Puis, subrepticement, franchîmes la lisière
-Et j’avais dans ma main, la main de la rosière-
Du plus sombre bosquet qu’on n’avait jamais vu
Elle était tout en fleurs et moi, j’étais tout nu,
L’on avançait ainsi près d’une roselière,
Les joncs giflaient nos peaux dans des craquements secs,
Quelques pics attaquaient l’écorce à coup de becs
Vindicatifs, en force, on eût dit des matraques
S’abattant sur les corps d’individus foutraques,
Mais nous quittions la ville et ses salamalecs.
Puis, instantanément, auprès d’une clairière,
Nous chûmes lentement, chacun, notre derrière
Posé sur la douceur d’un humus aussi dru
Qu’un plus bel édredon –quel confort !- qui l’eût cru ?
Et là, notre pudeur affaissa sa barrière :
Je pouvais découvrir ses frissons et ses tics,
Comment ma lèvre ici déclenchait des déclics,
J’oyais, si satisfait, près du ru, les sons rauques
Et ses yeux mi-fermés, vitreux et presque glauques
Nous laissaient augurer mille heureux pronostics.