Trop longs sont à mûrir les fruits de l’arbre-souche.
Ils boivent une eau noire, impure et sans clarté,
Patiemment extraite au sous-sol écarté,
Et tombent tard, hélas, pour les dignes de bouche.
Il faut pouvoir entendre en soi la voix du fleuve,
Le désert qui se plaint, répondre à sa clameur,
Traverser sa tempête en habile rameur,
Tenir loin les désirs, ceux que l’envie abreuve.
Sois béni, ô grand prince, enseigne-nous à voir,
Montre aux pauvres la route et les fins assouvies
Qui mènent à l’éveil, Sublime aux mille vies !
Puisse-tu, dans ton temple, enfin nous recevoir,
Nous qui t’avons toujours contemplé en lisière,
Ô Siddhartha, le seul qui connut la lumière !