Dans ma grande mansuétude, j’ai décidé de vous faire part d’un genre poétique que je ne crois pas encore avoir rencontré. Peut-être même en suis-je l’inventeur, même si j’en doute un peu. Je l’ai appelé le
filigrane.
Il s’agit d’introduire dans un poème (classique ou moderne, peu importe) une phrase (mise en relief par la typo) qui transparaît, se superpose en quelque sorte au poème originel, lui donnant un sens par exemple.
L’une des difficultés consiste dans le fait qu’il faut écrire cette phrase de gauche à droite (et de haut en bas), comme on en a l’habitude, pour faciliter sa lecture, donc il faut bien calculer où se situeront au final ses éléments. (Je ne suis pas sûr d'ailleurs que la mise en page soit parfaitement adaptée ici, on peut faire mieux).
Mais foin de la théorie, donnons tout de suite un exemple. Voici un poème que j’ai intitulé « Vulnerant Omnes Ultima Necat », phrase latine qu’on trouvait notamment sur les cadrans solaires.
VULNERANT OMNES ULTIMA NECAT
à
tour d'écrou à coups de bielle à force
d'axes de balanciers de tiges de battants
à grigne-cœur à croche-liesse contractant
leur cliquetis de pat
tes agriffeuses
sur l'orbe des cadrans
comme ces sa
bles qui ressassent
un songe de falaise or longtemps écorcée –
moulus et lessivés jusqu'à l'es
sentiel
perclus de sels
ma
laisément visibles et dicibles
mais fortes comme l'eau têtue
elles s'infiltreront en filaments de ronces
corro
deront les plafonds patients des chambres
abraseront sur l'oreiller de pierre ponce
les souviens-t'en
insom
niant les murailles railleuses
jusqu'aux fronti
ères crayeuses-broyeuses
– telles pourtant,
elles te seront compagnes, les heures –
s'il faut frémir ? à la terreur
de l'os que l'on scie même on s'habi
tue.
Et maintenant, voici un exemple en versification plus « classique » :
Celui qui, si proche, est si loin pourtant,
Sé
journe ici-bas pour bien peu de temps.
Le voi
là muet, debout dans la plaine,
Tandis que
le ciel se teinte de sang,
Combat déri
soire et superbe à peine.
Tendu sur la berge, hâ
ve et menaçant,
Un ascète osseux, mi-
nu, prophétise
Et témoigne que le pér
il grandit.
Le fleuve sommeille en sa pâ
leur grise —
Quelque voyageur un soir s'y per
dit.
Passant, plus ne t'atteignent
Les
sons que déjà baigne
La nuit – as
surément,
S'il faut que
l'aube prive
Ces lieux d'un ê
tre aimant,
Qu'un autre alors l'éc
rive.
(Vous aurez bien sûr reconnu la phrase).
Je ne prétends pas que ce soit l’invention du siècle, ni bien sûr que tout le monde doive faire pareil, mais ça m’a semblé intéressant. Qu’en pensez-vous?
Ce message a été édité - le 02-02-2025 à 09:35 par Tontonjacques
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