Je finirai ma vie à l'Armée du Salut

Par : Jim
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Jim

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Je finirai ma vie à l'Armée du Salut.
Depuis bientôt vingt ans je connais la péniche,
Je la voyais souvent quand j'étais presque riche,
Près du Pont d'Austerlitz où je n'habite plus.
J'avais un vieil ami, loup au Jardin des Plantes,
Il est mort, il y a deux ans, on se suivra de peu
Car bien qu'en rigolant je glisse sur la pente.
Au ciel, on s'en ira chasser les cons, nous deux.

Je finirai ma vie entre quatre guignols
Qu'on aura mis dehors à la porte d'un bouge,
Qui n'auront plus de quoi s'offrir un verr' de rouge,
Un tout petit manteau peut-être chez Borniol.
En récapitulant tous les pots qu'on a bus
On se récitera un peu d'Appolinaire
Un peu pour se fair'mal, un peu pour se distraire,
Avant d'aller dormir à l'Armée du Salut.

Il sera trois ou quatre ou cinq heur' du matin,
Le jour se lèvera sur le Jardin des Plantes,
Ma femme, c'est certain, ne sera pas contente,
Mais j'aurai trop de mal à lâcher mes copains.
Sur le bord de la Seine j'irai poser mon cul,
Oubliant quarante ans de vie sans importance,
À jamais fatigué de dir'ce que je pense,
Je finirai ma vie à l'Armée du Salut.

Et j'y découvrirai sous de vieux oripeaux
Lacenaire et Landru, Roméo et Juliette,
Deux ou trois m'as-tu-vu qui s'étaient crus poètes
et qui n'ont jamais eu que du vent dans la peau,
Trois hommes sans collier pour quatre chiens perdus,
Un cabot sans théâtre, un avocat sans cause,
Mais pour eux je serai peut-être quelque chose,
Alors en arrivant je leur dirai : "Salut!"

(Bernard Dimey)
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Machajol

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Celui ci , pour moi, l un des plus beaux !!

Hic..je crois que j ai trop bu !

En fait, je rectifie pour Oxalys,
Je n' avais pas vu , que ce texte n était pas de Jim !!!

Donc je découvre Dimey !!!





Ce message a été édité - le 19-06-2023 à 18:21 par Machajol 👋



Ce message a été édité - le 19-06-2023 à 18:23 par Machajol
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Oxalys

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Merci Jim pour l' hommage à ce poéte boudé des académiciens.
Dans la lignée des écrivains irrespectueux des lois prosodiques, un de mes préférés avec Gaston Couté !
Sa gouaille, son répertoire terre-à-terre, ses beuveries d'incorrigible fêtard, ses déclarations d'amour aussi émouvantes que maladroites, sa piété anarchique....
tout est bon à lire « brut de coffre » chez Dimey


A lire ou relire, par exemple :
https://lespoetes.net/forumvoirtopic.php?t=19514

et puis celui-ci,  d'un érotisme tellement bon-enfant que même la censure n'y trouve rien de choquant (par les temps qui courent, faut s'méfier) :

Mémère

Mémère, tu t’en souviens, de notre belle époque,
C’était la première fois qu’on aimait pour de bon.
A présent, faut bien l’dire, on a l’air de vieux schnocks,
Mais c’qui fait passer tout, c’est qu’on a la façon.
Tu t’rappell’s ta guêpière, à présent quand j’y pense
J’en rigol’ tout douc’ment mais c’est plus fort que moi,
Comment qu’tu f’rais maint’nant pour y loger ta panse ?
On a pris d’la bouteille tous les deux à la fois.
Mémère, tu t’en souviens comm’ t’as fait des histoires
Pour me laisser cueillir la marguerite aux champs,
Et pourtant c’était pas vraiment la mer à boire,
Ça t’a fait des ennuis mais c’était pas méchant…
Tu t’rappell’s comm’ j’étais, je n’savais pas quoi dire ;
Y a des coups, pour un peu, j’t’aurais bien dit des vers.
T’as bien changé, mémère. Quand je vois ta tir’lire,

Comment qu’ça m’donne envie d’fair’ la route à l’envers !

Mémère, tu t’en souviens des p’tits diabolos menthe,
Des bouteill’s de mousseux du quatorze juillet !
Un éclair au café, j’veux bien mais faut qu’tu chantes !
Chérie, t’as renversé ton verre, faut l’essuyer.
Mon Dieu, c’est pourtant vrai que je t’app’lais chérie
Il n’faut pas m’en vouloir, mais je n’m’en souv’nais plus.
On parle des souv’nirs, mais c’est fou c’qu’on oublie.
J’te d’mande pardon, chérie, et qu’on n’en parle plus.

Mémère, si j’te dis ça, c’est pour te dir’ que j’t’aime,
Te l’dire comm’ ça, tout cru, c’était trop dur pour moi,
Mais au fond, j’suis content, j’vois qu’t’as compris quand même,
Et j’peux te l’dire, mémère, j’ai jamais aimé qu’toi...


Mon préféré à moi -
clin d'oeil à Macha




Ce message a été édité - le 19-06-2023 à 16:43 par Oxalys