Les poèmes de ce recueil,
L'amour extrême, écrits par André Velter, sont dédiés à son amie Chantal Mauduit, himalayiste accomplie qui fut emportée, le 13 mai 1998, à 34 ans, par une avalanche lors de son son dernier 8000.
Qui sont-ils ?
Chantal Mauduit :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Chantal_Mauduit
André Velter :
https://fr.wikipedia.org/wiki/André_Velter
Un désir absolu
Entre visions et reflets mon amour,
je prends l'empreinte de tes yeux,
le cristal de ton corps jeté dans la lumière.
Je pars nous mettre à l'abri de ce temps.
Où cacher un miracle qui ressemble à un meurtre,
une beauté sauvage qui a changé le signe
de la liberté libre en sombre sauvagerie ?
Où renaître au bleu fou qui dit l'éternité ?
Je donne ton sourire à une bouche d'or,
je laisse tes cheveux recoudre l'infini,
j'attache à ton désir un désir absolu,
j'appelle de ton nom le chant des solitudes.
Il y a je le sais des traces sur le vide,
des blessures qui dessinent le chaos de mon cœur.
Je suis au labyrinthe où je me suis perdu
en rêvant de me perdre sans retour avec toi.
Il y a je le sens un double royaume
dont on ne revient plus tout à fait mort,
tout à fait seul ni tout à fait vivant,
un miroir aveuglant que tu enlaces en dérivant.
Sans retenue j'avoue tenir à mes aveux,
à ce cri noir du sang, à ce feu sur les lèvres,
à ce qui porte en moi la marque de tes dents
et ce vertige où l'âme semble trouer la peau.
Je te veux dans mes bras comme au ciel,
je te veux à tous les échos essoufflée,
je te veux à bout portant accordée,
je te veux avec moi dans un néant solaire.
Sous les sables parfois on caresse des roses,
des fougères qui furent fascinées par le vent
et des feuilles pareilles à de vieux talismans
que j'écoute me dire où mordre ta poussière.
Tu es partout dans le présent secret,
chaque instant te voir aux invisibles portes
car tu viens désormais du cinquième horizon
escortée en plein jour par un rayon de lune.
Et ton visage est au ceux de mes mains,
je le presse si fort sur mon propre visage
que je traverse monts et désastres, ruines ou glaciers
jusqu'à toucher encore cette merveille de nous
entre visions et reflets mon amour.
©André VELTER,
in
La lumière qui me blesse n'est que l'ombre de toi / L'amour extrême – NRF / Poésie / Gallimard (2007)
Ce message a été édité - le 13-12-2024 à 14:17 par Jim