Enfin, doucement, je souhaite
Que l’on m’édite à petit prix
Pour qu’on dise : « Il était poète,
« Voici la fleur de son esprit. »
Que vive ma parole,
Si mon corps se décharne et pourrit
Si ma chair se dissout, si mon âme s’envole
Que restent mes écrits !
Je voudrais que plus tard, un vieux sage,
Au coin du feu, les soirs d’hiver,
Se délasse en lisant quelques pages
Où chanteront mes plus beaux vers.
Si brûle aussi mon livre
Je serais malheureux en enfer,
Je ne veux pas savoir que j’étais un homme ivre
Qui parlait au désert.
Mais l’alcool que j’ai bu s’évapore
Et je recouvre ma raison ;
Il me reste du temps encore
A vivre seul dans ma prison.
Je n’ai pas atteint l’âge
Où l’on voit s’approcher l’horizon,
Je peux écrire encore, à force de courage
Trois ou quatre saisons.
Ne suis-je pas vivant ?
J’ai fait rire tantôt une blonde
Et mon cœur ébloui s’en alla tout rêvant
D’émerveiller le monde.
Si mon âme n’est pas inféconde
Et si mon cœur n’a pas séché,
J’écrirai des chansons et des rondes
Sur les amours que j’ai cherchées !