De l'hiatus

Par : Pierre Lamy
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Pierre Lamy

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À mi-chemin de courbatus et stratus, l’hiatus est le son produit par la rencontre, sans élision possible, de deux voyelles dont l'une finit un mot et l'autre commence le mot suivant.

Il y en a de choquants, il y en a d’agréables.

Comme ceux d’Héloïse, de Poésie, d’aéroplane et de délicieux. Pour en jouir, le lecteur avisé y fera la diérèse en détachant les sons produits par les deux voyelles adjacentes.

Il en est de même à l’oral pour les hiatus externes qui pullulent dans les expressions courantes. Vouloir les éviter alourdit le discours et confine à la pédanterie.

En même temps, sous peine d’être qualifié de « relou », tout locuteur avisé évitera spontanément les hiatus désagréables à l’oreille.

Tout serait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes poétiques si au siècle de Ronsard et de Du Bellay, un rimeur de troisième division ne s’était avisé d’interdire tout hiatus externe, qu’il soit ou non désagréable à l’oreille.

Comme par ailleurs il n’avait pas dit que des âneries, sa prescription passa comme une lettre à la poste et fit autorité.

Et continue de le faire au XXIème siècle dans les traités de prosodie.

Cherchez l’erreur.
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Jim

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Ce qui est amusant, et absurde, c'est que la même propriété sonore serait désagréable uniquement dans le cas externe et admissible dans le cas interne... S'il n'en était ainsi, nous devrions nous contenter d'un cheptel de mots réduit, le premier des proscrits étant "hiatus" lui même... Bref, certains auraient droit de cité et point d'autres. "Il y a" écorcherait l'oreille et non pas "hiatus" !
C'est au scripteur de juger et décider, à personne d'autre, sous réserve qu'il cultive la finesse de son ouïe. 😊
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Machajol

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L'oreille d'or et la parole d 'argent ! 👋
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Salus

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Il faut imaginer la progression du vers régulier comme la fabrication continue d'un instrument au service de la musique du sens ; Le hiatus, musicalement un hoquet, est nombreux dans notre langue, qu'il soit interne, externe (dans ou hors des mots) ou résultat d'une liaison proscrite : "sparadrap emmêlé", par exemple.
Les poètes de la Pléiade cherchèrent à équilibrer les musicalités de la langue en en restreignant l'usage externe, et Malherbe, "ce rimeur de troisième division" (sic) propose une règle, acceptée par les poètes de son temps comme logique et qui viens augmenter encore la précision de l'instrument : le hiatus externe est désormais proscrit du vers régulier ; Boileau, autre rimailleur de seconde zone, surenchérit dans son "Art Poétique" :

"Gardez qu'une voyelle à courir trop hastée,
Ne soit d'une voyelle en son chemin heurtée."


Bien sûr, nous parlons de prosodie et de versification, on peut, dans notre beau pays, écrire ce que l'on veut, et même n'importe quoi, de la manière dont on le souhaite, Machin soit loué !




Ce message a été édité - le 19-12-2023 à 10:32 par Salus
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Pierre Lamy

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Au siècle des lumières cette interdiction fit réagir quelques linguistes.

https://books.openedition.org/pup/1498?lang=fr

Au temps de la Pleiade on prononçait vraisemblablement de manière différente et le Peuple était illettré.
N'empêche que l'interdiction a traversé les siècles et je sais un ancien soixante-huitard qui évite d'en faire, même en prose. Comme si c'était un tabou.

😉



Ce message a été édité - le 19-12-2023 à 12:23 par Pierrelamy
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Jim

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Yep ! tous les 100 km, on prononçait différemment, et c'est cela qui est intéressant, amusant, vivant ! C'est portés à ébullition que les bouillons de culture se mêlent et font du neuf, puis qqn vient baisser la température pour figer la mêlasse dans une norme. 🤣



Ce message a été édité - le 19-12-2023 à 14:45 par Jim
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Pierre Lamy

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Je ne vois pas ce qui heurte l'oreille dans l'anaphore "Il y a" d'Apollinaire.
Ces trois mots me glissent dans l'oreille.
Ce sont des vers libres, mais la jouissance serait la même avec des vers réguliers
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Jim

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Il y a qu'ils constituent un hiatus, peu importe environnement et circonstances, la propriété du machin reste la même.
Me too ça me glisse dans l'ouïe, raison pour laquelle je me fous en général de la conformité : ça passe ou ça casse reste l'unique question.
Je n'écris pas pour montrer combien je suis capable de faire comme d'anciens shnocks réduits à l'état de poussière.