"...Mais il y a deux choses très inquiétantes sur le plan du négationnisme... La première, c'est qu'un certain nombre de pays ou de mouvements financent des radios, des journaux ou des télés diffusées par satellite qui s'adressent à des gens qui ne savent pas et sont donc très influençables. Cette propagande marche bien. Même ici, en France. Il faut être vigilant. La seconde, c'est la banalisation. Si tout le monde est coupable, personne ne l'est. Si tous les faits sont identiques, la gravité n'apparaît plus. Si, lors d'un conflit militaire, on parle de "génocide alors qu'il s'agit, comme souvent hélas dans les guerres, d'un massacre, une certaine banalisation s'installe. Cela ne veut pas dire qu'à travers toutes les atrocités que connaît le monde il n'y en ait pas qui soient des génocides effrayants. Mais ils ne sont pas identiques parce que l'Histoire ne se répète jamais de la même façon. Soit on veut éliminer une classe politique, comme au Cambodge, soit on veut éradiquer une ethnie, comme au Rwanda, soit, dans le passé, le génocide des Arméniens. Chaque fois qu'on se trouve face à ces génocides, il faut les recadrer : quelle idéologie ? Le pourquoi, le comment ... La spécificité de la Shoah c'est que le génocide a été orchestré par un pays, l'Allemagne, technologiquement avancé, très organisé, très discipliné, qui l'a programmé et mis en œuvre scientifiquement avec une efficacité et une rigueur totales. L'extermination des Juifs était, pour eux, une priorité par rapport à l'effort de guerre."
Simone VEIL à Auchwitz 60 ans après la libération du camp
in Paris Match 13/01/2005 (mis à jour 23/01/2020)