Des nouvelles de Boris...

Par : Jim
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Jim

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On a tous en soi quelque chose de ... Boris Pasternak

EPILOGUE


Non, ce mal ne vous vint pas de moi.
Je ne vaux pas que l'on oublie sa terre.
C'est le feu du soleil brûlant sur l'encre noire
En gouttes de cassis englué de poussière.

Au sang de mes écrits au centre de mes songes
La cochenille se logea.
Elle m'est étrangère, la pourpre qui ronge :
Non, ce mal ne vous vint pas de moi.

C'est le soir tout sculpté de poussière écarlate,
Ses baisers, das le pollen et l'ocre étouffés,
C'est la nuit qui vous tâtait le pouls ; au-delà
De la haie, c'est vous, dont la face s'offrait
A la steppe, et flottait sur l'enduit des barrières
Inondées de pavot, de pénombre et de terre.

C'est les tavelures du torride été rond
Sur les mares, comme des noms sur des bagages,
C'est l'été qui marqua les mariniers au front
Et qui brûla vos cols et vos corsages

Ce sont vos cils collés de trop vive lumière,
Le disque ensauvagé, dont la corne ruée
Sur le clos, tête basse, effondrait l'échalier,
Le couchant bourdonnant, escarboucle égarée
Dans vos cheveux, et s'éteignant au soir tombé,
Dans un essaim d’œillets et de fraises vermeilles,
Ce n'est pas moi, c'est vous, oui, votre beauté.

Ma sœur la vie – Été 1917

FESTINS


Je bois la tubéreuse amère et l'amertume
Des cieux d'automne et de tes trahisons,
Des soirs, des nuits, des assemblées nocturnes,
Votre amertume humide, ô strophes-pâmoisons.

Suppôts des ateliers, nous déclarons la guerre
Au pain quotidien, n'aimant que les banquets.
Le vent inquiet des nuits est l'échanson des verres
Bus à ce qui peut-être n'adviendra jamais.

Hérédité et mort ont part à nos agapes
Et quand l'aube rougit les arbres par le haut,
L'anapeste-souris furète sur la nappe
Et Cendrillon, pressée, reprend ses oripeaux.

Le sol est balayé, époussetés les restes,
Lee vers est apaisé comme un baiser d'enfant,
Et Cendrillon s'enfuit, en fiacre les jours fastes,
Quand elle est sans le sou – à pied tout simplement.

Le commencement (1912 - 14)


NUIT D'HIVER


Pour réparer le jour les lampes ont beau faire,
Les ombres pour lever les voiles de janvier.
C'est l'hiver. La fumée des bûchers s'exaspère
En vain à redresser les bâtiments fauchés.

Beignets gonflés des toits, pains ronds des réverbères,
Et sur la neige un pan de mur en noir sur blanc.
Je suis le précepteur dans la maison des maîtres.
Mon élève est allé dormir. Et l'on attend

Personne. Je suis seul. Ma portière est tirée.
Le trottoir raboteux. Le porche enseveli.
Paix, ma mémoire ! Adhère à moi. Sois assurée
Que nous ne faisons qu'un, et m'en assure aussi !

Tu me reparles d'elle ? Autre chose m'inquiète :
Qui lui a dit le jour, l'a mise sur la voie ?
C'est de là que tout est parti. Et tout le reste,
Par sa grâce à présent ne m'intéresse pas.

Le trottoir raboteux.la neige ravinée.
Les bouteilles gelées des glaçon noirs et nus.
Et sur la cheminée l'insociable fumée,
Tout en plumes, paraît perchée comme un hibou.

Le commencement (1912 – 14)


LA TEMPETE


1


Dans ce bourg où nul pied jamais ne se posa,
Sinon de tempêtes ou bien de sorcières,
Dans ce coin maudit où somnolent les neiges
Comme mortes, un pied vint un jour et marcha.

Attends, dans ce bourg où nul pied ne passa,
Sinon de sorcières ou bien de tempêtes,
Quand un pied passa un fragment s'envola,
Avaloire égarée au-dessus des fenêtres.

On n'y voit rien du tout, mais ce bourg-là, pourtant,
Pourrait être en ville, faubourg moscovite,
Ou bien près Zamosty (à minuit pénétrant
Chez moi, l'invité s'éloigna au plus vite).

Écoute, en ce bourg où ne passèrent guère
De pieds, il ne vit que de vils scélérats,
Les feuilles de tremble sont tes messagères
Sans voix, comme spectres plus blancs que des draps !

Courant et frappant les portails alentour,
Partout regardant, une trombe de pas...
- Ce bourg, cette nuit, tu ne les connais pas,
Tu t'es égaré, toi, veilleur de bourg.

Mais tu m'as soufflé, toi veilleur, en tous cas,
Dans ce bourg où ne vient pas le moindre bipède...
J'ai perdu mon chemin, j'aurai bien besoin d'aide,
- Ce bourg, cette nuit, je ne les connais pas.

2


Sur les portes, des croix, comme pour une nuit
De Saint-Barthélemy. Sévère est la consigne ;
La fenêtre est comblée et le carreau fleurit :
Un sain de Noël – l'enfance se résigne.

Les boulevards ont fait le serment d'irriter
Les humains. Leur complot sans feuillage fulmine.
Au point de ralliement, la ville ! Il faut quitter.
Et la tempête fume, entraînant la vermine.

Des cristaux malvenus déboulent dans les mains.
La neige me fait peur en ses débauches blanches.
Les flocons sont luisants comme des fanaux nains ;
Passant, on te connaît ! Et vous aussi, les branches !

L'éclaircie apparaît à travers les motifs
Du blizzard. Coligny, nous avons ton adresse !
Des cris, des coutelas : vous voilà, les captifs
Du confort ! - une croix à la craie, en vitesse.

Ils se mettent debout et leur camp est construit,
Ces bas-fonds, cette écume en tempête fébrile.
Les neveux rejoindront les grands-oncles. La nuit
De Saint-Barthélemy ; Hors les murs ! Hors la ville !

(1915 – 1928) - Par-dessus les obstacles