Coup de chance
(Prodigieux)
Les vignes gagnaient les talus,
Sous les serres déchiquetées
Les roseaux poussaient tant et plus,
Buvant aux Sorgues dont les flux
Où tant de flores sont guidées...
Tout respirait l'ordre et la paix
De la nature retrouvée,
Le temps planait sans philtre épais
Pour en occulter les aspects
Heureux, que la violence raie
Sans tout pervertir et pourrir,
Sous l'âpre égide – et bienveillante,
Du sain besoin de se nourrir
Sans qu'il en faille recourir
A l'horreur pugnace et béante.
Les routes crevaient sous l’apport
A présent sans frein des racines ;
Le lierre infiltrait sans effort
Les creux disjoints du béton mort,
Rongeant les cités assassines.
L'Organique, un instant floué,
Recouvrait ses prérogatives
Et le chant du monde, enroué,
Reprenait le timbre alloué
Par Euterpe, aux ères natives,
Pour que l'harmonie ait un son
Innombrablement modulable
Mais toujours conforme au pinson
Comme au blues des blacks en prison :
La Musique est plurielle et stable !
Et très vite, tout revenait ;
Plus qu'obstinément immortelle
Cybèle, ombre de qui tout naît,
Poussait sous Zeus dont l'eau tonnait
Et la planète dès lors telle
Que se devait, dans l'univers,
Les milliards d'autres globes propres
Où chantent en d'étranges vers
Des poèmes dits à l'envers
Devant des mers mauves et pourpres,
Oui, notre monde dès lors tel,
Rendu, neuf, par ce coup de chance
Rare nous épargnant l'autel
Suicidaire et sacrificiel
Erigé d'humaine démence,
Etait viable désormais
- Et nous semblait pour longtemps l'être
Vu la flore et la faune – Mais !
Il faudra proscrire à jamais
Des peuples l'idéal d'un maître.