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L'autodidactisme face à la formation (Article)

Par : Laugierandre

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Laugierandre

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L'AUTODIDACTISME FACE À LA FORMATION.

"Les Poètes sont des hommes qui refusent d'utiliser le langage" disait Jean-Paul SARTRE.

La poésie, expose sans doute plus d'idées profondes que la philosophie, celle-ci ne servant que la raison, rigide et sévère, privée de cette imagination, de l'enthousiasme et de l'inspiration divine. Ces moyens, mis à la disposition du Poète, vont plus loin dans la sensibilité humaine. La poésie n'est pas coupée du monde, pour autant : elle reflète la société. Elle l'exprime en une idée de rapidité et de douceur à la fois.

"Il faut que le son et le sens ne se puissent séparer et se répondent indéfiniment dans la mémoire" Paul VALÉRY. Par conséquent, la poésie vient remplacer la philosophie lorsque celle-ci s'épuise et échoue à proposer des réponses.

La poésie est autodidacte car elle dépend de l'inspiration qui est un don. Et l'inspiration est innée. On naît Poète, contrairement à la prose qui demande un véritable travail : on devient prosateur, on apprend à le devenir. C'est pour cela que les Poètes échappent aux lois des grammairiens. Ils font, avec la langue dont ils usent, tout ce qu'ils veulent. Le Poète est un "mélomane-écrivain" puisqu'il recherche, avant tout, dans sa composition, une expérimentation musicale, pragmatique, astucieuse et efficace, mélodieuse et sacrée. Une sorte de résonance qui exprime des idées ou des sentiments, en se préoccupant du rythme, des mesures, des assonances, des allitérations.

Dans cette forme d'auto-apprentissage (ou d'autoformation), l'autodidacte Poète ou poète confirmé, poursuit son interminable chemin dans la culture dominante, parallèlement à une hétéro formation active dans le creux de l'activité quotidienne, en exerçant son "apprentissage" aux faveurs, bien souvent, d'une formation nocturne, si précieuse, permettant d'advenir à ce que le temps de la journée, habituellement préréglé et pré-usiné, étouffe et canalise.

L'autodidacte remplit aussi, bien sûr, tous les espaces vides de la journée tant son désir et sa volonté lui permettent ces "parenthèses" à potentialités auto-apprenantes. C'est dans ces moments là où il se trouve le mieux confronté à lui-même, en une sorte d'auto-examen, qu'il peut reconstituer son énergie pour parvenir à son but. Ceci explique la motivation et le mécanisme de son aspiration au savoir. Toujours désireux de changer le monde, le Poète commence par changer la langue et par refuser de s'enliser dans l'usage instrumental de la linguistique. Il poursuit imperturbablement son travail méthodique pour détourner le langage rhétorique dit délibératif, "ne se laissant entraîner par l'attirance trompeuse d'une recherche linguistique froide, figée bien souvent dans l'incompréhensible, et dont quelques intellectuels d'avant-garde se torturent et se minent l'esprit, tout en se croyant être l'élite d'aujourd'hui, alors que demain, sans remords, les oubliera", comme dit Gilles SORGEL, dans son "Traité de prosodie".

Jean-Paul SARTRE, toujours lui, dans "Qu'est ce que la littérature ?" 1947. Ed. Gallimard, a écrit : "Le Poète s'est retiré d'un seul coup du langage instrument ; il a choisi une fois pour toutes l'attitude poétique qui considère les mots comme des choses et non des signes.[…] l'homme qui parle est au-delà des mots, près de l'objet ; le Poète est en deçà. Pour le premier, ils sont domestiques, pour le second, ils restent à l'état sauvage."

Par son acquisition "sauvage" de savoirs en dehors des institutions éducatives, qui font toujours paraître, plus ou moins suspecte aux yeux des détenteurs du savoir légitimé, le Poète (l'autodidacte) reçoit et renvoie en un écho immédiat les dysfonctionnements sociaux, que ce soit sur le plan scolaire ou sur celui, plus général, du fonctionnement de la société.

Richard HOGGART utilise un terme élégant et évocateur pour qualifier les autodidactes, par une belle métaphore : "Ils sont l'antenne sensible de la société".

N'oublions pas, et je m'adresse à tous les lettrés ayant un goût affirmé pour les activités de l'esprit, que l'autodidaxie n'est pas uniquement le fait de sujets peu ou pas scolarisés, puisqu'elle peut concerner chacun d'entre nous, qu'il ait, ou non, effectué de longues études, ce qui permet de détacher l'autodidaxie de cette image dont se plaisent à ironiser certains érudits sous le couvert d'un sourire dédaigneux et crispé. Ils pensent que l'autodidacte manque de formation et fait fausse route, l'enfermant ainsi dans une connotation "misérabiliste" ou prolétaire.

On peut comprendre l'agacement à l'égard des autodidactes fiers de leur réussite, et qui sera ressentie par "certains" intellectuels comme des gens ayant acquis par leurs propres moyens une position, et pouvant discuter d'égal à égal en le faisant savoir. Que ces inconditionnels de la culture enseignée, bardés d'une panoplie de diplômes, et ayant acquis leur notoriété dans les livres préfabriqués sur les bancs des Universités, sachent qu'être autodidacte, chez le Poète, comme dans tout autre discipline, est l'essence même des philosophes. L'autodidacte refuse d'être "formaté" en prouvant que par soi-même l'on peut gravir les échelons de la société et de la connaissance, et franchir les montagnes sans avoir appris à fabriquer des chaussures à crampons.

Il est possible de trouver les connexions nécessaires pour s'épanouir à son "apprentissage" en dehors d'une chapelle unique.

Henry FOURÈS, spécialiste de l'Histoire de l'Art au C.N.S.M de Paris, à l'Académie de Vienne, et à l'Université de Berlin, a donné une excellente définition, lui aussi, sur les autodidactes face à la formation classique :

"Dans sa configuration la plus aboutie, et ce n'est pas un paradoxe, l'autodidactisme est peut-être l'expression de l'attitude la plus professionnelle, quel que soit son champ d'expression esthétique."

"La poésie se fait dans un lit comme l'amour
Ses draps défaits sont l'aurore des choses
La poésie se fait dans les bois
[…]
L'étreinte poétique comme l'étreinte de la chair
Tant qu'elle dure
Défend toute échappée sur la misère du monde."

André BRETON. (Sur les routes de San Romano. 1948)

Le Poète, parce qu'il est autodidacte de cœur et d'esprit, impose son œuvre librement à la Nature, libéré des carcans de l'étude scientifique du langage. De ce fait, il la modèle à sa guise, lié au seul plaisir de la simplicité et de l'authenticité des mots, de leur musicalité, et heureux d'avoir découvert une ressemblance entre deux objets, de rassembler ces deux objets, faisant de l'un l'image de l'autre, les mettant en rapport. Ce qui distingue l’autodidacte de celui qui a fait des études, ce n’est pas l’ampleur des connaissances, mais des degrés différents de vitalité et de confiance en soi.

ANDRÉ


Sources : La Poésie. J. Louis JOUBERT. Armand Colin. Cursus. 1998.

Précis des figures de style. Christine KEIN-LATAUD. Ed du Gref. 1991.

Qu'est-ce que la littérature ? Jean-Paul SARTRE. Gallimard.)






Ce message a été édité - le 29-01-2021 à 18:35 par Laugierandre

Posté à 18h35 le 29 janv. 21

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Kerdrel

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"La poésie est une langue à part que les poètes peuvent parler sans crainte d'être entendus, puisque les peuples ont coutume de prendre pour cette langue une certaine manière d'employer la leur. "
Jean Cocteau

Posté à 19h30 le 29 janv. 21

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Laugierandre

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Bonjour KERDREL,

Très belle et indéniable citation. Victor HUGO, de son côté, affirmait :"Les grands artistes ont du hasard dans leur talent et du talent dans leur hasard". Ce qui pourrait être interprété par le fait que "ce langage à part" ne sait pas qu’il sait puisque les savoirs qu’il construit comme tout un chacun ne le sont généralement dans aucun champ de reconnaissance institutionnalisé.

MERCI pour ton partage, ton intérêt et ta bien appréciée Amitié.

Passe un bon week-end, mon Cher KERDREL.

ANDRÉ

Salut Salut Salut

Posté à 10h19 le 30 janv. 21

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Arcane

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Subterfuge poétique ou bien stratagème
Menant le naïf éperdu dans cette vie
En faisant lire les dits nobles Poèmes
Que rêveurs répandent à l'envie !

Il retrouve , enfin le réalisme ...
Après avoir fermé le livre
Parfois se reconvertit au bouddhisme,
Et des compendiums ... il s'enivre !

Serait ce, véritablement à affirmer
Qu'infirmes nous sommes
A vouloir reconnaitre et confirmer
La faillibilité de nos chromosomes ...


Ce brillant Victor , auto dit d'actes
Indépendant ! il le fut toujours
Quitte à assumer la déclaration de ses actes
Dans une prison et sans recours


Coucou clindoeil

Ah ! faute de machine très très fatiguée

clindoeil



Ce message a été édité - le 01-02-2021 à 11:59 par Arcane

Posté à 10h28 le 30 janv. 21

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Laugierandre

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Nous sommes tous sujets à l'erreur, LUCIENNE. Souvent, elle est constructive, nous permettant de corriger la marche à suivre pour éviter la récidive. Comme on dit, une fois, c'est une erreur, deux fois, c'est une mauvaise habitude.

Attention, j'ai vu 2 erreurs dans ces quatrains :

- Après avoir "fermé" le livre...
- "Serait-ce", véritablement à affirmer...

Sourire

Très bon début de semaine.

CARPE DIEM

ANDRÉ

Salut Salut Salut

Posté à 11h18 le 01 févr. 21

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Jacques AADLOV - DEVERS

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Encor en passant d’un bref survol, entièrement d’accord avec cette réflexion menée avec brio quant à l’inspiration donnée versus technique et apprentissage.

Pour en témoigner de ma petite expérience (sic !), oui, c’est un don, surprise que le ciel nous fait, un bon jour, sans nous demander la permission… quid de plus, avec une arrière pensée de mission autodidacte. Car pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion d’une formation littéraire spécialisée, le territoire linguistique est vaste et semé d’embûches…

Le poète c’est un génie appart…il parle seul sa langue et souhaite que tout le monde le comprenne !
Après, ce qui importe c’est le chemin… de l’auto perfection et la sage auto dérision lorsque la pente semble trop rude…Ne jamais abandonner, le credo de l’alpiniste et la joie que ses propres mots arrivent à créer dans son Ame !

La poésie étant selon quelques sages la musique de l’âme, il ne faudrait pas s’en priver de syllaber son alpha-bète. Oui, le poète c’est un autodidacte enseigné en secret par le sublime…


CARPE DIEM !

Puis bonus le secret de ma technique

Ma chute poétique


Je passe par là et je regarde
Ces « drôlestises » que j’écris
Vous êtes charmants, aucune brimade
Amis lecteurs, vous l’avant-garde…
Critiques si sublimes et gentils…

Dans l’atmosphère douce, s’éthérent ( !)
Fautes de grammaires à gogo…
Si vous saviez, tous, mon mystère heureux
Ils resteraient trois mots sur terre :
- Liter, aphone et rigolo !

J’invente des verbes, des adverbes
Pour moi superbes, ces novo mots
Et dans ma tête, nouvelle planète
Le troisième jour (ils me restent quatre…)
- Je Crée maintenant les animaux !

Il faut attendre, pour vous surprendre
La fin, où, trop risqué, souvent
Je saute… ! O, Ciel, sans trop attendre
Pour dire Bonjour au Grand Seigneur
Dans Ses Hauteurs, à même le vent !

Pour vous ramener des petites splendeurs
O, le bonheur de ces moments…
Légères, comme pisse en lit, qui volent
Et s’accrochent sur mes épaules
Lorsque je vrille, en tombant…

Dans ces rêves un peu bizarres
D’une forme absconse où je m’écris
Fragiles poèmes qui s’égarent
De l’Âme sublime de l’Infini
Et par-dessus ma tête, transe-dansent

Comme des oiseaux, ces petites étoiles…
Vertes roses, joyeuses, ahuries
Qui tournent autour… O, charmant voile
A travers lequel je vous regarde…

(Un peu inquiets… et par mégarde
Appelant le « 15 » de l’esplanade !)

Puis rigolant… de mes soucis…

Mdr Coucou Salut



Ce message a été édité - le 04-02-2021 à 20:13 par Attention

Posté à 20h12 le 04 févr. 21

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Laugierandre

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Bonjour JACQUES,

J'ai bien aimé ce résumé qui condense toute la sagesse de l'expérience personnelle dans l'apprentissage. Être autodidacte, avant tout, c'est être libre. Ce n'est pas l'ampleur des connaissances qui est le plus important, mais les degrés différents de vitalité et de confiance en soi.

"Après, ce qui importe c’est le chemin… de l’auto perfection et la sage auto dérision lorsque la pente semble trop rude…Ne jamais abandonner, le credo de l’alpiniste et la joie que ses propres mots arrivent à créer dans son Âme !

Charmant poème illustrant la quête personnelle, sans se prendre au sérieux, pour le plaisir simple de jouer avec les mots, dans l'entière liberté d'expression.

MERCI BEAUCOUP pour tes interventions ponctuelles.

Passe un très bon week-end.

Chaleureuse Amitié marseillais.

ANDRÉ

Salut Salut Salut

Posté à 11h10 le 06 févr. 21

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