Le mont des moineaux*
Ton sein sous mes baisers, comme sous l'eau qui gicle !
Ce n'est pas pour toujours, ce trop plein de l'été,
Pas pour toujours, ces nuits où gronde la musique
De l'accordéon rauque, au choc lourd de nos pieds !
Nous vieillirons, dit-on. Inquiétants présages !
Le ressac ne brandit plus le poing jusqu'aux cieux !
On s'étonne : les prés ont changé de visage,
Les étangs sont sans cœur et les forêts sans dieux !
Que ton âme s'émeuve. Oh, qu'elle écume toute !
Le monde est au zénith. Que fais-tu de tes yeux ?
Là-haut, vois les pensées, bouillonnant en déroute
De nuages, de vents, de faines et de freux !
Ici s'arrêtent net les tramways de la ville.
Ils ne vont pas plus loin. Plus loin Dimanche est là.
Les sapins officient. Le sentier se faufile
Et, glissant sur les herbes, fouille le sous-bois.
Filtrant la Pentecôte, et nous, et la lumière,
Le bois dit : L'univers sera toujours ainsi :
Tel le fit la futaie, le voulut la clairière,
Tel le verse sur nous le ciel comme un tamis.
* Une des collines de Moscou.
Poème extrait du recueil
Ma sœur la vie, de
Boris Pasternak, écrit durant l’été 1917, lequel est dédié au poète Lermontov.
Superbe traduction, en vers rimés et comptés, de
Hélène Henry.
Ed. : NRF / Poésie / Gallimard (1982)
Ce message a été édité - le 29-10-2024 à 03:33 par Jim