Juste pour causer un peu...

Par : Inconnu
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[Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] ... car je sais que j'en abuse...

"Il existe un critère scientifique infaillible permettant de distinguer l'écrivain professionnel de l'écrivain du Dimanche (qui risque parfois de devenir célèbre): l'usage des points de suspension en milieu de phrase.
Les écrivains emploient les points de suspension en fin de phrase pour indiquer que le discours pourrait continuer.("A ce sujet, il y aurait encore beaucoup à dire, mais.."), et au milieu ou entre plusieurs phrases pour signaler qu'un texte a été tronqué (Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant D'une femme inconnue [...] ni toute à fait la même, Ni toute à fait une autre[...]")
Les non-écrivains utilisent les points de suspension pour se faire pardonner une figure de rhétorique qu'ils jugent hasardeuse: "Il était furieux comme ...un taureau".
L'écrivain est quelqu'un qui a décidé de mener le langage au-delà des limites, et c'est pourquoi il assume la responsabilité d'une métaphore hardie: "Jamais nature ne contempla tel prodige: mouiller par le soleil et sécher par les fleuves". Nous sommes tous d'accord que dans ce distique, Artale, en bon poète baroque, a exagéré, mais au moins, il n'a pas essayé d'atténuer son propos. En revanche, le non-écrivain aurait écrit:
"mouiller... par le soleil et sécher... par les fleuves", comme pour dire, " naturellement, je plaisante."

L'écrivain écrit pour ses pairs, le non-écrivain écrit pour sa concierge ou son chef de service, et il craint (souvent à tort) que ceux-ci ne comprennent pas sa hardiesse. Il emploie les points de suspension comme un laissez-passer: il veut faire la révolution, mais avec l'autorisation de la maréchaussée.
La modeste série de variations suivantes raconte ce qui serait arrivé à la littérature si les écrivains avaient été timides, nous montrant combien les points de suspension sont néfastes
"Et...rose, elle n'a vécu ce que vivent les roses, L'espace... d'un matin."
"L'homme n'est qu'un ... roseau pensant."
"Rodrigue, as-tu...du coeur?."
"Et c'est...Vénus tout entière à sa proie... attachée."
"Hâtez-vous... lentement, et, sans perdre courage, Vingt fois sur le
métier....remettez votre ouvrage."
"Ton souvenir en moi luit...comme un ostensoir!"
"Ce toit tranquille, où marchent des ...colombes."
Et ainsi de suite, jusqu'à "Longtemps je me suis couché....de bonne heure" et "Mon verre s'est brisé comme un éclat de ...rire".
Cela dit, l'insertion des points de suspension, exprimant la crainte de la hardiesse du style figuré, peut aussi être employée pour faire subodorer qu'une expression en apparence littérale est une figure de rhétorique.
Prenons un exemple: Le Manifeste des Communistes de 1848 commence, on le sait par " Un spectre hante l' Europe", et c'est là, vous l'admettrez, un bel et grand incipit. Passe encore si Marx et Engels avaient écrit "Un... spectre hante l'Europe". Ils auraient simplement mis en doute le fait que le communisme était une chose si terrible et si insaisissable , la révolution russe aurait peut-être été anticipée de cinquante ans, pourquoi pas avec le consentement du tsar, et même Ozanam y aurait participé.
Mais s'ils avaient écrit "Un spectre ...hante l' Europe"?
Alors, il hante ou il hante pas? Il reste planté là? Et où là? Ou bien est-ce que les spectres, de par leur nature même, apparaissent et disparaissent d'un coup, en un éclair, sans perdre leur temps à hanter? Et ce n'est pas fini.
S'ils avaient écrit "Un spectre hante... l'Europe"? Auraient-ils voulu dire qu'ils exagéraient, que le spectre hantait tout juste la ville de Trèves et que les autres pouvaient dormir tranquilles? Ou bien, auraient-ils fait allusion au fait que le communisme obsédait déjà les Amériques et, pourquoi pas, l'Australie?
"être ou... ne pas être, telle est la question", "Etre ou ne pas...être , telle est la question" Vous imaginez combien la critique shakespearienne aurait dû se crever la cervelle sur les intentions cachées du Barde.

"L'Italie est une république fondée... sur le travail (eh bien!)."
"L' Italie est -disons- une...république fondée sur le travail."
"L'Italie est une république....fondée(????) sur le travail."
"L'....Italie (si elle existait) serait une république fondée sur le travail ."

L'Italie est une république fondée sur les points de suspensions.
"

Umberto Eco
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[Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] Ce qu'Ecco ne mentionne pas, c'est l'usage obsessionnel compulsif qu'un Céline, par exemple, peut faire de ces fameux points de suspension, ouvrant grand les portes à l'anacoluthe fiévreuse.
Il méconnait (ce qui, on en conviendra est étonnant de la part de ce grand mamamouchi de la culture universelle), il méconnait, disais-je, l'usage rythmique, voire hoquetant, des points de suspension, laissant flotter un son, usant du silence comme Satie, imprimant la lecture dans le temps, un temps scandé, non linéaire, un temps houleux, tant et si bien qu'on finit parfois nauséeux dans le roulis verbal propre au gars que je citais au début.

Louis-Ferdinand aurait sans doute aimé déposer le copyright pour son petit "...", il ne l'a pas fait... soit. Rendons lui tout de même cet usage si particulier et pourtant si systématique du ponctuant ici évoqué.
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Aglae

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Pour moi, c'est...parfait
Sacré UMberto, je l'adore!
ça fait eccolô à vous deux
Aglaé
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Pierre

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Je suis le nouveau Céline, ma fille...
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[Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] J'ai lu... J'ai souri!
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Rickways

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Oh punaise, un sujet de 2011 sorti de la cave...

J'AIME
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Pierre

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J'avais déjà de la faconde.
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[Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] tu veux parler de ton éloquence, ton bagou, ta loquacité, ton bavardage, ton verbiage, ta prolixité, ta verbosité, ta platine, ton caquet, ton baratin, ton exubérance, ta rhétorique, ta logorrhée, ta facilité, ton emportement, ton emballement, ton débit, ton abondance, ta verve....
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Pierre

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Voilà!
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Mijo

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Je les aime, moi, ces trois petits points ! 😃 😃 😃
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Ann Miserey

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C'est une très bonne idée de ressortir de vieux posts. Celui-ci auquel j'adhère 100% m'avait échappé. A ma décharge, à l'époque, j'étais sur les routes.

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[Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] Succulent U. Eco (disparu en 2016) pour le Nom de la Rose, pour ses travaux et aussi pour ce genre d'humour raffiné

https://monoskop.org/images/5/51/Eco_Umberto_Comment_voyager_avec_un_saumon_1997.pdf
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Pierre

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J'ai lu pas mal Eco, j'ai adoré "l'île du jour d'avant" et "Baudolino" j'ai acheté il y a peu "à reculons comme une écrevisse" je ne l'ai pas encore lu.

Eco je trouve qu'il faut prendre le temps de rentrer dans ses livres et c'est bien le temps...
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AR_d_N

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....je les utilise beaucoup sur le Net...en début de ligne...en fin de ligne...pour aller à la ligne...
...et en milieu de ligne...pour le suce-pince...autour d'un plateau de fruits de mères...
...je n'écris pas pour mes paires, ni pour mon concierge, qui vient de démissionner ..."pour faire autre chose" ( ??? )
...j'écris pour essayer d'avancer...ou pour faire du sur place...ça dépend des jours...entre Cavanna et Pennac,
...entre Julie Larousse et Françoise Hardy, je jette des émotions...un peu à tous vents 👋