La létale attente
Sibylline et belle,
Habile au babil,
Elle allait sur l’aile
De son sex-appeal...
Derrière un sourire
Au charme charnu
Qui faisait souscrire
Et croire à l’art nu,
Très franches et fières
Se dressaient les dents
Blanches, carnassières,
Bien saines dedans !
Sa hanche était ronde,
Son esprit carré
Epris de ce monde,
Riche et bigarré !
Les yeux, d’azur pâle,
Scrutaient, sous les cils,
Comme, d’un pétale,
Flamboie un pistil !
Et sa chevelure
- J’en tais la couleur -
Chantait son allure
Et luisait d’ampleur !
D’une jambe souple,
Simple, elle ondulait,
Provoquant le trouble,
Tel que l’eau, du lait.
Tout semblait promesse
De joie et de ris
Pour cette princesse ;
Quel roi, quel Pâris
L’attendait pour vivre
Son rêve en tandem
- Sèvre qui délivre
Tant d’hommes, idem !
...Elle n’aima guère,
Mêla les amants
Aux flammes, naguère
Ames des aimants,
Pôles d’attirances
De ces anciens feux
Messians, déjà rances,
De ses mâles vœux !
Car chaque blême homme
Voulait l’épouser,
Loser, pour le chrome
Qui ferait mousser
Son épithalame.
Or, sous le brillant,
Saignait une femme
Dont, s’égosillant,
Le cœur en famine
Réclamait l’époux,
Père de famille
L’aimant sans tabous !
Lente, étale attente
Au suc corrosif,
Le temps pâle attente
Au grand songe vif...
Lors, de désespoir,
La fée est partie
Vers le pays noir
D’où rien n’irradie.
Que faisiez-vous, prince,
A courir ailleurs ?
- Quand l’ardeur en pince
Les morts sont meilleurs !