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Du madrigal au sonnet

Par : Jim

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Jim

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Si le sonnet est introduit en France par Clément Marot et Pelletier du Mans, en adaptant le modèle emprunté à Pétrarque – au point que le sonnet marotique est nommé italien... -, Marot ne se contenta pas de récupérer la structure embrassée des quatrains, il s'appuya sur la structure voisine du madrigal laquelle lui fournit le distique introductif au sizain du sonnet – souvent présenté sous forme de deux tercets. Muni d'un tel distique, le sonnet est alors déclaré français alors que, positionné en fin de sizain, il est dit anglais. L'origine en madrigal du distique justifie cette désignation de française.

Le sonnet de Pétrarque impose donc aux deux premiers quatrains la structure ABBA / ABBA / etc Celle du madrigal étant ABBA / ABBA / CC / etc, il ne restait plus qu'à décider de la structure du quatrain terminal pour établir une forme sonnet ; Marot opta pour la reproduction de la structure des deux premiers quatrains DEED, tandis que Pelletier préféra introduire un peu de fantaisie en penchant pour la structure alternée DEDE.

Ainsi, on passa du madrigal ABBA / ABBA / CC / DEDCDE au sonnet marotique ABBA / ABBA / CC / DEED, et à celui de Pelletier ABBA / ABBA / CC / DEDE. Le sizain du madrigal fut simplifié par suppression des rimes dont la répétition, dans le poème, était supérieure à deux soit ; pour Marot, passer de DEDCDE à DEED ; pour Pelletier, passer de DEDCDE à DEDE. On voit bien que, où Pelletier se contente de supprimer l’excès, Marot ajoute la contrainte de la conservation de la structure.

Le propre d'une forme fixe étant de varier, sonnet et madrigal offrent un potentiel certain, ce que traduit la liste non exhaustive des schémas ci-dessous, suivie de quelques exemples les illustrant.

Schémas types :
pétrarquéen

Sonnet Pelletier : ABBA / ABBA / CC / DEDE
Sonnet Marotique : ABBA / ABBA / CC / DEED
Sonnet anglais ABBA / ABBA / DEED / CC (etc)
Madrigal « français » : ABBA / ABBA / CC / DEDCDE
Madrigal « anglais » : ABBA / ABBA / DEDCDE / CC
Madrigal « sonnet » marotique : ABBA / ABBA / CC / DEED / CC
Madrigal « sonnet » Pelletier : ABBA / ABBA / CC / DEDE / CC

non pétrarquéen
ABAB / ABAB / CC / DEDE
(…)
ABAB / ABAB / CC / DEDCDE
(…)
ABBA / BAAB / CC / DEE / FDF

Ronsard

Si c'est aimer, Madame, et de jour et de nuit

Schéma : Madrigal « français » :

Si c'est aimer, Madame, et de jour et de nuit
Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire,
Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire
Qu'adorer et servir la beauté qui me nuit ;

Si c'est aimer de suivre un bonheur qui me fuit,
De me perdre moi-même et d'être solitaire,
Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre et me taire,
Pleurer, crier merci, et m'en voir éconduit ;

Si c'est aimer de vivre en vous plus qu'en moi-même,
Cacher d'un front joyeux une langueur extrême,

Sentir au fond de l'âme un combat inégal,
Chaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traite,
Honteux, parlant à vous, de confesser mon mal !
Si cela c'est aimer, furieux je vous aime :
Je vous aime, et sait bien que mon mal est fatal:
Le cœur le dit assez, mais la langue est muette.


François Ducollier

Pour se renouveler rien ne vaut le passé

Schéma : ABAB / ABAB / CC / DEED / FF

Pour se renouveler rien ne vaut le passé
Je parle de ce temps qui chantait les histoires
Non pas d'une momie au regard enfumé
ou d'un clown complexé qui ne cesse de boire

Tout était bon prétexte à ne pas s'en lasser
de courtiser Suzon soit durant une foire
soit dans un beau salon afin de bavasser
pour que nom de la belle écrit dans les mémoires

à jamais le demeure ainsi que le fit Dante
Ces audaces depuis en fac on les commente

Bien d'autres tourtereaux fidèles aux balcons
ont maintenu cet art cette galante joute
ce jeu de société lorsque l'esprit s'arc-boute
et qui rendent l'humain un poète fécond
La forme s'assouplit sous l'impact des contraintes
quand s'envolent baisers ignorants toutes craintes.


François Ducollier

Héros de poche

Schéma : ABBA / BAAB / CC / DEE / FDF

C'était au chant de l'harmonium
Dans la chapelle du collège
Bien qu'ignorant de tout solfège
Que nous chantions un minimum

Pour que peut-être nous allège
Nous qui parcourions le trivium
La chute au cœur de l'atrium
Ainsi que la peignit Corrège

Enfants qu'attire le grandiose
Nous ne chicanions pas la dose

Nous ne craignions pas de descendre
L'impossible était quotidien
Pour ceux qui ne doutaient de rien
Ni de tomber du haut des cieux
Ni qu'envolées soient nos cendres (*)
Il nous fallait du délicieux.

(*) prononcer à l'ancienne : « en-vo-lé-es », soit 4 syllabes.


François Ducollier

Moune est là

Schéma : ABBA / ABBA / CC / DEE / FDF

Je suis Moune le chat qui chante sous la Lune
Vous ne m'entendez pas car vous dormez profond
Je chasse sur vos toits les fantômes sans fond
De l'âme ces cafards qui rongent la fortune

Vos péchés sont véniels car je porte peau brune
Et j'ai l'esprit malin peuplé de tous vos dons
Depuis que je nettoie vos sordides tréfonds
Je sais que vos saveurs n'ont pas valeur de prune

Je suis lourd des poisons qu'exècre votre ardeur
Comme la fleur le gaz j'assainis votre odeur

Quand ma griffe scarrie vos chairs comme une rune
Toujours suivi de Séléné fidèle gloire
J'écarte de vos sents le collège des Moires
Je creuse le sillon dans lequel vous irez
Au delà du sommet de la veilleuse Rhune
Ce n'est pas le hasard qui vous aura tiré.

Posté à 16h25 le 07 mai 25

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Salus

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Toujours intéressant et bien documenté, quoique tu ne sois pas toujours facile à suivre...

Posté à 18h14 le 11 mai 25

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Tontonjacques

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Pour renouveler un peu les rimes, on peut aussi bâtir les deux quatrains sur des rimes complètement différentes. Ex, Nelligan (1879-1941) :

Ruines

Quelquefois je suis plein de grandes voix anciennes,
Et je revis un peu l’enfance en la villa ;
Je me retrouve encore avec ce qui fut là
Quand le soir nous jetait de l’or par les persiennes.

Et dans mon âme alors soudain je vois groupées
Mes sœurs à cheveux blonds jouant près des vieux feux ;
Autour d’elles le chat rôde, le dos frileux,
Les regardant vêtir, étonné, leurs poupées.

Ah ! la sérénité des jours à jamais beaux
Dont sont morts à jamais les radieux flambeaux,
Qui ne brilleront plus qu’en flammes chimériques :

Puisque tout est défunt, enclos dans le cercueil,
Puisque, sous les outils des noirs maçons du Deuil,
S’écroulent nos bonheurs comme des murs de briques !

Posté à 18h23 le 11 mai 25

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Jim

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Bien sûr Tonton, mais le sujet ici n'est pas le sonnet et ses variations, mais la transition du madrigal vers le sonnet, du moins sa contribution.
Il est évident que l'un et l'autre ensuite évoluent au gré de la fantaisie des auteurs, soit donc que leur régularité référentielle évolue aussi : "Le propre d'une forme fixe étant de varier..."

Posté à 20h18 le 12 mai 25

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