Petits quatrains d’annonces
Cherche, à Stéphane Mallarmé,
Comme à César rendre son âme,
De qui l’inspiration réclame
Une lame, un droit fil armé !
Vends : poésie exacte ou floue,
Peu servi, l’état presque neuf,
Tarif préférentiel : un œuf
De l’oiseau-lyre qu’on renfloue !
A débattre : un lai torsadé
Allitéré, dont le prix stagne ;
Vers faussé, ce petit tag me
Paraît valoir être bradé !
Recherche : en vain l’immense rime
A cette ivresse qu’on arrime
Ferme au quai des mots de l’espoir
Tout en y broyant le plus noir !
Vente en ligne : aubade et rondel,
Plus un bouquin : Gide ou Claudel,
D’une informatique revue
Gagnant peut-être d’être lue !
Précieux : la souplesse de chat
D'un sonnet, ci, dans cette annonce,
Qui ne vaut guère plus d'une once,
Précipitez-vous pour achat !
Un hendécasyllabe est à saisir,
N'hésitez pas, car son prix reste honnête ;
Garanti ! L’orthographe en tout point nette,
Vous en profiterez avec plaisir !
Soldée en littérature
Cette anastrophe a le don
De convier Cupidon
Contre un chèque sans rature !
Pour cinq petits vers
- Surtout pas de pêche -
J’achèterais l’esche
De l’âme aux sons verts !
Ce décasyllabe au doux rythme inexact
Bénéficie alors d’une ample ristourne,
Donc, pour l’acquérir sans que mon sang ne tourne,
Ecrivez au journal, et…beaucoup de tact !
Hémistiche d’occasion,
Césure à peine touchée,
En l’état, plus la vision,
Le tout pour une bouchée !
Vends :
Rime
Sans
Prime !
Céderais ce laideron :
« Mes petites amoureuses »
Rimbaud, ses amours furieuses,
Contre un ange et l’Achéron !
Je me sépare, au supplice,
D’un « Verlaine » plein de vice,
Ne le bradant, comprenez
Ce qu’il coûte, à vue de nez !
C’est un rare Villon
Qu’un prote en mésentente
Veut conduire au pilon ;
Cher, je le mets en vente !
Au cours de la rime, tout de go,
Achète : au kilomètre, à la tonne,
Qui, prolifique et jamais atone,
Fit sonner si fort son siècle : Hugo !
Bêtement hués à dia,
Bas-relief de Parnassien ;
Accédez pour presque rien
Aux « Conquérants » d’Heredia !
Avantageux crédit pour pouvoir acquérir
Desbordes Marceline en qui j’ai cru mourir ;
Pétrarque eût moins souffert d’abandonner sa Laure
Que moi négocier, mort dans l’âme, Valmore !
Cause départ
Brade Coppée
Tranches de lard
A la coupée !
Urgent - je débarrasse
De mon Parnasse
Pégase et tous les vents
Que je revends !
...Une excellente affaire, Orphée
Offert ! Pas de crédit, comptant,
Bien sûr en liquide, s’entend ;
Sauf s’il s’agit d’une autre fée !
Maquereau, propose ses muses
Au plus offrant ; si tu t’amuses
Viens donc te payer de l’azur
Dans un ciel sale et d’un cœur dur !
Poète
Rachète
Les yeux
Des cieux !
Echangerais : le rostre de Nerval
Contre une merveilleuse aubade en prose,
Avec, en sus, l’or du « Dormeur du val »
- Commerce ? nenni ! deal d’apothéose !
A prix sacrifié, Thrace, Olympe et Pirée,
Y compris l’Odyssée avec Homère et Grecs,
(Considérant le coût, c’est quasiment un legs !)
Seront cédés à la première âme inspirée !
Vends des quatrains et des annonces
Sous le manteau constellé de minuit
Pour les pervers à qui plus rien ne nuit
Aimant l’attrait fort de ces ronces !
D’une valeur inestimable,
Cet hymne complexe - un pantoum -
Déclamé, ferait une aimable
Ambiance à tout living-room !
Suite décès vends vers posthumes,
Grouillant peu mais fort onéreux
Pour nécrophiles amoureux
De bières et de noirs costumes !
Foire aux pieds :
Mainte fée
Bouche bée,
Là, voyez !
Ces quatrains, Mallarmé, je te les dois,
Le jeu de l’oie où je pousse une annonce
Imaginaire est un solde - ou non ? Ce
Dû débité calculé sur les doigts !
Ce message a été édité - le 28-06-2025 à 22:41 par Salus