La poésie sur internet
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Par : Jim
3 - La promise
Ce matin là, Pafinaude cherche Belergot pour lui remettre une lettre de sa mère Poularde. Elle en connaît le contenu, Poularde l'en ayant avertie. Tout cela la rassure. Poularde enjoint son fils chéri de répondre favorablement à sa requête, son vif désir de le voir épouser Pafinaude, ainsi qu'il en avait été décidé, quand il n'était encore qu'un joli poussin rondouillard, afin de perpétuer l'unité de leurs anciennes familles, autrefois rivales, en une seule grande et belle. Et puis, elle aimerait câliner les poussinets qui naîtraient, leur apprendre à gratter le sol pour dénicher tant un ver, tant un petit caillou pour consolider leurs gésiers. Tout cela s'apprend avec patience et minutie, ces autres noms de l'amour gallinesque. Mais elle ne trouve Belergot, et demande à tel ou tel jeune poulet en vadrouille. Ils la connaissent bien, la taquinent sur ses yeux pervenche, ses plumes de jeune fille sage, résolue à tenir les projets que ses parents ont voulu pour elle. Lors de sa naissance, l'imagination, ce dard du désir, lui a été fournie quelque peu émoussée. Bien que les plaisanteries gaillardes de ces galopins soient innocentes, Pafinaude s'inquiète, s'effraye, et s'esquive tremblotante, avec ce lancinant leitmotiv en tête dont elle ignore la cause : «Me direz-vous maman ? Mais que me veulent-ils ? Mais que me veulent-ils ? » Tous savent qu'elle cherche Belergot. Il finira bien par l'apprendre !
4 - Rivalité et séduction
Quand on n'est pas de la Haute, il faut bien gagner son grain quotidien. Nombreuses sont les jeunes poulettes qui pourvoient à cela en travaillant dans la cornufacture, sise sous l'auvent de la cour, où, sous leurs ailes, des joints sont roulés. Car les poulets de tout le pays sont de sacrés fumeurs, et la réputation de la fabrique locale s'étend bien au-delà de leur Cour, tant en raison de la qualité de ces joints d'agréable senteur, que par la joliesse des poulettes, ces jointières bien connues dont tous ces fiers gaillards, aimant la pavane, guettent la sortie une fois venu leur temps de repos.
Libre, Gringalette ne s'attarde sur aucun poulet en particulier, elle laisse courir des rumeurs fausses sur son compte, qui assurent sa célébrité, sachant que cela ne changera rien à sa réalité, mais que cela permet à des malheureuses de l'être un peu moins le temps d'une médisance. Bécotine craint que Belergot ne la regarde pas, subjugué qu'il serait par Gringalette si l'un des deux remarquait l'autre. Cette peur suffit à sa colère. Dans la cornufacture, toutes s'activent, mais leurs regards se croisent. Gringalette se rit des inquiétudes de Bécotine, tandis que celle-ci enrage d'impuissance. N'y tenant plus, elle se jette sur sa rivale toutes griffes dehors. Anticipant, Gringalette, sans se départir de son sourire, feinte, et lui décoche au passage trois petits coups de bec bien secs, juste au-dessous de la paupière droite. Stupeur de Bécotine qui se retourne en hurlant :
- Tu m'as défigurée ! Tu vas voir !
- Mais non, personne ne verra la différence...
- Salope ! Je vais te...
- … et tu me remercieras plus tard, cela te donne un certain caractère !
Alerté par ce tohu-bohu, Belergot se pointe, séparant les adversaires et, remarquant les trois petites gouttes de sang sous l’œil de Bécotine, prend sa défense, celle-ci, bien aise de cette occasion d'être remarquée par son élu, en rajoutant dans le rôle de la victime.
- Encore en train de terroriser tes consœurs, Gringalette ! Où donc te mènera ton besoin de domination ?
- Ce besoin là ne me mènera nulle part, car je l'ignore. Sans doute un autre me mènera quelque part, j'ignore lequel et ne sais qui me le découvrira, toi peut-être ?
- Garde tes sous-entendus pour toi, Gringalette,...
- Il n'y a aucun sous-entendus, bien que, tu ne sois pas si mal, en colère, ta crête carmine !
Gringalette a de la verve, le verbe facile. Sa parole est plus redoutée que la sentence d'un juge, et ses silences entendus comme autant de condamnations. Elle est vive, rapide, de parole et d'esprit. De plus, elle a la griffe leste. Autant de qualités qui provoquent la crainte des unes, l'admiration des autres. Toutes les poules lui envient ses plumes magnifiques. Quant à sa taille, ses rivales, vertes de rage, la lui reconnaissent comme plus fine que celle d'un hanneton. Elle aime à prendre des bains de Lune sous laquelle ses plumes resplendissent. Plus dorées que celles des faisans qui la jalousent, les poules envieuses, tout en regardant ailleurs à son passage, la provoquent en chuchotant : «Tu faisandes !»
Moins par désir que par défi, elle charge son regard de tout ce qu'un coq de cet espèce peut souhaiter y lire, le nargue d'un haussement d'aile puis, afin de ferrer mieux sa proie, elle, qui connaît jusqu'à la nausée l'histoire des armoiries chanteclariques, lui lance un épi qui lui tape dans l’œil. Puis, mollement, elle passe près de lui, le frôle. Il l'entend fredonner :
L'amour est une poulette rétive
Qu'il n'est guère facile d'attacher,
Qu'il ne faut surtout pas croire chétive,
Et qu'aucun ne peut d'un ver acheter.
... à suivre...
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Ce message a été édité - le 29-08-2020 à 02:08 par Jim
Posté à 16h09 le 17 juin 20
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