On peut toujours essayer de corriger Baudelaire, mais il faut savoir, que même d'où il est, il vous attend ! Lui qui ne tolérait pas qu'un éditeur lui suggère de déplacer une virgule...
Un vers isolé se doit d'être beau (sans trop préciser ce que j'entends par là ; j'y reviendrai ailleurs et plus tard). Mais une strophe se le doit aussi, ce qui mène à considérer la façon dont s'insère un vers entre deux autres. Cette interaction entre les vers n'en fait que rehausser la fameuse beauté. Ainsi, dans ce poème « La passante »,on peut lire :
« Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue. »
Le premier vers est remarquable par sa construction rythmique, à savoir, un premier hémistiche haché par trois accents toniques sur six syllabes, le second produisant un effet de libération avec six syllabes à la volée, ne disposant que d'un accent tonique à la fin. Au lieu de simplement décrire ce qu'il fait, il met en attente en faisant grimper la tension, puis, au lieu de conclure, le poète précise dans le vers suivant ce qu'il voit et où il le voit, par une métaphore. Si dans son premier hémistiche, sa structure rythmique est standard en 3/3, le suivant maintient l'effet de tension par la structure rythmique en 2/4, c'est à dire en contractant les deux premières syllabes puis détendant la fin du vers par quatre syllabes. Alors, et seulement alors, il conclut par un vers équilibré à la manière des plus classiques, disons Corneille... Dans ce dernier vers, le premier hémistiche est en 3/3, ce qui traduit un apaisement, tandis que le second possède un aspect conclusif par sa structure en 4/2, on en ressent la fermeture.
Précision sur le vers interrogé « Dans son œil... »
Pour avoir une vision plus claire de la structure d'un vers, il faut repérer les accents toniques. Tout hémistiche (ou segment de vers – je reviendrai là-dessus plus tard et ailleurs)) s'achève par un accent tonique. Ainsi, le mot « livide » conclut ce premier hémistiche par la syllabe « vi » laquelle supporte cet accent tonique terminal. Conséquence, le « -de » appartient à l'hémistiche suivant. Parce qu'il supporte cet accent tonique terminal, la syllabe doit être mise en relief par rapport aux autres, par haussement de ton, allongement de la voyelle ou pause marquée puisqu'ici, de surcroît, se place la césure (qui exige une pause plus forte que les autres).
Il est difficile de lire et savourer un poème en ignorant la scansion, d'autant plus que c'est un art lyrique; alors, chanter sans souffle...
Ce message a été édité - le 26-01-2025 à 18:21 par Jim