La poésie sur internet
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Par : Aviateur
Bonjour,
J'ai débuté la rédaction d'une pièce de théâtre en vers et je joue à respecter les mêmes règles d'écriture qu'Edmond Rostand dans Cyrano de Bergerac:
- Alexandrins
- Rimes plates
- Alternances de rimes masculines et féminines
Quelles autres grandes règles voyez-vous chez Edmond Rostand?
Voici le début de ma pièce. Vos avis ont une grande valeur pour moi.
https://lespoetes.net/forumvoirtopic.php?t=19459&page=1
Merci!
Aviateur
Posté à 07h57 le 02 avril 22
Ce qui serait bien, ce serait de présenter l'argument de ta pièce, un synopsis d'ensemble, combien d'actes, de scènes, résumer l'action dans chacun de ceux-ci, les lieux, les personnages, noms, titres, liens entre eux. Bien cadrer la durée, cela aide pour écrire et structurer, p.e. : 3 actes en 2 heures, soit 40 mn chaque acte. Et si 4 scènes par actes, cela te donne 10 mn par scènes. Cela permet, d'une part de fixer la taille de tes textes, d'autre part d'équilibrer, sans être rigide pour autant. Tu as alors le cadre dans lequel faire tenir ton propos, et tu sais d'avance où tu vas. Cela évite aussi le remplissage, le discours doit être serré, (même quand il est léger, d'autant plus dirais-je) ça s'impose tout seul dès qu'on se donne ce type de contraintes. Préciser sur quel événement historique ou quelle légende tu t'appuies. Essayer de respecter les trois principes d'unité de temps, lieu et action, cela présente l'avantage de faciliter leur gestion, sinon, on ne sait plus rapidement où on en est des méandres de l'histoire. Rostand prend ses aises avec eux.
Pour ce qui est du génie (1% d'inspiration, 99% de transpiration dixit Newton, ou Edison, ou peu importe)... si les auteurs attendaient d'en avoir, personne n'écrirait ; ce n'est pas une question intéressante. Ce qui compte, c'est de prendre son pied. Amuse toi bien. Je lirai ce que tu proposes.
Ah oui ! Lis à haute voix ton texte, joue le, à des jours différents de la semaine, tu repèreras très vite ce qui cloche et à partir de quel moment, ça sonne bien.
N'oublie pas, tu écris pour la scène, c'est à dire des gens qui bougent, par pour un gus enfoncé dans son fauteuil la pipe au bec. Bref, tu es Molière et non pas Proust !
D'une première rapide lecture (survol):
- attention à l'orthographe
- même remarque que Pierre Lamy sur le rythme et la césure : toujours accent tonique sur syllabes 6 et 12 pour l'alex classique. Autrement dit, tu peux écrire "Couvert d'une perruque / autant que ridicule", non pas "Sa laide perruque / cachait son cheveu rare".
Ce message a été édité - le 02-04-2022 à 17:55 par Jim
Posté à 09h04 le 02 avril 22
Merci beaucoup Jim pour ces conseils très précieux!
Etant un novice, et ayant un peu de mal avec les accents toniques, j'ai trois questions:
- Les accents toniques sont grosso modo ce qui marque les hémistiches quand on dit les vers, n'est-ce pas?
- As-tu une une méthode ou existe-t-il un outil en ligne pour identifier les accents toniques dans un vers? (j'ai visiblement trop tendance à les mettre là où ça m'arrange quand je lis le texte à haute voix)
- Quand Rostand coupe des vers en morceaux pour les faire dire par plusieurs personnages, il se libère assez souvent de la contrainte des accents toniques, ou je me trompe?
Merci!
Ce message a été édité - le 03-04-2022 à 03:38 par Aviateur
Posté à 03h37 le 03 avril 22
Ps: je vais m'en tenir à un temps de 24h, un seul lieu et une seule intrigue, même si j'avais prévu de prendre des libertés. Je préfère commençait dans les règles de l'art pour une première pièce, novice que je suis.
Aussi, j'ai découpé l'acte 1 en scènes (c'est mis à jours sur le forum). Cela aide à se représenter l'évolution de la pièce, effectivement.
Je ne souhaites pas faire des actes plus longs que ça pour l'instant. J'y prendrais moins de plaisir ^^. Ce sera donc une petit pièce. Qu'en dites-vous?
Posté à 06h09 le 03 avril 22
Je ne connais pas de tels détecteurs de pépites... 
En français, les accents toniques sont toujours situés sur la dernière syllabe d'un mot, sauf quand celui-ci contient un "e" final, en ce cas, l'accent est porté par l'avant-dernière syllabe.
Lorsque tu dis une phrase dans le langage quotidien, tu reprends ton souffle toutes les 3 ou 4 syllabes, ce qui se traduit par une pause et scande le rythme de ton énonciation. La marche et les chants de travail traduisent cela. On voit que danse, chant et discours se fondent sur cela, simple et primitif.
Dans un vers, on applique ces deux principes, ce qui structure ton vers en fonction de la répartition des accents toniques.
Dans l'alexandrin classique, tu positionnes quatre accents toniques, dont deux obligatoirement en fin et au milieu du vers (donc, pas de "e" en syllabe 6).
Dans l'alexandrin romantique, tu disposes de 3 accents toniques toutes les 4 syllabes.
Si ton vers ne respecte aucune de ces deux contraintes, il n'est pas alexandrin, c'est simplement un dodécasyllabe.
En combinant des mesures de 3 et 4 syllabes, tu obtiens tous les mètres voulus, p.e.: 4 et 3 (ou 3 et 4) te donnent un heptasyllabe, etc.
Dans une pièce versifiée, que le vers soit ou non coupé par la conversation, Rostand, et d'autres, répartissent toujours les accents toniques qui imposent le rythme en respectant ces canevas.
Par exemple :
J'entends, je viens, je pars, je serai bientôt là!
se compose de deux hémistiches, le second contient 2 accents en 9 et 12, tandis que le premier en contient 3, en 2, 4 et 6. (2/2/2 // 3/3)
Dans une conversation, j'aurai:
- Seras-tu bientôt là, mon frère ?
- ... Oui, je m'empresse! !
On voit que globalement, on a la structure 3/3 // 2/1/3.
Petite pièce ! Mais il existe de grandes petites pièces !
Je suis pour la méthode des petits pas, celle des montagnards peu mais bien, qui veut aller loin ménage sa monture, et patati et patata, etc.
D'abord, savoir construire une maison, ensuite s'attaquer au lotissement, même si l'on a prévu d'avance le plan d'ensemble.
Ecrire une pièce, c'est très difficile. Il y a beaucoup de romanciers, un peu moins de poètes, encore moins d'auteurs de théâtre (je ne parle que des bons...). Pourquoi, parce qu'il faut dans une démarche synthétique manifester les qualités des deux autres.
Rien ne t'interdit de t'appuyer sur un modèle à ton goût, que tu plagierais avant de t'en écarter. Imiter, c'est apprendre, c'est bien connu.
Ce message a été édité - le 03-04-2022 à 19:51 par Jim
Posté à 19h28 le 03 avril 22
Merci encore, Jim, pour ces conseils et ces explications.
J'apprends beaucoup.
Je vais maintenant regarder quelques représentations de pièces en vers et écouter les conversations contenant des vers coupés avec l'oreille scientifique.
Je vous tiendrai informé de l'avancée de mon projet.
Ps: Je suis au Canada, ce qui explique mes messages à des heures originales pour vous.
Posté à 06h39 le 04 avril 22
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