Marelle

Par : Arielle
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Arielle

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M’appliquer à vieillir
sans rater une case du parcours sautillant
que l’enfance a tracé

Pousser un peu plus loin mon caillou fatigué
sur son chemin d’étoiles
viser la voie lactée

Cette piste d’envol esquissée à la craie
risque de s’effacer à la prochaine averse

Mais rien ne freinera l’élan qui me traverse
et m’arrache au frisson d’un horizon brouillé
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Lau

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Estimations

Tu, comme une enfant, jettes au sort des marelles,
Un galet qui ricoche au fur du chiffre sourd ;
La pépite se couche et sautez, Sauterelles,
De la Terre à l’Enfer, le Ciel est parfois lourd ;
Qu’importe qu’un genou brille au mercure au chrome,
Les chemins de l’enfance emmènent tous à Rome.

La branche plie à l’ordre et bande sous les arcs
Des tic-tacs à l’enclos, des noisettes aux billes ;
Tendant le ventre mou, de la guimauve au quartz,
Nuit-jour, nuit-jour, nuit-jour ; au turbin, les pupilles !
Qu’importe qu’un neurone alarme, alerte au crime,
Quand sous ton pied, le neuf, au paradis, s’arrime.
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Arielle

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Paradis perdu mais pas oublié
l'enfance rêvée saute à cloche pied
comptines jetées au vent s'éparpillent

Filles ou garçons trouvent à leurs billes
un goût de réglisse et de sang léché
qui saute du rire aux larmes séchées
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Salus

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La cuisine



Sur l’égouttoir, où sèchent les assiettes,
Un pot recueille, à l'envers, les couverts.
Tu romps le pain, le malaxes, l’émiettes ;
Du pain rassis, dont les pourtours sont verts,

A recycler – du nanan pour les poules !
Puis chantonnant, maman, ce bel air gai,
Tu frottes dur - au mépris des ampoules -
Sifflant ces sons que cajole le geai,

Le vieil évier dont l'émail se morcelle,
Tout ébréché par cent ans de labeur.
Jaillit ton rire, à ma voix de crécelle
Qui reprend – mal – l'aria de tout son cœur.

Ta main caresse alors un peu ma nuque ;
Jaloux, mon frère allonge un coup de pied
Loin sous la table, et son œil me reluque
(Je moufte pas, puis preste il se rassied)

Ça sent le chou, la patate et le thym ;
Ça sent très doux, c'est un parfum d'enfance
Parlant du sud, et d'un monde latin
Ensoleillé, vers le bord de la France.

Par la fenêtre on voit quelques cyprès
Dont le tronc ploie avec chaque rafale
Que le mistral lance toujours après
Cette accalmie où s'éteint la nuit pâle...

Là, sur la banque où mûrissent des fruits,
Un vieux bouquet d'un beau lilas s'étiole ;
Le chat s'étire, et les lambeaux enfuis
D'obscurité soufflent l'ultime étoile...


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Arielle

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Lau, Salus, j'aime vos souvenirs d'enfance dans lesquels je me retrouve avec émotion. On continue ...

Un coeur vert-sauterelle

Il fut un temps où la prairie
bouquet poivré de sensations
embrassait toutes mes envies
de voyage et d'explorations

J'avais un cœur vert-sauterelle
ayant trouvé mon paradis
et sous mon cartable des ailes
peignaient en bleu tous mes jeudis

Il fut un temps où la prairie
me cachait sous son tablier
d'herbes folles, dôme fleuri
tissé de toiles d'araignées

Quand ils ont fauché ma prairie
j'avais quitté depuis longtemps
le labyrinthe en broderies
des graminées et des épis

J'avais grandi, je dépassais
d'une tête les esparcets*
et je coulais dans du béton
mes nuits fleuries par les néons

*esparcet : sainfoin
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Lau

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Waouh ! T'as oublié de ne pas savoir écrire toi !

Tant qu'on est dans les bestioles et l'enfance :

Poussière

C’est un grenier, les étranges toiles
Sous les rais d’un hiver, les Phébus
Offrent au bois leurs songes, leurs gouailles
Et leurs chants sont d’amusants opus :

Une araignée, à l’air incrédule,
Tisse, sans son, les cheveux et l’os
De sa maison est comme une bulle
Qui bêle au luxe au cœur de l’éros.

Cette ouvrière, impassible épeire,
Crache sa bile et sa soie amère
Colle, amarante, inaudible voix,

Sur le coin vide, une histoire en verre,
Se brise alors qu’un enfant s’affaire
A casser l’arche telle une noix.
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Pierre Lamy

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Arielle, Lau, Salus

Je suis sous le charme de vos poèmes, pour ce qu'ils racontent bien sûr, mais surtout pour leur façon de le raconter.

😉
😊 😊 😊 😊
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Salus

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Arielle, quelle plume !
Continuons sur ce thème :


Caraquie




Moi mon enfance fut heureuse
Mais j’en peux vous faire pleurer
L’ombre de l’arbousier, de l’yeuse
A fait mes chagrins s’épurer
Et puis j’avais l’âme vicieuse…

Je me souviens de cheveux blonds
Arrêtez-moi si je me trompe
Je me souviens d’amours oblongs
Et qu’il se peut que tout se rompe

La touffeur des après-midi
D’été dans l’ombre de l'immeuble ;
L’interminable samedi,
L'imaginaire indissoluble !

Déjà j’étais pestiféré
A l’école on disait « caraque ! »
Presque nu, le pied non ferré
Terrifié par cette traque

Lancée aux enfants différents
J’ai tôt appris que je me cache
Et qu’il n’est pas de bons parents
- C’est sur mon fantôme qu’on crache -

Je hais, je sens, je feins, je fuis !
… Et ma mère encore agonise
Mon père faisait les trois-huit
Il fallait que je vous honnisse

Mais j’aimais déjà les buissons
Et les bourrasques du mistral
Quelquefois j’entendais les sons
Des poètes - c’était le Graal !

Au Teppaz, un chanteur à texte
M’offrait Hugo, Paul Fort, Musset...
Je décollais, acteur annexe,
Sans rien comprendre à la Muse, et

Je visitais l’azur des cimes

Ça me consolait des lazzis
Fusant de ces bouches - adultes
Sur leurs certitudes assis
Comme des curés sur leurs cultes !

J’avais des frères et des sœurs ?
Je n’en ai plus la moindre idée
Le temps arrachera les cœurs
Sous la peau toujours plus ridée

Étant œuf j’étais déjà vieux
Et comme mon vieux l’âme veuve
Je provoquais les envieux
Qui croient que la souffrance abreuve

Et fantasment sur le karma
Auréolant de ses victimes
Le destin même qu’il ferma
En des chapelles non-Sixtines !

Lors j’allais, créant l’univers
Dans ces nuits que les autres dorment,
Grelottant d’éternels hivers,
Sous les charmes qui se déforment

A l’étuve pleine de sang
D’un souvenir impérissable
Malgré le profond de l’étang
Où gisent mes esprits de sable










Ce message a été édité - le 07-06-2025 à 19:15 par Salus
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Arielle

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"Les « Caraques », suivant la dénomination sous laquelle on les désigne dans les régions méridionales – surtout en Languedoc et en Provence –, appartiennent à cette race singulière des Romanichels"(dictionnaire des régionalismes)

J'ignorais cette dénomination péjorative d'un peuple dont je fantasmais et enviais la liberté et l'indépendance,durant mon enfance, sans soupçonner qu'on puisse y voir une raison de rejet.
Je comprends mieux le ton de ce poème dans lequel quelques fulgurances m'enchantent
😊
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Salus

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Merci, Arielle, mais dis-moi, peut-être faudrait-il une majuscule à "Caraque" ? (en même temps, là, il s'agit plus d'une antonomase)
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Machajol

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De la bien belle poésie ici, bravo à vous trois !

👋
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Arielle

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Merci Macha, je suis sûre que tu peux, sans efforts, sauter à la corde avec nous
😉

Sous les solives d’un grenier
on voit, mémoire-courants d’air,
des souvenirs virevolter
au cœur d’un rideau de poussière

dans l’argent d’un miroir sans tain
ombres traversées de lumière
l’enfance exhale ses embruns
soufflant sur l'image éphémère.

Etreintes à pleines brassées
pincées de larmes, joies d'hier
entre les feuillets d’un herbier
la vie bouscule ses repères

et n'espère plus de printemps
mais s'accorde une ultime trêve
en remontant le cours des ans
tout scintillant de ses fou-rêves.
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Mimmo

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Souvenirs d’enfance

C'est l’odeur de chocolat
Sur les lèvres d'un voisin
Petit voisin dont la mère
Un jour nous jeta dehors

Ma mère ma sœur et moi
Face à leur nouveau destin
La fenêtre grande et claire
Un changement de décor

On a connu les sous-bois
Le printemps et ses parfums
La banlieue, le RER
Et du premier chat la mort

Mais Paris garde l'émoi
Du vieux métropolitain
Qui sent la graisse et le fer
Et dont j’aime encor si fort

Les escaliers d’autrefois
Maman nous tenant la main
Et le joyeux courant d’air
Qui nous happe quand on sort

Retour des colos le soir
Dans notre appartement nain
Paris brillant de lumière
Moins qu’une mère au coeur d’or


...
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Pierre Lamy

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Arielle et Mimmo, l'une en octo, l'autre en heptasyllabe, fluides et faisant bon marché de la rime, vos souvenirs d'enfance sont particulièrement émouvants

😊 😊
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Mimmo

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C'est très gentil, Pierre, merci !

👋