Aurore
Sage observation … mais ce n'est pas seulement sur l'avenir que pèse cette sombre réalité, c'est sur le présent déjà.
Je connais mal la législation belge en la matière, mais en France l'avortement a été dépénalisé par la célèbre loi Veil adoptée au Parlement le 20 décembre 1974 et promulguée par le Président de la République (à l'époque Valéry Giscard-d'Estaing) le 17 janvier 1975.
J'insiste sur le mot "dépénalisé", car on considère trop souvent qu'il s'agissait d'une légalisation pure et simple. Or le texte, que je suis allée relire, précise bien que la vie est intangible et qu'on ne saurait y attenter que dans des cas extrêmes. On peut certes dire beaucoup quant à cette disposition "exceptionnelle", mais je tenais à rappeler que le texte "fondateur" dont se recommandent les partisans de l'avortement n'est pas, et de loin, un blanc-seing !
Or, ledit texte a été plusieurs fois "revu et corrigé" depuis, pour élargir le champ de son application et pour transformer peu à peu l'avortement en droit fondamental dans les esprits et les faits. Il s'en pratique en moyenne chaque année en France entre deux-cent-quinze-mille et deux-cent-vingt-mille. Exactement deux-cent-dix-huit-mille en 2017.
Les modifications de la loi Veil n'ont pas suscité, à ma connaissance, de prise de parole publique de Mme Veil (qu'on veuille bien éclairer ma lanterne si je me trompe) pour demander qu'on s'en tienne au texte initial, plutôt équilibré en soi, surtout si on considère la réalité actuelle. Et c'est bien dommage, car elle disposait d'un crédit assez unanime et d'un respect quasi-général en raison de son passé de rescapée de la Shoah et de son engagement pour la construction européenne et la paix franco-allemande. Elle aurait été écoutée, ses avis auraient porté, j'en suis certaine.
Si, comme le souhaitent le Dr de Rochambeau et le Pape François, et comme je le souhaite aussi, l'avortement était à nouveau EN SOI condamné par la loi, il faudrait évidemment prendre toutes dispositions pour que cette nouvelle vision du problème n'entraîne pas un poids de culpabilité pour les femmes. C'est-à-dire qu'il faudrait veiller à la mise en place de structures visant à de meilleures conditions d'accompagnement des grossesses non-souhaitées (un point pourtant présent dans la loi Veil elle-même, mais jamais appliqué, car jamais financé), la venue au monde des enfants et de leur développement, donc des conditions de vie des mères. Et il faudrait, bien-sûr, écouter et accompagner toute femme qui aurait avorté quand-même, sans la condamner. Car nulle ne prend une telle décision de gaieté de cœur.
Il serait long de parler des cas limites, extrêmes, comme par exemple des grossesses à la suite de viols, où il ne semble pas y avoir de solution … Mais il me semble que si on acceptait de regarder les choses en face (je renvoie chacun aux propos très nets du Dr de Rochambeau et du Pape François, dont j'esquisse les contours dans mon texte), on serait plus à même de se placer aux côtés des femmes qui souffrent, car on ressentirait AVEC ELLES l'intenable du dilemme où elles se trouvent.
Contrairement aux apparences, je sais ! Mais justement, là comme ailleurs (peut-être plus qu'ailleurs), les apparences sont trompeuses.
Impossible d'être concise sur un tel sujet, désolée