qu’on n’aille imaginer ni panne de latrines,
Ni pressentir non plus quelque projet grivois
Concernant ma blonde voisine.
Non, j’allais, l’âme en paix et la b… au repos,
Et néanmoins j’avais les crocs.
Or soudain, à mes pieds, dans la fougère obscure,
Une boîte en fer-blanc d’un kilo de garbure ! (*)
Belle pièce, d’accord, mais d’ouvre-boîte, point :
Alors je l’enfournai d’un seul coup dans mon groin.


(*) Garbure : potée au chou du sud-ouest de la France.

Posté à 08h21 le 06 déc. 25

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Liva Soléa

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La fourmi et la cigale.

La fourmi, employée modèle et ravie,
avait travaillé toute sa vie,
économisant son argent,
se privant constamment.

Quand l'hiver fut venu,
elle se trouva fort dépourvue :
à la fin de chaque mois,
sa retraite aux abois.

Plus un sou d'économie.
Elle alla chez la cigale, son amie,
star célèbre et établie,
qui vivait dans l'opulence,
sans connaître l'indigence.

"Aurais-tu un peu de pain,
de quoi calmer ma faim ?
J'ai tant travaillé,
mais me voilà ruinée."

La cigale qui avait grande mémoire,
se rappela les temps de déboires,
où, frappant à sa porte jadis,
la fourmi lui refusa tout répit,
en se moquant de son talent :
« Eh bien ! dansez maintenant. »

Ces paroles l'avaient marquée,
alors qu'elle aurait pu la sauver.
Aujourd'hui, la roue a tourné,
et la cigale devenue star a répliqué :
« Quand j'étais dans la misère,
vous m'avez fait la guerre,
pas un morceau de pain,
ni réconfort ni soutien.
Et aujourd'hui, dans le besoin,
vous venez à moi chercher du pain ?

Sachez, chère amie, qu'après toute semence,
on récolte les fruits de la confiance,
ou ceux de l'indifférence, en vain. »

Posté à 11h22 le 06 déc. 25

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