traduction du titre the Gambit's Queen
Ce roman est achevé en 1983 par Walter Tevis (1928 / 1984), auteur de science fiction et de polars, ainsi que de scénarios, connu pour ses romans : « L'arnaqueur » porté à l'écran par Robert Rossen (1959), « L'oiseau d'Amérique » (prix Nébula du meilleur roman en 1980), « L'homme qui venait d'ailleurs » (1976) mis en scène par Nicholas Roeg, et « La couleur de l'argent » entre les mains de Martin Scorsese (1986). Scott Frank et Allan Scott ont cette année réalisé le présent roman sous forme d'une série diffusée sur NetFix que je ne fréquente pas ; le foin entretenu pour promouvoir ce film m'a amené à relire ce bouquin que j'avais découvert en 98, dans une librairie spécialisée sur divers jeux sise rue Saint André des Arts à Lutèce. J'espère qu'elle existe toujours.
Passionné d'échecs, Tevis raconte l'histoire, dans les années 50/60, d’Élisabeth Harmon, placée à huit ans dans un orphelinat sordide suite au décès de sa mère. Déstabilisée, angoissée, elle trouvera soulagement dans l'alcool et les tranquillisants. Ce jeu ouvrira la sortie grâce au concierge de l'établissement, joueur solitaire, qui le lui enseignera. Adoptée, elle finira par participer à diverses compétitions, son talent s'affermissant. Nous suivons son évolution, ses doutes, sa lutte contre l'addiction, ses expériences de l'échec, de la perte, du deuil et de la solitude, comment l'enfant devient une jeune femme, dont le talent reconnu la mènera, bien que l'univers échiquéen soit machiste mais fair-play, jusqu'au championnat du monde face au tenant du titre, un russe... référence à la guerre froide inévitable, quand les blocs jouaient à celui qui aura la plus grosse (échecs, jeux olympiques, course à la Lune, et autres enfantillages).
Toute l'histoire de Beth s'appuie sur ce jeu pour évoluer psychologiquement et sociologiquement de la gamine de huit ans à la jeune adulte. Sa maîtrise grandissante du jeu s'avère la trace de son évolution personnelle. L'échiquier, tout à la fois métaphore et vécu, qu'elle voit sur le plafond est la fenêtre d'évasion qui lui permettra de réintégrer le réel. Rien de trash dans ses addictions qu'elle s'applique à réduire, dont les causes sont fournies, ni dans sa normale découverte érotique. Elle ne souffre d'aucune maladie mentale, elle est juste très intelligente, sensible et intériorise beaucoup, malgré des vagues de colère. L'aventure intérieure du joueur est aussi abordée, ce défi permanent à relever qui définit nos existences : n'en prend-t-elle pas "pour perpète", comme le lui dit, à son entrée à l'orphelinat, son amie Jolène ?
L'auteur, pour écrire ce livre, a été conseillé par trois amis excellents joueurs, ainsi que par l’entraîneur Bruce Pandolfini, raison pour laquelle les parties décrites sont réalistes. Tous les personnages sont fictifs, bien que construits à partir de réels, en particulier, de la propre expérience de joueur et d'alcoolo de l'auteur. Toutefois, nul besoin de connaître ce jeu, l'ouverture sicilienne et ses variantes, pour que ce roman vous emporte.
Ce message a été édité - le 29-11-2020 à 19:51 par Jim