LES MOTS RÉTROS
"J'aimerais être lu tant que la langue vivra". Cette confidence de FLAUBERT nous rappelle qu'une langue peut un jour disparaître à jamais. Et Émile LITTRÉ, plus récemment, comme en réponse à cette préoccupation, écrivait à son tour : "Il faut encourager les efforts contre la désuétude des mots dignes d'être conservés".
Tel est le but de ce nouveau salon qui n'a pour motivation que de rappeler quelques mots qui plaisent par leurs sonorités, laissant imaginer une francité phonétique attachante. En effet, on aime et on désire une langue d'abord pour son lexique. Les mots condensent en eux toute la sensualité de la langue, et l'étymologie représente la trace narrative de la VIE du mot, le compte rendu de ses extraordinaires aventures.
Tout comme l'amateur du langage, le Poète entretient avec sa langue une relation fusionnelle, passionnée (affectueuse et forte), mais parfois difficile car il en éprouve les manques. Les belles phrases induisent des désirs d'écriture ; elles sont incitatrices. Elles témoignent aussi de l'aisance et de l'appétit avec lesquels des personnages comme LA FONTAINE, VOLTAIRE ou SAINT-SIMON jouaient avec la langue.
"Ne craignons jamais de nous permettre les "turlupinades" qui viennent au bout de nos plumes", écrivait Madame de SÉVIGNÉ. Célèbres, poétiques ou désuets, certains mots donnent envie de les "fréquenter" un peu mieux, de les mettre en valeur, et tout simplement de les faire revivre, eux qui n'ont jamais totalement disparus. Tous ces mots sont de bonne compagnie car ils offrent, pour nous poètes, un choix affectif, sensuel et sonore.
Soyons optimistes et vigilants : le sort d'une langue dépend de la passion et de la liberté de ceux qui en font usage. Vous allez découvrir (ou redécouvrir) des mots savoureux et colorés, dont la langue d'aujourd'hui a quelque peu oublié les vertus évocatrices. Pour ma part, et vous avez pu le constater en lisant mes poésies bucoliques et romantiques, je fais appel souvent à ces termes qui jouent la distance douce favorable à la séduction. Un hommage, aussi, rendu à nos Grand Auteurs, grâce aux subtilités sémantiques qu'ils dégagent. Au bout du compte, c'est tout un lot de mots savoureux qui ne doivent pas tomber à la trappe. Notre langue n'est pas seulement faite pour être manipulée de façon neutre ; elle réclame aussi d'être goûtée, touchée, appréciée.
Pour vous, je vais en faire revivre quelques uns. Les inclure dans un poème ajoute un charme et un "bouquet" agréable. Certains sont connus et utilisés, d'autres demeurent plus secrets. Pourquoi hésite-on, aujourd'hui, à dire que "le temps s'abeausit" ? C'est là, pourtant, un terme UTILE, immédiatement compréhensible, et que rien n'a vraiment remplacé. Pourquoi, aussi, avons-nous abandonné des mots comme : désamour, s'aheurter, musiquer, désheurer ? Par négligence ou par désinvolture ? Il est vrai qu'en matière de langue le désir s'accommode mal de la fidélité.
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S'ABEAUSIR (Verbe).
Se mettre au beau. Le temps s'abeausit, allons nous promener". On dit aussi beaucir.
AQUILON (nom masculin).
Le vent du nord. Poétiquement, tout vent violent et froid.
"D'un souffle l'aquilon écarte les nuages/ Et chasse au loin la foudre et les orages" (RACINE)
ASTRÉ, ÉE (adjectif)
Éclairé par les astres.
"Ils marchaient sans un mot sous le ciel astré".
"Bien astré" : né sous un astre heureux.
AZURER (verbe)
Rendre la couleur azur.
"Le regard, à travers ce rideau de verdure/ Ne voit rien que le ciel qu'il azure." (LAMARTINE)
BLANCHOYER (verbe)
Avoir un reflet blanc.
"L'on voit avec horreur d'antiques ossements/ Blanchoyer à travers de pompeux ornements." (MASSON).
- "Ce verbe, comme "verdoyer", est très bon, et bien qu'il ne figure pas dans le Dictionnaire de l'Académie, il n'est jamais tombé en désuétude." (LITTRÉ)
CÉLADON (nom masculin)
(De "Céladon", personnage de l'Astrée, d'une tendresse fade).
Vert pâle tirant sur la couleur du saule ou de la feuille de pêcher.
"Il lui offrit un chapeau orné d'un joli ruban céladon"
CÉRULÉEN, ÉENNE. (adjectif)
(Du latin "caeruleus", bleu du ciel.)
Qui est d'une couleur azurée.
"Eurydice, enveloppée d'une draperie céruléenne et couronnée de blanches asphodèles, donne la main à Orphée" (HOUSSAYE)
ÉVENT (nom masculin)
Du verbe éventer.
Air libre, grand air.
"Mettre des hardes à l'évent" : être très étourdi.
"Écoutez, vous avez une tête à l'évent/ Dont la vivacité pourrait vous nuire". (DANCOURT)
FEUILLIR (verbe)
Se couvrir de feuilles, en parlant d'arbres.
"N'attendez pas de ces arbres ni abri, ni ombrage, ni fleurs ;ils feuillissent tard, se dépouillent tôt, et vivent longtemps à demi-dépouillés". (SAINTE-BEUVE)
-"Ce verbe, qui correspond exactement à fleurir, devrait être remis en usage". (LITTRÉ)
INCARNADIN, DINE (adjectif et nom masculin)
De couleur incarnat, mais plus faible.
"La belle amante de Céphale/ En son habit incarnadin". (VOLTAIRE)
"Un ruban d'un bel incarnadin"
SALÉBREUX, EUSE. (adjectif)
Du latin "salebrosus" ; de "salebrae" : aspérités.
Signifie : Raboteux, rocailleux.
"N'allez ni à Tulle, ni à Sarlat, ni même à Manot ; vous trouverez des chemins salébreux et ennemis des routes"
VASTITÉ (nom féminin)
Qualité de ce qui est vaste.
"Les oiseaux s'égaient à leur gré dans la vastité de l'air". (François de SALES)
On dit aussi "vastitude". "Les vastitudes sablonneuses du Sahara"
À SUIVRE
SOURCES : "Turlupinades et tricoteries", d'Alain DUSCHESNE et Thierry LEGUAY.
Larousse 2004.
Ce message a été édité - le 30-05-2020 à 11:22 par Laugierandre