Merci Jim pour ces menus propos que j'ai lu avec intérêt, ont-ils le mérite de placer les auteurs cités dans le cadre historique où ils vécurent, ce qui me paraît essentiel pour mieux comprendre le fond et la forme de leurs poèmes.
J'ai eu envie de compléter le petit tour d'horizon amorcé (Italie, France, Espagne, Angleterre) par une excursion Outre-Rhin.
Au cours de mes recherches sur le net parmi les multiples sites traitant du sujet, j'ai appris que le sonnet aurait été inventé dans l'entourage (dit école sicilienne) de l'empereur Frederic II Hohenstaufen au XIIIème s.
https://www.universalis.fr/encyclopedie/ecole-sicilienne-litterature/
Le sonnet a vite été adopté par les colporteurs de l'époque (baladins et troubadours) puis adapté aux particularités sonores et scripturales des langues otochtones traversées.
En Allemagne, qui n'existait que sous la forme de multiples petits états, évéchés, principautés etc.
il a conservé la forme adoptée par Pétrarque au XIVème s. : 14 vers répartis en deux quatrains suivis de deux tercets, chaque vers comptant 11 syllabes.
Dans le sonnet allemand, la différence entre rimes féminines et masculines n'est pas liée à l'orthographe des mots mais à leur prononciation. Les terminaisons féminines sont douces car non accentuées, les masculines fortes et accentuées.
Je viens de lire toute une flopée de sonnets des auteurs les plus divers à travers les époques (Bürger, Goethe, Fontane, Heine, Trakl, Brecht) et constate que l'agencement des rimes selon un schéma précis n'est pas obligatoire.
Je ne prétends pas faire école avec ces "menus propos" qui sont les miens, simples constats de dilettante, sans aide d'Intelligence artificielle quelconque.
Pour toi, Jim, avec mes sincères remerciements pour tes accueils chaleureux dans ta belle ville rose en 2023 et 2024.
Avec mes meilleurs voeux de prompt rétablissement pour, qui sait, d'autres rencontres amicales.
En prime : sonnet d'un auteur que nous aimons beaucoup mais qui ne peut pas encore bénéficier d'une entrée officielle dans notre galerie des artistes d'hier, car décédé depuis moins de 70 ans.
Bertolt Brecht (1898-1956)
Sonett Nr. 19
Nur eines möchte ich nicht: dass du mich fliehst.
Ich will dich hören, selbst wenn du nur klagst.
Denn wenn du taub wärst, braucht ich, was du sagst
Und wenn du stumm wärst, braucht ich, was du siehst
Und wenn du blind wärst, möchte ich dich doch sehn.
Du bist mir beigesellt, als meine Wacht:
Der lange Weg ist noch nicht halb verbracht
Bedenk das Dunkel, in dem wir noch stehn!
So gilt kein „Lass mich, denn ich bin verwundet!“
So gilt kein „Irgendwo“ und nur ein „Hier“
Der Dienst wird nicht gestrichen, nur gestundet.
Du weißt es : wer gebraucht wird, ist nicht frei.
Ich aber brauche dich, wie’s immer sei
Ich sage ich und könnt auch sagen wir.
Ecrit en 1939 alors que Brecht vivait en exil en Suède
rimes : abba cddc efe ggf
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Sonnet n° 19
Une seule chose je ne voudrais pas : que tu me fuies.
Je veux t'entendre, même si tu ne fais que te plaindre.
Car si tu étais sourde, j'aurais besoin de ce que tu dis.
Et si tu étais muette, j'aurais besoin de ce que tu vois
Et si tu étais aveugle, je voudrais quand même te voir.
Tu es à mes côtés, comme une sentinelle :
Le long chemin n'est pas à moitié parcouru
Pense à l'obscurité dans laquelle nous sommes encore !
De même aucun « laisse-moi, car je suis blessée » !
Aucun « quelque part » mais seulement un « ici ».
Le service n'est pas supprimé, seulement ajourné.
Tu le sais : Qui devient nécessaire n'est pas libre.
Mais moi j'ai besoin de toi, quoi qu'il arrive
Je dis je et pourrais dire aussi nous.
ndt : en allemand, les attributs et pp ne s'accordant pas, on peut librement interpréter à qui ils se rapportent, femme ou homme. Je les ai traduits au féminin car le sonnet est adressé à une compagne d'exil -Margarete Steffin- qui souffrait de tuberculose.
Source : https://www.inhaltsangabe.de/autoren/brecht/