Réfléchissons...

Par : Lau
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Lau

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Je coulais en apnée aguicher la murène
Qui m’attendait tapie au gouffre d’un tombeau,
Son œil, près du corail, étincelait, si beau
Que nul autre sérail ne sût m’offrir la reine,

Avait cela d’étrange – et comme elle était belle-,
Ma plume jaunissait, j’en devenais serin
-Piaf étourdi, perdu dans ce monde marin-
Qui trouble la vision quand la raison s’emballe :

Je pris pour messager une étoile de mer,
Lentement, l’intimant de prier qu’elle avance
Ne serait-ce qu’un sein que je goûte à l’amer

Et salé silence qui broie et nous offense ;
Je refaisais surface et bientôt manquais d’air,
Me surpris à souhaiter le corps de Déméter.





Ce message a été édité - le 17-06-2025 à 19:21 par Lau
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Pierre Lamy

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Cet impeccable sonnet est l'exemple même de ce qu'on attend d'un poète : une écriture de haut niveau et une créativité d'excellent aloi.
Respect

😊 😊 😊 😊
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Tontonjacques

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Euh, à part le "silenceu" sans doute (alors qu'ailleurs, la césure est correcte).

Pittoresque veilleur de la grève ligure,
Un pêcheur, un matin, sur ces bords enchantés,
Attrapa, comme j’ai l’heur de vous le conter,
Une sirène, exquise et douce créature.

L’ayant examinée sous toutes les coutures,
Par prudence, et avant que de la boulotter,
Il eut un haut-le-corps et conclut, dégoûté,
Qu’elle constituait un bouillon de culture.

Les bubons émaillant son buste gracieux
Et l’herpès qui rongeait son derrière écailleux,
Tout cela paraissait franchement dégueulasse.

Abandonnant alors son funeste projet,
Il résolut plutôt de dîner, à la place,
D’un vieux congre qui dans la vague surnageait.


👋
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Lau

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Ce compliment m''étourdit, Pierre...

'profundis' à la place de 'silence' TontonJacques ? Ton sonnet sent le fāfaru





Ce message a été édité - le 16-06-2025 à 12:56 par Lau
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Salus

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D'abord, j'ai adoré ; tout : les images, le sel, la syntaxe extraterrestre, et la musique ; et justement, je ne souscris pas à la critique de Tonton, que seule justifierait une obédience parfaite à la versification ; or ce poète, dont la rare maîtrise autorise à l'expérimentation, prétend, et c'est une excellente chose, agrandir l'espace sonore du vers ; rajouter des notes dans l'azur.
Dont acte :

"Et salé silence qui broie et nous offense"

-C'est bien cette suite de sons "salésilan" qui, presque magiquement, autorise l'oreille à accepter le "e" suivant ; l'alexandrin est complétement déstructuré, mais reste harmonieux et s'intègre avec souplesse ; pour moi c'est une réussite "néo-classique" au vrai sens du terme.
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Lau

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Merci infiniment, Tofe, pour ce com enthousiaste et l'analyse acoustique.

[ à la relecture, j'y trouve un peu trop de "et" au second tercet ; j'y reviendrai]
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Kerdrel

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Qu'ajouter de plus à ce concert d'éloges
Juste un détail , il y a d'autres termes que "prier" dans les tercets

😊
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Lau

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cépafo ; merci Kerdrel. Je vais réfléchir...
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Salus

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Il a raison, Kerdel, ça m'avait pas frappé...
(Minuscule question de réglage)
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Jim

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« Et salé silence qui broie et nous offense ; » ce dodéca n'est pas alexandrin, ni classique ni romantique, par absence de césure. En permutant « salé » et « silence », il le devient.
Mais TTJ nous gratifie aussi d'un écart, en écrivant : « D’un vieux congre qui dans la vague surnageait. », ce qui force l'accent tonique, associé à la césure, sur la préposition « dans », ce qui est malheureux du double point de vue classique et rythmique. Ce pendant, en place d'un alexandrin en 6 // 6, on peut y voir la structure 8 // 4 qui est celle d'un alex romantique (4 // 4 // 4) dégradé.
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Tontonjacques

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Ma césure n'est certes pas classique, toutefois elle est "moins pire" que l'e muet à la césure, qui pour moi constitue l'abomination suprême 😢 à plus forte raison lorsque tout le reste est correct. En tout cas, le terme d"impeccable" me semble peu adapté en la circonstance, encore que, comme l'a dit Jim, ce soit facile à corriger.
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Lau

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Yô !

Je vais laisser ce vers ainsi ; tel qu'il m'est sorti (Et ce n'est pas une crise "Oh Non, ne touchez pas à mon oeuvre", loin de là.)
Il est clair que si l'on insiste à la scansion, façon "je dis ma récitation de CM1 en appuyant grossièrement silenceeeuuuh, ça craint du boudin.

Je dis "silence" avec un -len- long et avec un 'ce' bref, le 'e' à peine audible qui rappelle 'avance' et annonce 'offense' et, la tête de ouam, ça passe.

Je remplace le second 'prier' par "souhaiter" ; je laisse les "et" qui ne me font pas saigner les oreilles, finalement.

Merci de vos remarques.





Ce message a été édité - le 17-06-2025 à 20:08 par Lau
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Tontonjacques

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Ça se défend, mais je pense que le problème est justement que pour tout le reste du poème, la césure est normale, donc automatiquement on se dit ouille, berk, là ça coince grave. On m'avait fait une remarque du même genre sur un poème à moi (je n'étais pas allé jusqu'à l'e muet à la césure, quand même) et j'ai trouvé que c'était assez juste : il vaut mieux que tout le poème soit dans le même style, soit rigoureusement classique, soit "permissif", par exemple, pour que surtout le lecteur ne suspecte pas une faiblesse, voire une faute (à moins d'un "clin d’œil" appuyé, tout à la fin). Il y a plein de poètes au 19ème siècle qui se fichaient un peu de la césure classique, toutefois, le coup de l'e muet, ils n'ont pas trop osé quand même je pense.
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Lau

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Oserais-je citer Rimbaud ?

[...]
Et toute vengeance ? Rien !... — Mais si, toute encor,
Nous la voulons ! Industriels, princes, sénats,
Périssez ! puissance, justice, histoire, à bas !
Ça nous est dû. Le sang ! le sang ! la flamme d'or !
[...]

Arthur Rimbaud, Qu'est-ce pour nous, Mon Cœur...

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Tontonjacques

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Voui, je ne le connaissais pas, celui-là, mais manifestement ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux (je préfère de loin le Bateau Ivre, par exemple). Rimbaud était un provocateur ; cependant, il est facile de constater que TOUT le poème présente un rythme non classique, heurté (je dirais imbitable si je n'étais pas poli) ; il y a parfois des alexandrins "classicisants" (6+6), parfois romantiques (4+4+4), parfois c'est un peu n'importe quoi - même les rimes sont un peu "ouya-ouya" parfois - mais en tout cas ça reste cohérent dans son incohérence, si je puis dire, donc on n'est pas vraiment choqué : on comprend bien que l'auteur n'a pas voulu faire du Racine. Ce n'est pas le cas de ton poème, qui, formellement du moins, démarre bien sagement, avant ce "trou d'air" imprévu. C'est mon avis et je le partage.

P.S. Voici un poème de Germain Nouveau (1851-1920) qui semble se fiche allègrement du rythme. Au début, on a l'impression qu'il démarre sur un vers de 9 syllabes (4+5), mais dès le 2ème vers, ce n'est plus ça, et après ça se balade allègrement entre 8 et 11 syllabes par vers, autant dire qu'on n'en est plus à chercher la césure, on se dit, bah, il devait être bourré. Pourtant les rimes sont correctes, et le poème a été publié tel quel, donc c'est qu'il y avait bien une volonté de l'auteur de conserver cette forme. Tout est là : faire ce qu'on veut, mais en connaissance de cause, et que le lecteur le comprenne rapidement.


Que triste tombe un soir de novembre !
La Bougie rayonne dans la chambre.

Je rêve, et mon cœur n’y est pour rien :
Vraiment, ah ! vraiment, ce n’est pas bien.

Ni joie autour de nous, ni souffrance ;
Sur le front pas l’aile d’une Espérance !

Suis-je mort ? Je n’entends ni ne vois.
Nul écho de la plus charmante voix.

La flamme s’allonge, et tremblote.
Dans la chambre un novembre triste flotte.

Qui donc crois-je entendre par instants
Dans la mer imaginaire que j’entends ?

C’est, voyez-vous, mon âme esseulée
Qui, ce soir, — novembre gronde — est ensablée !





Ce message a été édité - le 18-06-2025 à 11:09 par Tontonjacques