Que la vie en vaut la peine

Par : Jim
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Jim

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C’est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midi d’incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes

Rien n’est si précieux peut-être qu’on le croit
D’autres viennent Ils ont le cœur que j’ai moi-même
Ils savent toucher l’herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s’éteignent des voix

D’autres qui referont comme moi le voyage
D’autres qui souriront d’un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D’autres qui lèveront les yeux vers les nuages

Il y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l’aube première
Il y aura toujours l’eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n’est le passant

C’est une chose au fond que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont en eux
Comme si ce n’était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre

Oui je sais cela peut sembler court un moment
Nous sommes ainsi faits que la joie et la peine
Fuient comme un vin menteur de la coupe trop pleine
Et la mer à nos soifs n’est qu’un commencement

Mais pourtant malgré tout malgré les temps farouches
Le sac lourd à l’échine et le cœur dévasté
Cet impossible choix d’être et d’avoir été
Et la douleur qui laisse une ride à la bouche

Malgré la guerre et l’injustice et l’insomnie
Où l’on porte rongeant votre cœur ce renard
L’amertume et Dieu sait si je l’ai pour ma part
Porté comme un enfant volé toute ma vie

Malgré la méchanceté des gens et les rires
Quand on trébuche et les monstrueuses raisons
Qu’on vous oppose pour vous faire une prison
De ce qu’on aime et de ce qu’on croit un martyre

Malgré les jours maudits qui sont des puits sans fond
Malgré ces nuits sans fin à regarder la haine
Malgré les ennemis les compagnons de chaînes
Mon Dieu monDieu qui ne savent pas ce qu’ils font

Malgré l’âge et lorsque soudain le cœur vous flanche
L’entourage prêt à tout croire à donner tort
Indiffèrent à cette chose qui vous mord
Simple histoire de prendre sur vous sa revanche

La cruauté générale et les saloperies
Qu’on vous jette on ne sait trop qui faisant école
Malgré ce qu’on a pensé souffert les idées folles
Sans pouvoir soulager d’une injure ou d’un cri

Cet enfer Malgré tout cauchemars et blessures
Les séparations les deuils les camouflets
Et tout ce qu’on voulait pourtant ce qu’on voulait
De toute sa croyance imbécile à l’azur

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu’à qui voudra m’entendre à qui je parle ici
N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle

Louis Aragon - Les yeux et la mémoire – Il n'y aura pas de jugement dernier
– NRF/Gallimard (1954)




Ce message a été édité - le 27-02-2025 à 15:49 par Jim
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Machajol

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La nuit n’est jamais complète.


La nuit n’est jamais complète.
Il y a toujours, puisque je le dis,
Puisque je l’affirme,
Au bout du chagrin
Une fenêtre ouverte, une fenêtre éclairée

Il y a toujours un rêve qui veille, Désir à combler,
Faim à satisfaire,
Un cœur généreux,
Une main tendue, une main ouverte, Des yeux attentifs,
Une vie, la vie à se partager.

Paul Eluard



Ce message a été édité - le 27-02-2025 à 14:10 par Machajol



Ce message a été édité - le 27-02-2025 à 14:11 par Machajol
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Tontonjacques

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En général on ne cite pas toutes les strophes, et de plus :

- c'est l'échine (S7), pas l'échiné

- la strophe suivante me paraît étrange, car discordante (notamment, les vers 1 et 3 ne sont pas des alexandrins, alors que le reste est mesuré) :

La cruauté générale et les saloperies
Qu’on vous jette on ne sait trop qui faisant école
Malgré ce qu’on a pensé souffert les idées folles
Sans pouvoir soulager d’une injure ou d’un cri

Cet enfer (...)


Mais je n'ai pas le texte original sous les yeux ?


P.S. Après recherches, il semble bien que cette strophe ait été publiée telle quelle. Je m'interroge : négligence (voulue ?) de l'auteur ? Ça ne lui ressemble pas tellement, surtout qu'il aurait pu amender le texte à peu de frais ?



Ce message a été édité - le 27-02-2025 à 14:55 par Tontonjacques
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Jim

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Je respecte, Tontonjacques, d'autant mal les conventions que j'apprends à les ignorer, donc : je cite ce que je veux.

Une faute de saisie, corrigée, merci.

Les deux vers que tu indiques comptent en effet 13 syllabes... Négligence ?

Ce texte est conforme à celui référencé en ma possession - Gallimard - 1954



Ce message a été édité - le 27-02-2025 à 16:01 par Jim
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Jim

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Oui, Macha, Eluard et Aragon se font écho, mais est-ce surprenant entre ces deux amis ?
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Tontonjacques

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Bien entendu, tu cites ce que tu veux, ce n'est pas le problème.

Dans le cas de ce poème,j'ai effectivement trouvé sur le Web une copie de la page originale, identique à ce qui est cité. D'où mon interrogation : à peu près voulu ? négligence de l'auteur ? de l'éditeur ou des correcteurs ? Mystère.

En général, je me méfie des versions qui circulent sur le Web : souvent à l'origine il s'agit d'un scan de mauvaise qualité, qui est ensuite reproduit ad lib. (par copier-coller) tous azimuts. J'en ai trouvé un exemple frappant avec "Demi-rêve", de Desnos (un poème que je tiens en haute estime). Ici, par exemple, il est totalement massacré :

https://www.wikipoemes.com/poemes/robert-desnos/demi-reve.php
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Jim

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Tout à fait d'accord avec toi, le copier-coller est une facilité qui s'accommode mal de la négligence. Nombreux ne se relisent pas, avec ou sans outils, sachant que quand on se relit, on débusque ses erreurs...
Les textes que je dépose sont en grande majorité issus de ma bibliothèque. Les pauvres veulent des yachts, je ne suis pas pauvre...



Ce message a été édité - le 27-02-2025 à 20:29 par Jim