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Jouer de la césure

Par : Salus

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Salus

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La césure, c'est cette coupure de la scansion qui, dans le vers régulier, doit intervenir à partir de 9 syllabes ; en fait, l'antique octosyllabe (8) était jadis plus ou moins césuré à la quatrième, et l'ennéasyllabe (9) pourrait presque s'en passer, mais c'est une autre histoire ; la césure la plus connue est celle de l'alexandrin, qui apparait à la sixième syllabe, sans couper un mot ni la logique du discours : "L'œil était dans la tombe/et regardait Caïn"
Ne pourrait s'écrire :
"L'œil dans la tombe re/gardait dormir Caïn"
Ni :
"L'œil regardait dans la/tombe dormir Caïn"
Le vers régulier obéissant au solfège du sens, la césure se doit de couper selon les pointillés, sauf à sortir du solfège : la césure, cette adorable, indispensable emmerdeuse, ne doit pas, sous peine de le marquer, de l'accentuer, se produire sur un "e" muet :
"L'oeil était dans la tombe/regardant Caïn", ça boite, mais tout se peut et tout se doit, comme on le verra, et c'est ainsi qu'on découvre.
l'alexandrin, comme l'a montré Hugo, à qui nous devons le précédent,
peut aussi se césurer 2 fois sur un rythme 4/4/4 et sur la même logique :
"J'ai disloqué/ce grand niais/ d'alexandrin" - encore Hugo (prononcez "ni-ais") qui n'a rien disloqué ni inventé, tout ça existait déjà et reste solide, mais il a eu le génie de le remarquer, et de l'utiliser ; ainsi évolue, lentement, logiquement, la science du vers, mais c'est encore un autre sujet.
La césure doit se considérer comme une note, ou plutôt, un silence, oui, comme en musique, la poésie, c'est un des fleurons de la musique !
- d'ailleurs, la versification est un instrument perfectionné pour jouer "la musique du sens", et partant, on en peut jouer à sa guise, pour , par exemple, y ajouter un côté "jazzy"
(Vous repèrerez facilement les césures 9/1, avec leurs "e" muets insolents) :



Salive de lune



Cette intuition que j’envenime clôt,
Des immatures lendemains de suie,
L’amusant babil rhétorique, flot
De ce langage au son mouillé de pluie.

Il faut pourtant que je m’explique : l’art
Vrai que je vise et j’envie est lithique !
Sculptant toujours mes traits sans pennes, l’arc
Sûr de ma joie, où que ma peine oblique,
Lâche au hasard l’heur de ses flèches saoules ;

Héraclès de cahier, bandant si fort,
Avec, sous le papier, l’air noir des goules !

Désert sans faim, pâle, où la muse dort…


Et j’ai violé des catacombes, ciel !
Hélas ! ne qu'entrevoir cet autre monde,
Depuis la tombe au cloaque abject, miel
D’un or liquide, inaccessible, Om ! Onde !

Dès lors, dans l’abîme à démêler, fou,
Tout de galop, Pégase, en coryphée,
S’échine, pour ailer mon discours, flou,
A fourbir les mots cachés d’une fée…
O, que nous vienne une langue lascive !

Paroles, d’un été réinventé,
Que purifie, étrange chant, lessive,

L’urgence au cri de mon futur hanté !


A trop voir flotte l’œil fatigué ; vain,
Tout espoir creuse un sillon monotone,
Il n’y pousse, aride, qu’un seul plant, grain
Unique, issu d’un esprit catatone.

J’arracherai du vif au réel ! pris
Dans cette trame arachnoïde, ourlée
Par la chrie inepte et d'affreux bruit, cris
De rhéteurs analphabètes ! Hurlée,
Insulte et fâche, aux émois des nuées,

Le gazeux génie aérien, la foi !

La poésie ouvre, aux lettres huées
Toute une vie où l’éternel fait loi.


Musicien, peintre, ou poète épris : - Han !
Dressons la pierre et nos autels de boue !
Sous l’écorce, au magma des volcans, l’an
Zéro d’arts premiers forge un outil, houe,

Pic, rudimentaire araire, pieu, soc !
Qui creusera l’ancienne idée arable,
Notion mordue au temps feulant, dent ? croc ?
Toujours fertile et toujours désirable !
Et nous pourrons danser sous les comètes,

Loups ! L’âme aux lunes, pâles brumes, nous
Réentendrons le chant roux des planètes !

En des nuits sans fond, dans l’œil des cieux fous…



Tiré du recueil "Basses Aurores"






Ce message a été édité - le 24-04-2025 à 18:39 par Salus

Posté à 17h21 le 24 avril 25

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Pierre Lamy

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Bravo et d'accord à 100%

J'ai moi-même usé de la chose
https://lespoetes.net/poeme.php?id=22384&cat=pl

J'y ai pris le goût de ce rythme d'où les sonnets à la Nippone et tout récemment l'Heptacinq.

Posté à 17h40 le 24 avril 25

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Ancienmembre

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Posté à 13h48 le 28 avril 25

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