De Verlaine et de la Rime

Par : Pierre Lamy
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Pierre Lamy

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Sur lespoetes.net, où les poèmes rimés sont très largement majoritaires, j'ai pu lire aujourd'hui un sonnet sans rimes et un poème en prose que j'ai, l'un et l'autre, beaucoup appréciés.

Ils m'ont fait repenser à cet autre poème, plus qu'abondamment rimé, que j'avais lu l'avant- veille.

Ce télescopage m'a remémoré cet avis de Verlaine :

Tu feras bien, en train d’énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l’on n’y veille, elle ira jusqu’où ?
 
Ô qui dira les torts de la Rime !
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d’un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?



Quand on sait ce que cet immense poète doit à la rime on ne peut qu'être interloqué.
À ceci près que Verlaine ne rejette pas la rime. Il se contente de l'assagir.

Dans une poème digne de ce nom, ce qui importe en premier lieu, c'est le texte. La rime, si rime il y a, n'est qu'un élément décoratif.
Lorsqu'elle est trop ostentatoire et/ou lorsqu'elle engendre un barbarisme, elle enlaidit le poème.

Qu'en pensez-vous ?





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Jim

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La qualité d'un texte repose sur un ensemble de procédés sans se réduire à l'un d'eux. Elle use de trucs - et ce n'est que ça - elle n'est pas le truc. L'esthétique de quoi que ce soit n'est pas la déco, la beauté d'un visage n'est pas son fard. La haute maîtrise technique permet l'accès à la simplicité. Il ne faut pas entrer en dépendance des moyens, juste utiliser ce qu'on juge bon. Ne pas être l'esclave d'un savoir-faire, substitué à l'à-dire. L'imperfection, c'est la mouche charmante qui souligne le sourire. Le must, c'est de cultiver en son jardin des plans d'imperfection. Ce pourrait être une définition de la... culture. Enfin, ce qui caractérise un poème, textuel ou autre, c'est l'envoûtement, la transe, car il accède directement au limbique, court-circuitant le cortex. Il est compris par l'émotionnel, la raison analytique intervenant après, si l'on en a l'envie. Un texte très intelligent qui ne chante pas n'est pas un poème, c'est une thèse (ou un simple exercice).



Ce message a été édité - le 28-02-2023 à 15:29 par Jim
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Pierre Lamy

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Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de cultiver l'imperfection. Elle n'a que trop tendance à émerger de son propre chef.
😉
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Jim

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Certes, juste que la mouche n'est pas grossière... 😉
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Kerdrel

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je suis d'accord la rime pour la rime n'a aucun intérêt surtout ceux qui usent de la rime léonine ne font que ressasser des formules usées jusqu'à la corde 😊
concernant ces quatrains de Verlaine, il ne pourrait plus l'écrire maintenant alors qu'on a rebaptisé "les dix petits nègres" et qu'on fait un procès d'intention à Hergé, seule la mouche bleue restera grossière à se repaitre de nos excréments 👋
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Machajol

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Pour ma part, je préfère le rythme et la fluidité des mots aux rimes parfois trop "lourdes" dans la poésie classique !

Les assonances, les allitérations, sont aussi bienvenues.

L'ensemble des mots donnent à la phrase poétique, comme des notes de musiques, son tempo !

Mais j'aime aussi lire les classiques quelquefois quand ils sont "légers" !


👋
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Machajol

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Pour ma part, je préfère le rythme et la fluidité des mots aux rimes parfois trop "lourdes" dans la poésie classique !

Les assonances, les allitérations, sont aussi bienvenues.

L'ensemble des mots donnent à la phrase poétique, comme des notes de musiques, son tempo !

Mais j'aime aussi lire les classiques quelquefois quand ils sont "légers" !


👋
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Machajol

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"la mouche" ... Jim, tu en as une sur la joue gauche !
la photo !!

👋


Je n'arrive pas à effacer le second envoi ...



Ce message a été édité - le 28-02-2023 à 17:21 par Machajol
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Jim

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Comme l'a dit Lélian: "de la musique avant toute chose".
Donc, le souffle, la respiration, la scansion ET, les assonances, allitérations et autres sonances bien réparties pour donner le rythme (sur les accents toniques) , et l'enchaînement des labiales, dentales, palatales, nasales et autres sifflantes. C'est pour cela qu'il faut dire les textes, prendre son temp pour sentir les mots rouler sur la langue et gonfler les joues pour les expulser comme Gillespie avec sa trompette. Sans oublier que chaque syllabe, associée à une note, possède sa propre durée, ainsi que les silences entre certaines.

Un potamôa disait:




Ce message a été édité - le 01-03-2023 à 20:01 par Jim
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Pierre Lamy

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Foin de ces rimes léonines,
empruntées au dico,
et qu'on utilise illico
pour épater Faustine.

" Ce ne sont que bijoux d'un sou "
Ainsi parla Verlaine,
entre deux tasses de verveine
chez les gens du dessous.

Balançons-les par la fenêtre.
Qu'ils aillent aux pigeons
du square où les écriverons
ressassent leur mal-être.


😉
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Salus

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Salut !
Concernant tes premières réflexions, Pierre, je ne suis guère d'accord avec toi ; cet excellent poème de Verlaine, à mon avis tient d'une espèce de bouffonnerie, un remake pastiché - et bref - de l'"Art Poétique" que Boileau nous asséna jadis ; ce texte, à mon sens, recèle autant de vérités verlainiennes que d'inventions éhontées, et quand on y lit que "l'impair" serait plus musical, ou que la rime n'est qu'un hochet, je pense tout simplement qu'il galège, contrairement au précepte " De la musique avant toute chose" que sa poésie suit de près, ou à sa tirade sur la nécessaire imprécision sémantique, ouvrant le texte à la muse du lecteur ; couac île en soie, comme dirait Lau, réécoutons ce magnifique morceau de musique littéraire, dont les deux dernières quartes comptent parmi les plus beaux vers qu'il m'ait été donné d'écouter :


Art poétique



De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Ou l’Indécis au Précis se joint.

C’est de beaux yeux derrière des voiles,
C’est le grand jour tremblant de midi ;
C’est par un ciel d’automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la couleur, rien que la Nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L’Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l’Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prend l’éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d’énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l’on y veille, elle ira jusqu’où ?

Ô qui dira les torts de la Rime !
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d’un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée
Vers d’autres cieux à d’autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure
Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym…
Et tout le reste est littérature.

Paul Verlaine, Jadis et Naguère (1885)
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Machajol

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Que ton vers soit la bonne aventure
Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym…
Et tout le reste est littérature.


Beau poème de Verlaine !

Les sens ; le goût (la saveur), l'odorat (les odeurs), l'écoute (musicale) , la couleur, etc ..

Je crois que c'est Paco Ibanez qui disait ça , tous les sens réunis dans un poème !

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Salus

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Oui ?
Et aussi :

(...)
" avec des rythmes instinctifs, je me flattai d'inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l'autre, à tous les sens. "
(...)

- Une saison en enfer - Rimbaud
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Pierre Lamy

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Salus,

Il me semble que tu as fait tien cet art poétique. C'est dans tes gloses que j'ai appris à faire rimer tendre et septembre. S'il t'arrive d'user de la rime léonine, c'est de façon ponctuelle et qu'en l'occurence c'est le meilleur choix. C'est ainsi que je comprends la notion de rime "assagie".

"Elle ira jusqu'où" me fait penser à ces poèmes où elle impose sa loi au détriment du sens et de la musicalité.

Verlaine était-il sincère ? ou au contraire, comme tu le suggères voulait-il se moquer de l'apparition des vers libres ?

❓
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Machajol

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Oh ! comment se moquer de l'apparition des vers libres !!

C'est comme en peinture lorsque l'abstrait est apparu , les classiques ont presque crié au "scandale" !