Dérive philosophique
Tout chemin disparaît ; la garrigue est profonde ;
Au loin faiblit le bruit d'un trop moderne monde ;
Des cieux gris, détrempés, suinte une morne humeur ;
Mais l'on devine aussi, ténue, une rumeur
Faite de pépiements et de cuicuiteries,
Loin de la rage humaine et de ses cuistreries :
Bien des oiseaux sont là, discrètement heureux,
Affairés à la sylve ou caché dans les creux,
Ils vont leur vie, automnale et mystérieuse,
L’œil toujours vif, parmi les pins et les yeuses.
Là- bas, la route, en tous sens et dans le stress,
Damoclès, prend, pour envoyer ad patres,
D'un doux leurre des allures prédatrices ;
Film vite et faux, dont les autos sont actrices,
Rushs que le producteur paie avec sa peau.
Tant de vacarme ! Ici, l’haleine de l'eau
Sur toute l'étendue immémoriale
Embue un monde où n'est nulle morale,
Entremêlant et l’immonde et l'instinct
Jusqu'au marasme où le Vivant s’éteint.
Mais, dédaigneux des sinistres augures
Dont la voix gronde aux capots des voitures,
Végétal, fauve, à plume, un petit peuple
Niche et fouit, pousse à la terre meuble,
Elan des cycles originels
Nourri du vif des feux éternels ;
La joie innée, un désir de vivre
Dans le réel d'une histoire à suivre.
(Tout cœur battant jusqu'au dernier jour)
- Et, bien pesé, le contre et le pour,
C'est ce présent dont on se doit oindre :
Apprécier chaque laps - le moindre !