ORIGINE DE L'YSOPET
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En dehors de ces citations ou allusions littéraires, l’apologue semble avoir vécu une vie essentiellement orale, dans les banquets, mais aussi dans les tribunaux, où Aristote nous a rapporté qu’il appartenait à l’arsenal de persuasion de l’orateur bien formé. En tout cas, aucune collection écrite n’a été conservée, ni n’est même mentionnées pour cette période.
Ce n’est véritablement que dans la deuxième moitié du 1er siècle av. J.-C., avec l’œuvre d’Horace que s’impose véritablement le renouveau de la fable. Le poète latin, dote les lettres latines d’une poésie à la fois familière, nationale et religieuse. Ses satires, ses odes et ses épîtres d’apologues, dont certains, comme "Le rat des villes et le rat des champs", sont d’une grande qualité littéraire. Il est reconnu pour être un modèle des vertus classiques et de mesure. Il a multiplié les allusions à la tradition ésopique.
Cela ne doit pas faire occulter l’immense travail de l’esclave Thrace, Phèdre, qui avait été amené très tôt à Rome, et affranchi par Auguste qui avait une grande admiration pour lui. Il a composé cinq livres importants de fables ; elles ne nous sont pas parvenues, hélas, dans leur intégralité. Nos grandes bibliothèques nationales n’ont pour référence qu’environ cent vingt-quatre de ses pièces, les autres ayant été irrémédiablement perdues au cours des siècles. Son entreprise poétique était ambitieuse, dans un style élégant, ciselé et concis. On peut aujourd’hui dire que Phèdre a entièrement renouvelé l’apologue ésopique en inventant de nouveaux sujets, et en réinventant les autres, qu’il a transposés sur un plan éthico-social ; on ne parlait pas encore, à l’époque, de la sociologie de la littérature. Victime de ce que l’on peut considérer comme une des plus grandes injustices de l’histoire de la littérature latine, mais sans doute aussi parce que son œuvre, à cause des allusions politiques contenues dans certaines pièces, lui ont valu quelques ennuis, Sénèque n’hésitant pas à affirmer que la fable n’avait jamais été pratiquée à Rome.
Babrius, un romain hellénisé, qui vécut dans la partie orientale de l’Empire, semble avoir été légèrement postérieur à Phèdre (deuxième moitié du 1er siècle ) prétend avoir été le premier à mettre les œuvres d’Ésope en vers élégants ; les quelques cent quarante fables conservées par Babrius constituent une œuvre poétique de premier choix, aussi originales que celles de Phèdre, mais dont l’apport décisif concerne la virtuosité de sa versification, ainsi que la dramatisation et l’humour de ses récits. Là aussi, nous ne possédons qu’une infime partie de son œuvre, Contrairement à Phèdre, Babrius connût le succès, et ses récits, dès le IIIème, figurent dans les anthologies scolaires.
Les écoles de rhétorique, il convient de le signaler, ont joué un rôle primordial dans la diffusion de l’apologue dont les principales collections étaient destinées à l’enseignement. C’est ainsi que plusieurs recueils spécialisés, comme ceux de Dosithée, comprenant seize fables du Ve siècle, ou encore les œuvres d’Aphtonius (quarante fables, même époque), ont été précieusement conservées.
Le Moyen Âge, pour sa part, n’a connu qu’un nombre restreint de fables de Brabius, à travers l’œuvre d’un de ses plus illustres imitateurs, en la personne d’Avianus. Ce dernier a composé quelques quarante-deux fables en distiques élégiaques, vers 400 après J.-C,. Mais sa contribution demeure mince, car son style était assez médiocre. Cela ne l’empêcha pas de connaître un succès considérable dû, en grande partie, à la diffusion de la tradition ésopique dans les écoles. Comme sa versification n’était pas très élaborée, contrairement à celle de Phèdre, aux sujets plus fouillés, cela la rendait plus accessible pour servir à l’enseignement, et pour figurer, en bonne place, dans les listes d’auteurs scolaires du Moyen Âge, loin devant Cicéron ou Horace.
Il est bon de rappeler que les fables d’Avianus ont, non seulement, au cours du temps, été abondamment recopiées, mais aussi particulièrement augmentées de moralités nouvelles et, surtout, de réécritures. Marie de France, Vincent de Beauvais, ainsi que l’abbé de Cirencester Alexandre Neokam, contribuèrent au développement de l’Ysopet ; Alexandre Neokam composa, à lui seul, quarante-deux fables, dont trente-sept remontent aux vieux fonds du « Romulus » et les cinq autres, vraisemblablement, à divers textes phédriens.
Les recueils ésopiques sont, généralement, composés de récits très divers, faisant référence aux histoires d’animaux ou d’humains, contes réalistes ou merveilleux. La fable apparaît caractérisée par trois traits principaux : récit fictif, allégorique et didactique. Ce n’est qu’en 1180 que Marie de France donne au mot "fable" le sens de récit ésopique, non sans éprouver le besoin de le justifier : - "Mais il n’y a de fable si légère qui ne présente des leçons de sagesse contenues dans les moralités qui les suivent et qui portent la signification profonde des récits". Elle affirme, de la sorte, la valeur didactique des fables, dont la leçon est explicitée dans la moralité qui fait suite au récit. Sans doute souhaitait-elle, ainsi, réhabiliter un genre considéré jusqu’alors comme mineur.
S’il existe de belles fables, disait un spécialiste de l’époque, c’est qu’elles sont porteuses d’une leçon. Les prologues des ysopets, comme ceux des recueils latins depuis Phèdre, affirment la valeur édifiante des fables. Leur leçon est explicitée sous la forme d’une moralité placée à la tête (promythium) ou à la fin du récit (epimythium) ou encore implicite.
Enfin, la fable est un récit allégorique car les personnages sont allégoriques, en ce sens qu’il représentent d’autres êtres qu’eux-mêmes. La meilleur définition est certainement celle de M. Ellwood Smith : - "La fable est un récit court, à l’évidence fictif, destiné à inculquer, par la représentation symbolique de types humains, des leçons de morale pratique et d’éthique". (in : « Journal of English and Germanic Philology » (1909)
ANDRÉ
Ce message a été édité - le 17-03-2021 à 18:52 par Laugierandre