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SAADI - Le ministre calomnié

Par : Assonance

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Assonance

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Le ministre calomnié


Un voyageur qui avait longtemps parcouru les mers et les déserts débarqua sur le rivage de l'Oman. Il avait vécu chez les Arabes, les Turcs, les Tadjiks (29) et les Grecs ; son esprit était orné des connaissances les plus variées, le spectacle du monde avait accru son savoir, les voyages lui avaient donné l'expérience de la vie. Mais son corps, jadis vigoureux comme le chêne, pliait sous le fardeau de la pauvreté, et sous sa robe cent fois rapiécée son cœur se consumait comme l'amadou. Après avoir débarqué il se dirigea vers une ville où régnait un monarque puissant. Ce prince, soucieux de bonne renommée accueillit le pauvre étranger avec bonté. Ses serviteurs empressés le menèrent au bain et lavèrent ses membres souillés par la poussière de la route. Il se présenta ensuite devant le roi, les mains croisées sur la poitrine dans une attitude respectueuse, il prononça en entrant des vœux pour le bonheur et la fortune du monarque. « D'où viens-tu? lui demanda celui-ci, et quel motif t'amène devant nous ? Qu'as-tu observé de bien ou de mal dans notre royaume ? parle, étranger au noble cœur (30). — Maître du monde, répondit l'inconnu, que Dieu t'accorde sa protection et la fortune ses faveurs! Nulle part dans vos Etats je n'ai trouvé de cœur flétri par l'injustice : le plus beau titre de gloire d'un roi est de ne point tolérer la violence. Je n'ai rencontré aucun de vos sujets dont la tête fut alourdie par l'ivresse et si j'ai vu quelques ruines, ce sont celles des tavernes. » — A mesure que ses paroles se répandaient comme un flot de perles, le roi ne pouvait dissimuler son émotion. Charmé d'entendre un pareil langage, il fit approcher son hôte et le traita avec distinction ; il lui donna de l'or et des pierreries en témoignage de bienvenue et lui adressa diverses questions sur sa famille et son pays natal. L'étranger n'en laissa aucune sans réponse et se concilia la faveur du monarque. Ce dernier se demandait déjà s'il ne relèverait pas au poste de vizir. « Agissons avec mesure, se dit-il, de peur que la Cour ne critique mes résolutions. Je dois d'abord mettre l'intelligence de cet homme à l'épreuve, afin de proportionner son rang à son mérite. Quiconque agit à la légère se prépare de cruelles déceptions. Le Kadi qui rédige un arrêt mûrement médité n'a pas à rougir devant les gens de lois. Il faut réfléchir avant de tendre la corde de l'arc et non pas quand la flèche est lancée. Le temps seul peut faire un ministre (aziz 31) d'un homme, fût-il aussi vertueux et sagace que Joseph. Les jours succèdent aux jours avant qu'on ne lise dans le cœur humain. » — Après avoir sérieusement étudié le caractère de l'étranger, le roi trouva en lui une haute intelligence, une religion pure, des mœurs honnêtes, un esprit lumineux, un langage mesuré, une expérience profonde. Convaincu qu'il était supérieur aux plus grands personnages du royaume, il le plaça au dessus de son Vizir. —Telles furent la sagesse et l'habileté du nouveau ministre que personne n'eut à se plaindre de son autorité ; il sut plier l'Etat aux volontés de son kalem (de sa plume) sans faire un seul mécontent ; il sut fermer la bouche à la malveillance et ne fournit aucune arme à la critique. Ses envieux brûlaient de dépit de ne pas trouver en lui le moindre sujet de blâme. En constatant la prospérité que sa sagesse répandait dans le royaume, l'ancien Vizir éprouvait une fureur sans cesse ravivée ; mais il ne pouvait le prendre en défaut sur le moindre sujet. L'honnête homme et le malveillant rappellent l'apologue de l’écuelle et de la fourmi : c'est en vain que celle-ci cherche à trouer le vase où elle est prisonnière.

Le roi avait deux jeunes esclaves d'une beauté éblouissante qui se tenaient toujours à son chevet, créatures charmantes comme les houris du ciel et les fées, belles d'une beauté sans égale comme le soleil et l'astre des nuits. En voyant l'une d'elles on eût juré que le miroir ne pouvait refléter une image qui lui fût comparable. Le doux et noble langage du favori charma ces deux belles à la taille élancée (litt. comme le buis) ; quand elles connurent la loyauté de son cœur elles lui accordèrent leur amitié. Le nouveau ministre se sentit attiré à elles par cette sympathie naturelle qui n'a rien de commun avec les brutales inclinations d'un cœur ignoble ; mais il est vrai d'ajouter qu'il ne goûtait le vrai bonheur que lorsqu’il contemplait leur visage charmant. — Grands de ce monde, voulez-vous conserver votre honneur, ne cédez pas aux séductions de la beauté. Si pures que soient vos intentions, votre considération en sera toujours lésée. — L'ancien Vizir eût vent de cette affaire et la révéla au roi sous les couleurs les plus noires, a Cet homme, lui dit-il, cet inconnu dont j'ignore jusqu'au nom, ne saurait vivre honnêtement dans ce pays. Voilà bien ces étrangers, insouciants des lois de la bienséance, parce qu'ils n'ont pas reçu une éducation digne des Cours! J'apprends qu'il est épris d'une de vos esclaves et vous trahit pour satisfaire sa coupable passion. Ne permettez pas qu'un misérable débauché déshonore la demeure royale. Je croirais, quant à moi, méconnaître les bontés de Sa Majesté si, après avoir vu un pareil scandale, je gardais le silence. Sans doute on ne doit rien dire au hasard et à la légère, aussi n'ai-je point voulu parler avant d'avoir acquis une certitude absolue. Apprenez, Sire, qu'un de vos serviteurs l'a surpris tenant dans ses bras une de vos deux esclaves. J'ai dit ; c'est à la sagesse du roi qu'il appartient d'aviser et de confirmer mon enquête par la sienne ; » et il ajouta à ces paroles le commentaire le plus perfide. Oh! puisse un jour de bonheur ne luire jamais pour le méchant ! A l'homme malveillant, la moindre faute suffit pour jeter le trouble dans un cœur magnanime; il ne faut qu'une étincelle pour allumer le foyer qui consume l'arbre chargé d'années. — Cette révélation porta à son comble la colère du roi; sa tête était en ébullition comme la chaudière sur le feu ; la fureur lui conseillait de verser le sang du malheureux ; mais la voix secrète de la prudence calma ses transports. « Il serait inhumain, disait cette voix, de tuer ton protégé ; la violence ne doit pas succéder à la douceur. Ne torture pas celui que tu comblais de tes bienfaits et, après lui avoir donné la flèche du pardon (32), ne le frappe pas de ton glaive. Puisque tu voulais répandre injustement son sang, il ne fallait pas le combler d'abord de tes faveurs. N'as-tu pas mis son mérite à l'épreuve avant de l'associer à tes délibérations? Eh bien, aujourd'hui, tant que sa faute n'est pas avérée, ne le condamne pas sur la simple dénonciation d'un ennemi. »

Le roi ensevelit donc ce secret dans son âme, car il se rappelait cette maxime des sages : Le cœur est la prison du secret ; une fois en liberté le captif s'échappe et ne retourne plus à sa chaîne. — Il continua cependant d'épier tacitement la conduite de son ancien protégé et constata un changement dans cet esprit si prudent. Il le surprit un jour regardant une des deux jeunes filles et remarqua un sourire furtif sur les lèvres de l'une d'elles. — Car deux cœurs unis par une mutuelle sympathie savent communiquer sans le secours des lèvres ; lorsqu'un amant ose lever les yeux sur l'objet de son amour, il ne peut se désaltérer de sa vue, pas plus que le diabétique de l'eau du Tigre. — Les soupçons du prince se changèrent aussitôt en certitude ; dans sa fureur il se proposait d'exercer une vengeance éclatante ; mais il écouta encore la voix de la modération. « Ami, dit-il au ministre, je te considérais comme un sage, voilà pourquoi je t'avais initié aux affaires de l'Etat; j'avais foi en ton intelligence, en ta loyauté et ne soupçonnais pas dans ton âme des inclinations basses et perfides. Ces hautes fonctions ne sont pas faites pour toi ; mais c'est moi seul que j'accuse et tu n'es pas coupable. C'est moi qui, en protégeant un ennemi, ai livré mon harem à ses criminelles entreprises. » — Le sage releva la tête et répondit : « Monarque fortuné, fort de mon innocence je puis braver les accusations perfides d'un ennemi, mais je n'aurais jamais pensé que le roi pût me soupçonner : j'ignore qui m'a accusé d'un crime que je n'ai pas commis. » — Ce que je te reproche, répliqua le roi, tes adversaires le rediront en ta présence ; c'est mon ancien Vizir qui t'accuse ; à ton tour de te défendre, si tu le peux. Parle je t'écoute. » L'accusé posa un doigt sur ses lèvres et répondit en souriant : « Quelles que soient les dénonciations de cet homme, elles n'ont pas lieu de me surprendre. Jaloux de me voir au poste qu'il occupait, pouvait-il ne pas me calomnier ? Je l'ai regardé comme mon ennemi, du jour où le roi l'a placé sous ma dépendance. Ignoriez-vous, Sire, qu'en me préférant à lui vous attiriez sur moi une haine implacable ? jusqu'à la dernière heure du monde, il me refusera son amitié, parce qu'il voit dans mon élévation la cause de sa chute. J'ajouterai ici une anecdote d'une signification bien vraie, si le roi daigne écouter son esclave.

« J'ai lu, je ne sais dans quel livre qu'un homme vit en songe le diable (Iblis, Diabolus), droit et élancé comme le pin, beau comme une houri et son visage brillant de l'éclat du soleil. Le dormeur s'approcha et lui dit : « O surprise ! est-ce toi, démon? mais les anges du ciel sont moins beaux que toi ! Ton visage resplendit comme la lune dans les cieux : comment es-tu devenu dans ce monde le type de la laideur ? On te prête un aspect effroyable et c'est ainsi qu'on te représente sur les murailles des bains. Pourquoi le peintre qui décore le palais des rois te donne-t-il un visage hideux et repoussant ? — A ces mots l'ange déchu gémit douloureusement et répondit : « Homme fortuné, cette image n'est pas la mienne ; mais, hélas! le pinceau est dans les mains d'un ennemi. J'ai fait chasser leur premier père du paradis ; voilà pourquoi les hommes, dans leur rancune, me peignent sous des traits si affreux. » — A mon tour, Sire, je le proclame ; mon honneur est sans tache, mais la haine d'un ennemi ne cherche qu'à le ternir. Pour me soustraire aux pièges d'un rival dont mon élévation a causé la disgrâce, j'aurais dû fuir à un farsakh (parasange, six kilomètres) loin de lui ; mais de la part du roi je n'ai rien à redouter; un accusé puise dans le sentiment de son innocence la hardiesse de son langage. Seul le marchand qui vend à faux poids tremble devant l'inspecteur du marché. Si ma plume a toujours écrit sous la dictée de la justice, ai-je à me préoccuper de la calomnie ? »

Ces paroles troublèrent le roi et de sa main habituée à commander il fit un geste de dénégation : « Non, ajouta-t-il, l'hypocrisie ni la faconde ne disculpent le coupable. Quand bien même ton accusateur ne m'aurait rien dit, ne t'ai-je pas surpris moi-même levant tes regards sur deux personnes de mon entourage, qui, plus que tout autre, ne devaient pas les attirer ? » — Le ministre au langage persuasif répondit en souriant : « Ce que dit le roi est vrai et la vérité ne doit pas être cachée ; mais il y a dans cette affaire un point sur lequel je voudrais attirer l'attention du roi, puissent sa puissance et son bonheur s'accroître ! N'est-il pas naturel que l'humble et pauvre derviche jette un regard de regret sur les heureux de ce monde? Je ne possède plus hélas! le capital de la jeunesse, l'âge des jeux et du plaisir n'existe plus pour moi. Et pauvre, je ne me lassais pas d'admirer ces deux trésors de beauté et de grâce. Moi aussi je fus jeune : la rose avait moins de fraîcheur, le cristal moins d'éclat que mon visage ; des boucles d'ébène tombaient sur mon cou ; une tunique de soie était un fardeau trop lourd pour mes membres délicats. L'heure est venue de filer mon suaire, maintenant que ma chevelure a la blancheur du coton et mon corps la gracilité du fuseau (33). Jadis ma bouche laissait voir deux rangées de perles, solides comme un mur de briques argentées. Regardez aujourd'hui, quand je parle, cette bouche dégarnie ne montre que des brèches hideuses. N'avais-je point le droit de contempler avec mélancolie ces deux beautés qui me rappelaient un passé de bonheur ? Ce temps heureux n'est plus et le jour qui me reste à vivre touche à son déclin. » — Quand le sage ministre eut prononcé ces paroles qui se déroulaient comme un collier de perles, le roi ne put cacher son admiration, et se tournant vers ses courtisans : « Jamais, dit-il, la sagesse ne s'est traduite en un langage plus doux ; l'homme qui sait produire des excuses aussi belles a bien le droit de lever les yeux sur un beau visage. Et pourtant si la raison n'avait réfréné ma colère, j'aurais sacrifié un innocent aux dénonciations d'un traître. Celui qui, dans un élan de fureur, porte la main à son épée ne tarde pas à se mordre les poings de désespoir (34). Il faut savoir repousser les inspirations perfides de la malveillance, pour ne pas s'exposer au regret de les avoir écoutées. »

Le roi prodigua les dignités, les honneurs, les richesses à son digne conseiller et punit sévèrement le calomniateur. Grâce aux sages directions de l'habile ministre, il se concilia le cœur de ses sujets ; monarque bienfaisant et équitable, il jouit d'un long règne et laissa en mourant une gloire immortelle.

C'est ainsi que les souverains, protecteurs de la religion doivent à leur piété le bonheur de leur règne. Mais de tels rois ne se trouvent plus en ce monde ; je me trompe, il y en a un : Abou-Bekr, fils de Saad. O roi, tu es un arbre céleste dont l'ombre s'étend au loin (litt. à une année de marche). Je demandais à mon heureuse étoile de me placer sous l'égide bienfaisante du houmâ (35), mais la raison a fait entendre à mon cœur ces paroles : « Le houmâ ne donne plus le bonheur ; si tu veux vivre heureux, mets-toi sous la protection de ce prince. » — Dieu puissant, que tu as été bon pour le monde en le couvrant de cette égide protectrice. Exauce les vœux d'un humble sujet, accorde la durée à cette ombre tutélaire !

Les menaces et la prison doivent précéder un arrêt de mort, tête coupée ne se rattache plus. Un chef sage et puissant ne se laisse pas émouvoir par de vaines récriminations: la couronne ne sied pas à un front où fermentent des projets de haine. C'est moins sur le champ de bataille que contre l'assaut de la colère qu'il faut tenir de pied ferme ; l'homme doué de raison reste maître de lui-même et ce n'est pas faire acte de sagesse de céder aux transports de la colère. Quand elle débusque ses légions, elle renverse tout, justice, religion, crainte de Dieu. Il faut vraiment qu'elle soit un dive maudit pour disperser de pareils anges.


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notes:

(29) On désigne généralement sous le nom de Tadjik ou Tazik, les aborigènes de l'Asie centrale parlant la langue persane; les invasions des Uzbeks, Turcomans, etc., les ont déplacés de leurs contrées natales, et on les retrouve disséminés un peu partout, particulièrement dans les grands centres, Boukhara, Samarkand, ainsi que dans la vallée du Zerafschân. Cf. Itinéraires et voyages dans l'Asie centrale (publications de l'Ecole des langues orientales vivantes), Paris, E. Leroux, 1878, gr. in-8°, p. 320, et les annotations de M. Grigorief au Kaboulistan et Kaferistan de Ch. Ritter.

(30) L'édition de Téhéran porte une rédaction différente; en voici la traduction donnée par feu M. Nicolas : « Le roi, après ce préambule, daigna questionner le digne voyageur en des termes d'une douceur à émou voir le marbre, et, tout en l'encourageant par ses paroles pleines de bonté et de bienveillance, il lui fit servir des mets qui vinrent bientôt restaurer ses forces épuisées par les fatigues du voyage. Puis le roi l'interrogeant de nouveau : « Qu'as-tu vu, lui dit-il, ô sage, qu'as-tu vu de bien ou de mal dans ce pays ? »

(31) Le terme arabe « aziz » qui signifie « puissant, illustre, » s'applique spécialement aux chefs de l'Egypte ancienne, soit pharaons, soit ministres ; le Coran, xii, 30, donne ce nom à Putiphar. Cf. Gulistân, note, p. 158; Prairies d'or, t. II, p. 384.

(32) D'autres leçons répètent le mot tir « flèche » dans les deux hémistiches. Le commentaire de S. ajoute ici une explication faite à plaisir et pour les besoins de la cause : il prétend que les anciens rois asiatiques avaient l'habitude de donner une flèche en signe de pardon à l'ennemi vaincu qu'ils voulaient épargner : je ne connais pas d'exemple de ce fait. Le sens de pardon, amnistie, attribué au mot tir, susceptible de tant d'explications différentes, est cité par le Bourhan-i-Kati, le Heft-Koulzoum et d'autres dictionnaires estimés ; mais il reste à en expliquer la provenance étymologique; il est d'ailleurs d'un emploi assez rare et exclusivement poétique.

(33) Le rapprochement des mots filer, coton, fuseau dans le même vers, offre une association d'idées qui charme le lecteur persan mais qui nous fait sourire dédaigneusement; en rhétorique musulmane, ce jeu d'esprit s'appelle mouraat-i-nazir « observation des analogies. » Voir Rhétor. de l'Orient musulman, par G. de Tassy, p. 184.

(34) Le Gulistân, chap. v, renferme une pensée semblable avec une légère variante d'expression ; voir la traduction de M. Defrémery, p. 255.

(35) Oiseau fabuleux qui n'est pas sans analogie avec le phénix de la fable grecque : son ombre est, pour celui sur lequel elle s'étend, une promesse de bonheur et même de royauté; de là s'est formée l'épithète hou-mâyoun « royal, auguste. » On donne quelquefois aussi le nom de houmâ à une variété de l'aigle; c'est ce qui fait dire à Soudi qu'il a vu un de ces oiseaux bien conservé chez un marchand du bazar de Damas. Le houmâ figure dans le Langage des oiseaux, p. 49.


Texte issu du recueil "Le jardin des fruits" de SAADI

Posté à 14h53 le 27 juil. 25

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