Comprendre, c'est savoir d'où ça vient. Il est donc bon de remonter aux sources pour, outre celles-ci, découvrir méandres et embranchements. Comprendre une chose, c'est bien prendre tout avec elle. C'est toute la différence entre le savoir et la compétence, le premier relevant de l'histoire et du lien, la seconde du manuel utilisateur.
Le Roman d'Alexandre est une œuvre latine traduite en français de l'époque par un clerc de Châteaudun, Lambert le Tort. Il ne s'agit en fait que d'une partie de l’œuvre dont Alexandre de Paris se dit simplement le coordonnateur / continuateur. Ce travail entre dans la conception qu'on avait à cette époque du travail de translatio.
« Alexandre de Macédoine dort à jamais dans son somptueux tombeau, tandis que son homonyme achève son récit et médite sur les tours de la Fortune.
Là s'arrêtent les vers, l'histoire ne va pas au-selà. Voilà ce que raconte Alexandre de Bernay vers l'Eure, à qui le destin ne fut jamais longtemps favorable : un jour blanc, l'autre noir et amer .
Dès les années 1170, les romans d'Alexandre utilisent le vers dodécasyllabique, qui apparaît d'ailleurs dès le milieu du XIIè siècle dans
Le Pèlerinage de Charlemagne et, en 1174, dans la
Vie de saint Thomas Becket de Guernes de Pont-Sainte-Maxence. Mais c'est vraisemblablement le succès du roman d'Alexandre de Paris, joint au renouveau du mythe littéraire d'Alexandre au XVè siècle, autour de la cour de Bourgogne, qui incitera les auteurs des traités de seconde rhétorique à inventer pour le dodécasyllabe un nom emprunté à celui d'Alexandre, l'alexandrin. Le terme apparaît pour la première fois dans les
Règles anonymes de la seconde rhétorique en 1411 et 1432 : « Rimes alexandrines pour faire rommans, est pour le present de douse silabes chascune ligne en son masculin et de XIII ou feminin. » Et Baudet Herenc précise dans le
Doctrinal de seconde rhétorique (1432) : « Son dites lignes alexandrines pour ce que une ligne des fais du roy Alexandre fu faite de ceste taille. »
(…)
Héros de l'Antiquité, Alexandre porte les valeurs de la chevalerie, à savoir : « les traits caractéristiques de la
prouesse : largesse, valeur guerrière et soif démesurée de conquête », cette dernière traduisant la quête de l'immortalité.
Si le genre romanesque se caractérise par l'octosyllabe, l'épique, qui relève de la chanson de geste, se singularise par le décasyllabe. La nouveauté introduite par Alexandre de Paris est, pour ce qu'il désigne lui-même comme étant une
cançon, d'user du dodécasyllabe.
Ce Roman, pour 16000 vers, se compose de quatre branches, subdivisées en laisses (un texte rédigé sur plusieurs peaux était tenu en liasses, ou laisses – comme celles des chiens – pour constituer une unité nommée aujourd'hui livre. On « brochait » comme on pouvait, en ces temps... De là le terme de
Lai pour un poème, plus précisément
Lais pour un ensemble de poèmes, p. e. : les
Lais de Marie de France.) La laisse (strophe) constitue donc unre unité homométrique dont le nombre de vers varie, et qui se manifeste par l'emploi de la monorime tout de son long. C'est un sacré tour de force ! On distngue alors les vers d'intonation, propres à l'action menée, des vers de conclusion, attachés à la conclusion de la laisse, et à l'anticipation du sujet traité par la laissse suivante.
Les branches sont :
- Les enfances d'Alexandre
- La victoire sur Darius
- Les merveilles de l'Orient
- La mort d'Alexandre
« Dès la fin du XVè siècle, un jeu de cartes use pour la première fois, pour les rois, des noms qui seront adoptés durablement à partir du XVIIè siècle : David, César, Charlemagne... et Alexandre. »
Et comme toutes les histoires médiévales, celle-ci commence par l'invite : « Qui vers de riche estoire veut entendre et oïr, », autrement dit : « Si vous voulez entendre une belle histoire en vers, »...
Réf. : d'après l'Introduction au Roman d'Alexandre écrite par Laurence Harf-Lancner.
Lire :
https://lespoetes.net/poeme.php?id=3348&cat=ph
Ce message a été édité - le 21-11-2023 à 18:55 par Jim